Libre-échange - L’envers de la médaille

« Le dîner est prêt », a déclaré au Devoir le représentant du Québec auprès de l’équipe de négociation de l’Accord économique et commercial global Canada-Union européenne, M. Pierre Marc Johnson. En attendant une conclusion qui tarde, rappelons que, même s’ils sont importants, ces accords à deux constituent un pis-aller qui risque de nuire à de futures négociations multilatérales.

Lors de l’annonce de l’échec des négociations entre les 153 pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en août 2008, plusieurs se sont réjouis.


Lancées sept années plus tôt au Qatar, ces négociations dites du cycle de Doha visaient à réglementer la libéralisation des échanges entre les pays membres de l’OMC, ceux du Nord et ceux du Sud. Or, comme on pouvait s’y attendre, elles ont achoppé au chapitre de l’agriculture, les États-Unis et l’Inde n’étant pas parvenus à s’entendre sur les détails d’un mécanisme de réduction des importations agricoles dans l’éventualité où une chute des prix mondiaux menacerait l’économie locale.


L’échec fut perçu comme une victoire par les altermondialistes, mais force est d’admettre aujourd’hui que grâce au statu quo et au niveau élevé des subventions qui le caractérise, ce sont les pays riches qui ont profité le plus de cet échec.


D’ailleurs, ces négociations n’étaient pas terminées que tous s’empressaient de relancer des pourparlers sur une base bilatérale avec les seuls pays susceptibles de former des partenariats rentables pour eux. Tant pis pour les plus petits qui se retrouvent isolés !


Au Canada, ce sont les producteurs de lait, d’oeufs et de volaille, bien protégés derrière des barrières tarifaires infranchissables, qui étaient les plus heureux d’un échec laissant intact le fameux système de gestion de l’offre. Avec une taxe de 200 % sur le fromage importé, nul besoin de subventions ! Et tant pis pour le consommateur !


L’actuelle négociation entre le Canada et l’Europe, dont on dit depuis des mois qu’elle est sur le point d’aboutir, fait partie de ces exercices bilatéraux qui ont remplacé les négociations mondiales.


Poussé dans le dos par les États-Unis, qui doivent commencer sous peu leur propre série de discussions avec l’Europe, Ottawa a donné ordre à son équipe de négociateurs de rester sur place, à Bruxelles, tant qu’un accord ne serait pas conclu. M. Harper espérait sûrement que l’entente interviendrait au moment de son voyage en Europe, cette semaine, mais cette issue ne semble plus très réaliste.


La rumeur veut qu’il ne reste que quelques clauses en litige, mais elles sont importantes. Que ce soit la durée des brevets pharmaceutiques, les quotas à l’importation de fromage, l’exportation de boeuf ou la définition des produits d’origine, le diable est dans les détails !


Cela dit, même s’il ne faut pas minimiser les enjeux de ces négociations à deux, on doit reconnaître que leur multiplication retarde et même menace la reprise de négociations multilatérales à l’échelle de l’OMC. Chaque entente comportant son lot de particularités, il sera plus difficile que jamais d’en arriver un jour à uniformiser les règles qui régissent le commerce entre tous les pays, notamment entre ceux du Nord et du Sud.


Depuis 2008, le processus est au point mort à l’OMC et rien n’indique que les choses changeront bientôt. Peut-on encore prétendre que l’échec du cycle de Doha fut une victoire pour les pays en développement ?

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