Gouvernement Marois - Où donc loge-t-il?

Ce vendredi, l’Assemblée nationale a suspendu ses travaux pour la période estivale. Comme il se doit, l’opposition a fait porter tous les maux du Québec sur les épaules du gouvernement Marois tandis que celui-ci s’autocongratulait. En réalité, tout n’est pas si noir ni si rose. Bilan de ce premier semestre politique de 2013.


La joute politique prend une telle place à l’Assemblée nationale qu’elle fait oublier trop souvent le travail parlementaire, lequel se déroule loin des caméras, en commission parlementaire. On y travaille studieusement, manches relevées, crayons à la main. Il y a parfois des tensions, puisque c’est le propre de la politique de confronter des points de vue, des visions ou des idéologies opposés. Il y aura parfois impasse. Ce fut le cas ce printemps avec le projet de loi créant la Banque de développement économique du Québec et avec le projet 14 modifiant la Charte de la langue française resté en plan et dont l’adoption à l’automne apparaît bien incertaine. On arrive par contre à réaliser des consensus.


Deux succès sont à souligner. D’abord, l’adoption à l’unanimité, tout juste avant l’ajournement, de la loi sur les élections à date fixe attendue depuis des années. Puis, le dépôt du projet de loi 52 sur les soins médicaux en fin de vie, appelé aussi aide médicale à mourir. Exemplaire aura été la démarche suivie par les députés, qui depuis près de trois ans mènent un débat de société avec le respect et le doigté qui s’imposent. Ils ont su mettre de côté la partisanerie qui empoisonne si souvent le climat à l’Assemblée nationale.


La réalité est toutefois qu’il y eut plus d’échecs que de succès dans cette session. Pour une part, cela tient à la situation minoritaire du gouvernement, qui doit affronter trois partis d’opposition dont aucun n’a de véritable intérêt à le soutenir. L’illustrent bien les stratégies déployées par chacun dans le débat sur le projet de loi 14, où ont dominé les intérêts partisans à court terme des uns et des autres.


Le Parti libéral s’est ainsi opposé radicalement à tout renforcement de la Charte de la langue française, pensant à son électorat anglophone. La Coalition avenir Québec a joué sur les deux tableaux, limitant son appui à quelques articles du projet pour manifester un minimum de préoccupations pour l’avenir du français. L’électorat éclectique de ce parti, composé d’électeurs péquistes et de libéraux insatisfaits, le force à chercher de plaire à Dieu et à son père en même temps. Quant au gouvernement, à défaut de pouvoir faire adopter sa loi, il se sert de l’obstruction de l’opposition pour montrer que le Parti québécois est le seul à se préoccuper de la situation du français.


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Néanmoins, le gouvernement Marois est aussi responsable de ses propres malheurs. Cherchant à montrer qu’il pouvait tenir ses promesses électorales dans le peu de temps dont il dispose avant que l’opposition ne le fasse tomber, il a multiplié les projets de loi et les nouvelles politiques. Mais, on le sait, qui trop embrasse mal étreint. Dans plusieurs cas, il n’a su les mener à terme. Il en est ressorti une impression d’improvisation que les partis d’opposition n’ont eu de cesse de dénoncer sur le mode « le gouvernement Marois recule une autre fois ». Plusieurs mesures ont ainsi dû être reportées à la session d’automne, dont les projets de loi sur la langue, le projet sur le régime minier, ainsi que ceux sur les valeurs québécoises (autrefois appelé projet de loi sur la laïcité) et sur l’assurance autonomie. De beaux débats sont à venir.


La première ministre Pauline Marois a convenu vendredi que son gouvernement a voulu trop en faire. Ce qui l’aura fait cependant le plus mal paraître sont ses trop nombreuses valses-hésitations alors que les ministres nous exposaient publiquement leurs tourments à devoir diluer ou renoncer à leurs engagements électoraux devant la réalité budgétaire et économique du Québec. L’illustre la politique sur les redevances minières, où la montagne a accouché d’une souris.


Ce gouvernement semble incapable de se définir. Dans les faits, on ne saurait dire s’il est vert ou pas, s’il est pour ou contre les pétrolières, s’il est pour ou contre les assistés sociaux, s’il est social-démocrate ou pas, s’il est souverainiste ou pas. Cela peut n’être qu’une impression, mais elle est en train de s’incruster irrémédiablement dans l’esprit des électeurs comme le montre la persistance de leur insatisfaction. Le fait d’être minoritaire n’explique pas tout. Avoir de la cohésion et de la cohérence, cela se peut. Le gouvernement minoritaire de Stephen Harper nous l’a démontré. À Mme Marois de nous dire où donc loge le sien.

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