Turbans au soccer - Neutralité justifiée

C'est reparti comme en 2007. Sport et religion font irruption en politique. À l’époque, la campagne électorale battait son plein. Lors d’un tournoi de soccer, un arbitre (de confession musulmane) avait exigé d’une joueuse qu’elle retire son hidjab. Elle refusa. En guise de protestation, l’entraîneur de celle-ci avait décidé de boycotter le tournoi. La Fédération québécoise de soccer (FQS) appuya l’arbitre.


L’arbitre et la FQS avaient été soutenus par un politicien québécois, alors en campagne : « Ça fait partie de la culture de ce sport et les règles de la FIFA prévoient des dispositions que l’arbitre […] a appliquées. » C’était le chef libéral Jean Charest. Il avait ajouté que les joueurs doivent se conformer aux « attentes qui sont exprimées ». Et que la FQS avait le droit de fixer ses règles.


Six ans plus tard, mardi, devant un cas comparable, la première ministre Pauline Marois a pris une position similaire, condamnant au passage avec raison la « punition » paternaliste et excessive imposée à la FQS par l’Association canadienne de soccer : sorte d’excommunication ! Ce que le chef libéral Justin Trudeau a évidemment applaudi.


Il y a ici un choc entre un interculturalisme québécois et un multiculturalisme canadien. Le philosophe canadien Will Kymlicka a démontré que les deux positions sont apparentées dans leur ouverture au pluralisme. À la différence que l’interculturalisme met en avant de manière plus claire les limites qu’il trace.


Or, en 2007 comme en 2013, au Québec, la limite clé, tant chez Charest que chez Marois, est celle de la « neutralité ». Et il est tout à fait légitime pour une fédération sportive d’appliquer ce principe de neutralité des uniformes, qui existe depuis que le sport est sport.


En 2007, lors de l’affaire du hidjab, l’experte en accommodements raisonnables Yolande Geadah avait défendu avec raison le « sens de l’uniforme dans le sport d’équipe ». (Sens que respectent de nombreux sikhs, qui jouent tête nue un peu partout dans le monde.) L’uniforme, écrivait-elle, crée un « sentiment d’appartenance […], de neutralité » entre tous les joueurs. L’autorisation, à certains, de porter des signes religieux, n’est-elle pas un risque de « susciter le ressentiment » ? Lors d’une décision controversée de l’arbitre, par exemple ?


Par contraste, le multiculturalisme canadien semble moins attaché à la neutralité : deux cas, le turban dans la GRC et le jugement sur le kirpan, l’illustrent bien. Deux décisions que l’interculturalisme québécois n’a jamais vraiment avalées.

49 commentaires
  • Michel Coron - Inscrit 12 juin 2013 01 h 20

    Une solution ?

    Je propose la tuque et la ceinture fléchée. On me dire qu'il ne s'agit pas là d'un signe religieux. Voire, dirait Panurge. La politique est la religion du Québec. Et si tou cela ne suffit point, alors qu'on ajoute de manière évidente l'insigne des croisés du soccer: une belle croix bleue sur le poitrail des sauveurs québécois des Jeux du Canada. Car enfin, la tolérance est une "game" qui se joue à deux. N'est-ce pas ?

  • François Ricard - Inscrit 12 juin 2013 05 h 57

    Inclusion ou intégration

    Nous sommes tous égaux devant la loi.
    Alors si on accorde un passe-droit à une personne, il faut l'accorder à toutes les autres.
    Dans cette esprit, l'enfant, garçon ou fille, dont la famille appartient au Nudisme Chrétien, pourrait exiger que leur enfant pratique son sport favori, en équipe, entièrement nu.
    Dans la même équipe, l'on aurait une jeune fille de 9 ans avec un hidjab et une autre flambant nue. Tout cela pour permettre aux parents d'afficher leurs convictions religieuses.
    On fait fausse route en privilégiant l’inclusion restreinte qui autorise chaque personne et chaque communauté à conserver ses valeurs intactes, encourageant ainsi un modèle de développement séparé, plutôt que l’intégration qui exige un certain cheminement pour créer des valeurs communes.

