Aide médicale à mourir - Choc devant

L’appui populaire ne fait pas de doute au Québec. La commission parlementaire « Mourir dans la dignité » a été un exercice exemplaire. Le rapport en a été bien accueilli. Le projet de loi déposé par Véronique Hivon mercredi est à la hauteur du processus de qualité qui a conduit à sa rédaction. C’est insuffisant pour Ottawa, qui contestera la loi québécoise.


Les sondages indiquaient encore en février que 86 % des Québécois étaient en faveur d’une loi permettant aux médecins d’aider des patients souffrants en fin de vie à quitter ce monde.


Il est évidemment plus facile de se dire d’accord avec un tel principe que de le baliser dans un texte de loi. L’idée de pouvoir précipiter la fin d’un être humain, lequel possède une dignité peu importe sa condition, ne doit évidemment pas être prise à la légère.


Or on ne peut certainement pas dire qu’il y a eu improvisation ici. Les membres de la Commission parlementaire ont sillonné le Québec, ont mis temps et énergie. Le rapport, touffu et détaillé, a par la suite été raffiné grâce au travail de légistes chevronnés, dont Jean-Pierre Ménard. Le texte de loi déposé mercredi par la ministre Hivon est empreint de la prudence et de la rigueur qu’exige ce sujet.


La science et les techniques ont évolué, embrouillant et rallongeant la notion de fin de vie. L’expression « mourir de mort naturelle » est de moins en moins utilisée dans nos sociétés, et pour cause. Notre réalité est celle où, comme l’a souligné Mme Hivon, « de plus en plus, la fin de vie fait suite à une décision humaine : une décision d’arrêter des traitements, ce qui est tout à fait légal et permis dans le Code civil, donc, depuis la réforme du début des années 1990 ».


Le projet de loi embrasse large. Il propose par exemple d’encadrer la pratique fréquente de « sédation palliative terminale », actuellement mal balisée et variable d’un établissement à l’autre.


Depuis des années, on s’élève contre l’acharnement thérapeutique auquel peut conduire une interprétation extrême du serment d’Hippocrate, invoqué par certains opposants à l’aide médicale à mourir. L’autonomie du patient a pris le pas sur le maintien en vie à tout prix. Son « consentement éclairé » est devenu crucial. Logique donc qu’il puisse, de manière formelle, quand une série de conditions sont dûment remplies et que deux médecins sont d’accord, obtenir une aide médicale pour en finir.


Les opposants voudraient qu’on nomme autrement les choses : « euthanasie », « suicide assisté ». Mais la ministre a bien fait comprendre qu’une autre formule sied à ce que le Québec souhaite : « aide médicale à mourir ». Celle-ci indique, d’abord, que le contexte serait médical ; ensuite, que le processus mortifère doit être déjà engagé. Certains qui réclamaient le suicide assisté seront même déçus que l’aide médicale à mourir ne soit disponible que pour ceux se trouvant en « fin de vie » (un terme qui sera à l’évidence ardu à définir).


Malgré l’appui populaire et l’argumentation solide sous-tendant le projet de loi 52, Ottawa compte le contester, selon ce que le ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson, a déclaré. Québec plaide sa compétence exclusive en matière de santé. Son ministre de la Justice donnera aussi des « orientations » à ses procureurs de ne pas poursuivre les médecins qui auraient procédé à une aide médicale à mourir. Tout cela rappelle le combat pour l’avortement. Il y a quelques décennies, ça avait fonctionné.

31 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 13 juin 2013 00 h 27

    Un projet de loi contradictoire

    Depuis le dépôt du projet de loi, je suis frappé mais non surpris de toute l'importance qu'on accorde à l'aide médicale à mourir ou l'euthanasie et le peu d'importance qu'on accorde aux soins palliatifs. Ceci me semble bien révélateur et témoigne d'un glissement probable, en pratique, vers l'euthanasie. Ce choix serait, selon moi, une grave erreur de civilisation. La solution vraiment humaine pour un société est dans l'établissemrnt généralisé de soins palliatifs.
    La présence dans le même projet de loi des concepts de soins palliatifs et d'euthanasie me paraît une contradiction inextricable qui ajoute à la confusion des termes. Et la confusion en ce domaine est certainement à éviter.


    Michel Lebel

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 13 juin 2013 07 h 32

      Ce n'est pas contradictoire car les soins palliatifs et l'aide médicale à mourir sont deux choses différentes. Le malade peut choisir l'un ou l'autre suivant son état. Cette loi est bien pensée et mérite de la bien comprendre. C'est un bon départ et bien dirigé par une ministre compétente.

    • Michel Lebel - Abonné 13 juin 2013 09 h 45

      @ Chantale Desjardins

      La "philosophie" sous-jacente aux soins palliatifs est de soulager la personne en fin de vie et de l'accompager jusqu'à sa mort. il n'y a aucune intention de mettre fin à savie. L'euthanasie ou l'aide médicale à mourir a comme intention de mettre fin aux douleurs et souffrances du patient en mettant fin à sa vie. Le différence entre les deux 'philosophies" de fin de vie est fondamentale.

