L'affaire Edward Snowden - Surveillance totale

Grâce au lanceur d’alerte Edward Snowden, nous savons désormais que la surveillance dont nous sommes quotidiennement l’objet est totale. Entre la collaboration que Google et consorts offrent jour après jour aux censeurs du monde et les coups de butoir que Barack Obama a assénés à ce qui fonde la vie privée, le droit, vos droits, ainsi que votre libre arbitre ont été asservis à la volonté de puissance.


En attendant de savoir si Snowden obtiendra le droit d’asile en Islande ou s’il sera extradé vers les États-Unis, il est impérieux de s’arrêter sur les ordres et gestes du président des États-Unis et des mandarins des services de renseignement, car ils mettent en relief combien la conception que ces derniers se font de la démocratie a l’épaisseur du papier à cigarettes.


En décembre 2012, Obama a campé le rôle du président en chef des désespoirs. Qu’a-t-il donc fait ? Dans la plus grande discrétion, il a reconduit la loi dessinée par Bush en ces matières en y greffant des droits permettant à la CIA et à la NSA d’espionner plus « confortablement » les échanges téléphoniques, mais non les conversations, des Américains entre eux. Par contre, si ceux-ci discutent avec quelqu’un situé à l’étranger, la pudeur, si l’on ose dire, saute en vrille. Bref, on écoute.


Quatre mois plus tard, le grand patron des technologies de la CIA, Gus Hunt, confiait à des journalistes de Der Spiegel, sans gêne aucune, que, « fondamentalement, ce que nous faisons consiste à recueillir toutes les informations et de nous y accrocher à jamais […] nous sommes à un cheveu d’être en mesure de gérer toutes les informations produites par un être humain » dans le monde. Pour accoucher de cet absolutisme du contrôle, la NSA construit un parc informatique de plus d’un million de pieds carrés en Utah. Un ensemble informatique qui sera évidemment le plus puissant qui soit. Symbole de l’ampleur donné à ce projet, la facture d’énergie avoisinera les 40 millions par année ! Maintenant la question…


La question qu’il faut se poser est la suivante : pourquoi construire en Utah ? Parce que c’est le royaume des mormons, des gens très patriotiques et qui envoient des missionnaires aux quatre coins du globe. Des gens experts en généalogie. Et alors ? De toutes les régions et nations du monde, l'Utah se distingue par son plus grand nombre de linguistes et de traducteurs. Aujourd’hui, la NSA emploie 1600 d’entre eux. Selon les confidences chuchotées dans les oreilles d’un journaliste de Der Spiegel par Bill Binney, mathématicien et ex-conseiller supérieur de la NSA, non seulement « ils détiennent toutes les informations qu’ils veulent sur vous », mais très prochainement « la capacité de puissance des serveurs sera telle que ce centre sera en mesure de conserver toutes les informations pendant un siècle ». Au fond, en comparaison, le Big Brother de 1984 est un rigolo.


Ces percées, au sens propre comme au figuré, dans la vie de chacun et les intentions totalitaires qu’elles annoncent sont possibles, il faut le marteler mille fois plutôt qu’une, grâce aux collaborations que Google, Microsoft, Facebook, YouTube, Twitter et les malfrats de la « convivialité » Apple ont offertes à la CIA, à la NSA et consorts. Dans la plupart des cas, les patrons de ces entreprises ont formulé leurs désirs de fournir de l’aide à l’État et non l’inverse. À la question « Est-ce que l’État canadien espionne ses concitoyens ? », le ministre de la Défense, Peter MacKay, a répondu par la négative. Nul besoin de le faire puisque Google, Facebook, NSA et compagnie le font tout de même. Il aurait été mieux avisé de répondre comme le gouvernement d’Angela Merkel vient de le faire : Obama a des comptes à nous rendre !


Cela étant, l’ère du vide abyssal est bel et bien en construction.

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