  • Loraine King - Abonnée 12 juin 2013 06 h 06

    Le patka

    La Fifa a autorisé le port du hidjab en bout de compte. Si la Fifa se prononce sur ce cas, elle autorisera sans doute, et pour les mêmes raisons, le port du patka.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 12 juin 2013 09 h 50

      À-propos du hidjab. Si ce n’était que ça. Il ne s’agit pas seulement d’un voile, mais d’un costume qui revêt tout le corps des poignets jusqu’aux chevilles. Faut voir les jeunes filles s’adonner à ce sport à terrain découvert sous 32° celsius. On économise sur la crème solaire diront les intégristes, mais quel enfer pour les jeunes filles. Sans parler de leur liberté de mouvement. M’enfin, quand je vois une adversaire voilée, je dis à ma petite fille : c’est dans la poche !

    • Normand Carrier - Inscrit 12 juin 2013 09 h 56

      Même si tous les organismes autorisent le patka , cela ne passe pas chez les Québécois comme l'indique le sondage sur LCN dont 85% sont contre le port du turban .... Les Québécois sont très majoritaires contre tous signes ostentatoires religieux ....

    • Peter Kavanagh - Inscrit 12 juin 2013 13 h 02

      @ M. Carrier, Si 85% des Québecois sont contre le turban, mais pas contre le hidjab, c'est du racisme. Je crois plutot que les quebecois sont contre le port d'un insigne religieux en général dans le sport. Malheureusement, étant donné que la FIFA a déja autorisé le hidjab, je les vois mal refusé le turban. On permet ou on ne permet pas, point a la ligne. Les quebecois devront si plier.

    • Normand Carrier - Inscrit 12 juin 2013 15 h 07

      Monsieur Kavanagh , vous auriez du comprendre que j'invoquais le sondage LCN sur le turban .... Concernant le port du hijab , l'acceptabilité des Québécois est aussi négative .... C'est pas parce que cela nous soit imposé par la FIFA que cette mesure d'exposition de signes ostentatoires religieuses sera mieux acceptée ..... Cela ne passe pas au Québec car les Québécois dans l'ensemble sont contre toute exposition de signes religieux en public .... Quant les croyants d'autres religions comrendont-ils que la religion et les croyances s'exercent en privée avec leur Dieu , quel qu'il soit ... C'est quoi cette folie d'excercer sa religion en public ? Pour plaire au voisinage .....

    • Martin Maynard - Inscrit 12 juin 2013 23 h 32

      Très scientifique le sondage sur LCN. Combien de fois on peut répondre déjà?

  • Stéphane Thellen - Abonné 12 juin 2013 06 h 08

    "Sécurité" et non "neutralité"

    Cet éditorial repose sur de faux prémisses. Ce n'est pas l'argument de la "neutralité" qui a été invoqué par la FSQ mais celui de la sécurité. À tout vouloir politiser, partir de réflexe idéologique (interculturalisme ou multiculturalisme) et identaire, fait en sorte qu'on perd de vue le véritable motif de ce nouvel psycho-drame collectif qui ponctue notre histoire récente concernant les accomodements raisonables.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 12 juin 2013 08 h 26

      Vous avez tout faux. L’argument de la «sécurité» dans ce cas est un prétexte un faux-fuyant pour faire court et éviter le véritable débat qui est celui du port de l’uniforme dans les sports. Imaginez un joueur de baseball avec un turban sur la tête et l’autre à côté qui porte la kippa. Imaginez, pour rire, toutes les fantaisies possibles, elles sont innombrables.

      Alors, lâchez-nous avec vos « fausses prémisses ».

    • J-F Garneau - Abonné 12 juin 2013 13 h 52

      Mais M. Boulanger, c'est pourtant la sécurité que la FSQ a invoqué.
      M. tellement à raison. Avant que l'association canadienne ne "suspende" la FSQ aucun politique québécois ne s'était mouillé.
      Maintenant que les canadiens se sont prononcés, ça devient politique. Éditorial en preuve.

  • Bernard Dupuis - Abonné 12 juin 2013 07 h 03

    Sikhisme religion culpabilisante?

    La principale faiblesse du multiculturalisme canadien est de manquer d’esprit critique. C’est comme si toute religion n’avait que de bons côtés du simple fait qu’il s’agit d’une religion. On ne se préoccupe pas de savoir si une religion comporte des rituels impliquant une dégradation de la dignité humaine. Par exemple, même si le port du voile signifie des préjugés anti-féminins, on ne veut pas en discuter et on veut laisser faire quand même.