      Comme société qui croit à la dignité inhérente à toute personne, quelque soit sa santé ou son handicap, il faut choisir les soins palliatifs. Je dis bien comme société, ce qui implique nécessairement une limite aux choix individuels. La mort de toute personne se situe toujours dans une société donnée, qui a ses règles. Je trouvre que le débat doit se situer à ce niveau. Un niveau très élevé, où les différents points de vue se retrouvent et s'entrechoquent.


      Michel Lebel

    • Solange Bolduc - Inscrite 13 juin 2013 10 h 13

      Mme Véronique Hivon, une jeune ministre intelligente et très compétente, en effet!

      J'ai bien écouté l'entrevue qu'elle accordait à Mme Dussault, hier soir. Ses propos étaient nuancés, et elle ne nous perdait pas dans des détails inutiles : Elle connaît bien son dossier, et ce projet de loi qui j'espère sera adopté, malgré le Fédéral, est loin d'être contradictoire comme le prétend Michel Lebel.

      Ce dernier est loin de me surprendre puisqu'il était aussi contre l'avortement ou le libre choix des femmes en cette matière! Donc comment pourraît-il approuvé le mieux-être ou le libre arbitre des gens en fin de vie qui souffre tant ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 juin 2013 10 h 15

      C'est normal, puisque c'est ce sur quoi porte le projet de loi. On ne parle pas non plus beaucoup de l'exercice physique et de la sécurité routière suite au dépôt de ce projet de loi.

      D'ailleurs, on connaît votre point de vue: tout accroissement de la liberté des gens est mauvaise. Votre lutte (et vos arguments non documentés) contre P-6 et sans doute pour la hausse des frais universitaires en est un exemple. Votre lutte pour défendre la mainmise canadienne sur le Québec aussi.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 13 juin 2013 11 h 58

      "Je dis bien comme société, ce qui implique nécessairement une limite aux choix individuels."

      Mais, c'est qui ou quoi "la société", M. Lebel?

      Quand les sondage démontrent un appui à 85% de la population au droit de mourir dans la dignité, n'est-ce pas la société qui s'exprime.

      Est-ce que vous considérez ce sujet trop sérieux, et que ce débat devrait être limité seulement à ceux ayant eu l'opportunité d'avoir une bonne formation en philosophie?

  • Stéphane Fillion - Inscrit 13 juin 2013 03 h 40

    Encore une fois le ROC cherche à imposer ses propres valeurs morales au Québec.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 13 juin 2013 18 h 56

      Non! Mr Fillion...Quand le fédéral empiète sur un domaine de juridiction provinciale, on entend de hauts cris au QC!!! Or, l'euthanasie ( ou aide médicale à mourir) est actuellement régie par les lois d'ordre criminel...clairement de juridiction fédérale....

      Je suis pour l'euthanasie bien encadrée, mais on ne peut pas faire une pirouette verbale et brusquement ce sujet est de juridiction provinciale...sans provoquer la chicane entre les deux niveaux de gouvernement....Ce que Mme Marois cherche à faire pour améliorer les chiffres dans les sondages...

      Quoi de mieux de mettre sur la table un sujet qui touche les émotions??? La cour suprême du Canada tranchera sur le sujet..

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 13 juin 2013 18 h 58

      Mon commentaire de ce matin:

      Zône grise légale....
      En changeant le titre de l'acte: " Aide MÉDICALE à mourir" au lieu de "Euthanasie", on déclare brusquement que ce sujet relève du domaine de la santé...donc est de juridiction provinciale au lieu de fédérale....C'est une pirouette stratégique qui ouvre la porte à beaucoup de contestations juridiques et constitutionnelles...

      Je suis pour une aide à mourir bien encadrée...et, sans être hypocrite, elle se pratIque largement dans les hopitaux depuis longtemps...au risque légal du médecin qui la pratique..Ex: Que fait-on quand on donne une pompe à morphine dans les mains du patient avec douleurs majeures dans un contexte terminal? Ou bien d'éviter de réanimer un prématuré avec déformations d'organes majeures..Etc...

      Mais un débat publique aurait dû être provoqué au niveau fédéral avec changement des lois au niveau criminel pour éviter les contestations inévitables pour de multiples raisons par les familles...

      Mais on ne peut pas attendre cela du gouvernement Marois...

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 13 juin 2013 07 h 09

    Souvenir d'une sagesse

    Il m'est revenu, l'autre jour, une expression de ma mère qui avait assisté la sienne dans ses douloureux derniers moments: «Elle a eu de la misère à mourir».

    Pierre Desrosiers
    Val David

    • Solange Bolduc - Inscrite 13 juin 2013 10 h 14

      Que c'est éloquent : «Elle a eu de la misère à mourir»!

