Chambre des communes - Tout est possible

Les députés de la Chambre des communes sont depuis trois jours en relâche estivale. Selon la formule consacrée, ils en profiteront pour prendre le pouls de leurs électeurs et entendre leurs insatisfactions. Car, à mi-mandat du gouvernement Harper, plus rien ne semble tenir sur l’échiquier politique.

Parmi les événements qui ont marqué ce premier semestre politique de 2013, il faut retenir d’abord l’élection de Justin Trudeau à la tête du Parti libéral. Plusieurs ne lui avaient pas accordé sur le moment toute l’attention qu’elle méritait tant la victoire du député de Papineau était prévisible. Le regain de popularité qu’il apportait à son parti allait, prédisait-on, vite s’effondrer une fois confronté aux poids lourds que sont Stephen Harper et Thomas Mulcair. Mais non, le voilà qui cavalcade en tête des sondages, comme le confirme le sondage Léger Marketing - Le Devoir de ce vendredi.


Justin Trudeau n’est pas le grand politicien que fut son père, loin s’en faut. Il n’a a priori ni l’envergure intellectuelle ni le jugement sûr indispensable pour diriger un pays et affronter les crises économiques, sociales ou internationales qui sont le lot quotidien d’un chef de gouvernement. Il lui faudra se soumettre à un apprentissage accéléré d’ici les élections de l’automne 2015 pour pouvoir prétendre de façon crédible au poste auquel il aspire.


Des raisons objectives expliquent néanmoins la popularité retrouvée du Parti libéral. Quoi que l’on pense de ses capacités personnelles, la fraîcheur du jeune Trudeau retient l’attention d’un électorat disposé à se laisser séduire. Cela n’aurait toutefois pas été possible sans le patient travail de reconstruction fait au préalable par le chef intérimaire, Bob Rae, qui avait cru que ce parti saurait retrouver la place qui est historiquement la sienne.


Ce fut une erreur de la part des conservateurs et des néodémocrates de croire, au lendemain de l’élection de 2011, que le Parti libéral allait être réduit pour longtemps au rôle de tiers parti et que le pouvoir allait désormais alterner entre la droite et la gauche. C’était oublier que la position de confort que les Canadiens préfèrent, et à laquelle ils reviennent, est le centre. Et c’est bien parce qu’il était un parti de centre que le Parti libéral a dominé depuis un siècle la politique canadienne. En conséquence, le Nouveau Parti démocratique retrouve sa position traditionnelle de troisième parti.


L’embellie dont profite le Parti libéral tient par ailleurs aux problèmes du gouvernement Harper mis en exergue au cours de cette session par le « sénatgate ». Cette affaire de perception d’allocations de résidence sans droit par trois sénateurs conservateurs et un libéral a complètement dominé les débats parlementaires des deux derniers mois. S’ils avaient eu un programme législatif le moindrement solide, les conservateurs auraient su détourner l’attention d’une affaire qui au point de départ mettait en cause des individus et non le gouvernement. Sauf que non seulement celui-ci ne sut pas se défendre, mais il s’empêtra au point où aujourd’hui c’est la Gendarmerie royale qui mène l’enquête.


Le Parti conservateur, affligé maintenant des mêmes maux moraux qu’il reprochait autrefois au Parti libéral, a perdu sa virginité avec cette affaire dont la principale victime est le premier ministre Harper. Pour la première fois en six ans, celui-ci est sur la défensive. Son autorité au sein même de son parti commence à être contestée. Son ambition de faire du Parti conservateur le parti du pouvoir au XXIe siècle, comme le Parti libéral l’a été au XXe siècle, s’estompe. Plus rien n’est assuré. Dit autrement, tout est maintenant possible pour chacun des partis. Les élections auront lieu dans un peu plus de deux ans, mais ne nous y trompons pas, nous sommes déjà en campagne électorale.

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