    Dans le cas du turban sikh, quelle en est la signification? Ce turban sert à cacher quelque chose. Il cache les cheveux du jeune sikh. Mais alors, pourquoi cacher les cheveux? Par ailleurs, si le jeune sikh se coupait les cheveux, serait-il passible des feux de l’enfer? Le turban sert à cacher les cheveux qui par ailleurs ne doivent pas être taillés, sinon est-ce la damnation? Pourquoi une telle obstination à ne pas se couper les cheveux et à porter continuellement le turban?

    De là à dire que la religion sikhe est une religion culpabilisante et dégradante pour l’être humain, espérons que non. Toutefois, il y aurait lieu de discuter de ces coutumes, ce que le multiculralisme répugne à faire.

    Bernard Dupuis, Berthierville

    • Alain Lavoie - Inscrit 12 juin 2013 08 h 27

      Absurdité de ces religions non seulement culpabilisantes mais surtout débilitantes.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 12 juin 2013 08 h 45

      Le turban sikh n’est-il pas le linceul que porte en permanence certains musulmans ? Et qu’en est-il du kirpan ? Étonnant qu’il ne soit pas apparu dans le décor.

      Et pis après vérification, les sikhs forment grosso mode un millionième de la population mondiale et il faut qu’un enturbanné débarque sur un terrain de soccer québécois alors qu’au Pendjab, les jeunes jouent apparemment tête nue. Faut quand même le faire.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 12 juin 2013 10 h 15

      «La principale faiblesse du multiculturalisme canadien est de manquer d’esprit critique».

      Exact. L’absence de sens critique c’est cette incapacité à prévoir les conséquences sociétales de ses décisions. Un seul exemple: une ex-procureure de l’Ontario, Marion Boyd, proposa en déc. 2004, de modifier la loi provinciale ontarienne de façon à autoriser l’arbitrage religieux dans des causes de droit de la famille et de succession, en vertu de la charia. Mc Guinty a pris NEUF mois pour prendre une décision contre l’implantation d’un tribunal islamique! Et encore ce ne fut pas sans luttes de la part de plusieurs groupes de femmes!

      Il est là le nœud du problème, l’absence d’entrevoir les suites d’une décision. À moins bien sûr que l’on essaie encore une fois, par le biais du multiculturalisme, de provoquer le Québec en faisant ce que nombre de Canadians font régulièrement pour attiser la «détestation», en d’autres mots du Québec bashing.

    • Pierre Desautels - Abonné 12 juin 2013 12 h 31


      Religion culpabilisante, vous dites? Comme le catholicisme?

    • Bernard Dupuis - Abonné 12 juin 2013 13 h 45

      @ Pierre Desautels

      Toute religion prétend apporter la paix, l'harmonie et la fraternité. C'est le cas du sikhisme aussi. Pourtant, il arrive souvent que ces religions quelles soient chrétienne, sikh, musulmane, juive, etc., trainent toujours leur lot de conflits, des chicanes et de culpabilité. Contrairement à la croyance multiculturaliste, une religion n'est pas nécessairement une bonne chose du simple fait que c'est une religion.

      Bernard Dupuis, Berthierville

    • Pierre Desautels - Abonné 12 juin 2013 15 h 08


      Je suis d'accord avec vous sur les religions, sauf que, ce serait mieux de ne pas faire d'insinuations sur une religion que vous ne connaissez même pas. Et même sur celle que vous connaissez, car cela pourrait être gênant... De plus, cela n'apporte rien au débat. De toutes façons, le sujet à l'ordre du jour est la décision de la FQS, basée sur la sécurité. Si c'est la seule raison invoquée, c'est de ça qu'il faut débattre. S'il y en a d'autres, il faudrait que la FQS cesse de se cacher et joue franc jeu en nous disant pourquoi il faut interdire à des enfants de douze ans de jouer au ballon avec un turban...

    • Albert Descôteaux - Inscrit 12 juin 2013 23 h 27

      Ou pourquoi, M. Desautels, des parents ne laissent pas un enfant de douze ans enlever son turban pour jouer dans une ligue organisée. Si ce jeune voulait devenir un émule d'Alexandre Despaties, le débat actuel n'aurait simplement pas lieu. Ou bien il enlèverait son turban, ou bien il ne plongerait simplement pas.