  • Yvon Bureau - Abonné 13 juin 2013 08 h 07

    Aide médicale à mourir, une expression de la population

    Dans mes 28 années de promotion des droits, des responsabilités et des libertés de la personne en fin de vie, je n'ai jamais entendu de mourants demander: «Docteur, euthanasiez-moi» ou «Docteur, aidez moi à me suicider». Ils demandent: «Docteur, c'est assez pour moi, aidez moi à terminer ma vie». Ou «Aidez moi Docteur à terminer mon agonie sans sens, indigne, dégradante.» Ou « Aidez moi à finir ma vie.» Ou, simplement et généralement, «Docteur, aidez moi à mourir».

    L'aide médicale à mourir est une expression de la population; la Commission l'a choisie, à raison.

    J'aime bien votre phrase : «L’expression « mourir de mort naturelle » est de moins en moins utilisée dans nos sociétés, et pour cause». À raison. Dernièrement. je lisais une pancarte en soins palliatifs :«Soutenir les soins palliatifs, c'est promouvoir la vie jusqu'au bout» Et quelqu'un a ajouté «Naturellement». Au bout de quoi ou de qui? Naturellement comment? Et si on affichait : «Soutenir les soins appropriés et personnalisés de fin de vie, c'est soutenir chaque vivant en fin de vie et le respecter jusqu'à sa fin». Je donnerais$$$ pour soutenir. Selon moi, le Réseau des soins palliatifs du Québec (RSPQ) se doit de réviser sa terminologie, ce qui l'amènera à réviser sa philosophie qui date et demande une mise à jour, ce qui placera la personne vivante avant la vie, le soigné avant les soins et les soignants.


    La prochaine poliqique sur les soins de fin de vie devra se nommer: Politique sur la personne en fin de vie : approches et soins appropriés.

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 juin 2013 10 h 16

      Monsieur,
      Alors que mon père était mourant, il m'a demandé d'abréger ses souffrances. Je n'ai pas pu l'aider.

    • Solange Bolduc - Inscrite 13 juin 2013 10 h 48

      Ma mère, très fatiguée dans sa vieillesse, disait souvent: "Je prie le bon Dieu pour qu'il vienne me chercher!"

      À 83 ans, elle a fait un ACV, et vécut 10 ans paralysée de partout ou presque. On pourrait dire que c'est forcément "souffrir" dans la dignité!

      ...Et à l'hôpîtal spécialisé où elle fut placée, on manquait de personnel, n'ayant même pas le temps ou la patience de l'aider à manger : Au moindre refus, on lui enlevait son cabaret ! C'est ce qu'elle voulait probablement : Mourir de faiblesse !

      Et c'est ma soeur aînée qui avait la patience, aidée de quelques membres de la famille, de la faire manger, car elle ne pouvait le faire d'elle-même.

      Quand on connaît la fierté de ces gens qui ont travaillé fort toute leur vie, quelle humiliation !

      C'est probablement pour cette raison que ma mère refusait de manger, on la forçait donc, pour "son bien" ou pour qu'elle vive encore longtemps dans l'indigence ou la détresse qui ne semblait pas si apparente (ma soeur s'en occupait), à moins de la connaître ou de se mettre dans sa peau !

      Ma soeur n'aurait jamais demandé qu'on allège ses souffrances qui étaient, selon moi, davantage de l'ordre morale que physique ou qu'on lui permette de mourir dans la dignité, elle était trop catholique !

      Mourir dans l'humiliation totale est le pire des châtiments ! Et pourquoi un tel châtiment ? On dira qu'elle aura au moins mérité son Ciel ! De la catholicité inhumaine !

  • Hélène Paulette - Abonnée 13 juin 2013 10 h 29

    Soyons réalistes!

    Ce projet de loi, très bien ficelé d'ailleurs, merci madame Hivon, ne fait que légaliser ce qui se fait depuis toujours, en secret...

    • Georges Washington - Inscrit 13 juin 2013 23 h 38

      Justement, comment alors croire que les balises et les mécanismes visant à éviter des abus fonctionneront puisque même quand l'acte est criminel le système médical n'a aucun problème administratif, moral, légal ou politique à couvrir ses gestes?

      C'est s'enfoncer la tête dans le sable de croire que cette légalisation ne mènera pas à des abus qui seront camouflés facilement par un système déjà habitué à le faire. La seule chose que cela changera, ce sera que les médecins ne pourront plus être poursuivi par les familles qui auront découvert les abus.

      Le mécanisme de plainte prévu par la loi de la Santé est une vaste blague destinée à étouffer les plaintes en les perdant dans les dédales administratifs et ultimement devant un comité nommé par l'établissement même contre qui la plainte est faite. Zéro impartialité là-dedans, 100 fois pire que les enquêtes de la police sur la police.