Terres agricoles - La gare et le champ

C'est bien joli les lois, les politiques, les plans. C’est bien beau les discours, les promesses, les engagements. On peut même comprendre que le réalisme oblige à opter pour les petits pas plutôt que les grands. Mais pourrait-on au moins de temps en temps avoir l’air d’y croire ? L’emplacement de la future gare de Mirabel, que l’Agence métropolitaine de transport fera construire dans les prochains mois en zone agricole, est un exemple type de la politique de façade qui a cours de nos jours et qui nourrit le cynisme.

Petit retour en arrière : en décembre 2011, le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) était adopté sous les applaudissements. Enfin, le développement des 82 municipalités de la région de Montréal ne serait plus laissé aux promoteurs et à l’obsession d’aller chercher des taxes. On aurait le souci de la qualité de vie et de l’environnement.


Bon, il y avait bien un hic. La première version du PMAD prévoyait d’empêcher pendant cinq ans tout empiétement sur les terres agricoles (l’Union des producteurs agricoles souhaitait plutôt un gel de vingt ans). La version finale a retiré cette restriction. Après tout, justifiait-on, il y avait assez de terrains disponibles pour encore deux décennies de développement. La zone agricole pouvait dormir en paix.


Autre retour en arrière, plus récent celui-là : il y a deux semaines, Pauline Marois et son ministre de l’Agriculture, François Gendron, présentaient leur politique de souveraineté alimentaire où il était question, notamment, de mieux protéger les terres agricoles, un enjeu absolument incontournable. Bravo !


Et pourtant, malgré tout, on se retrouve avec la folie de Mirabel. Il est évident qu’une fois la gare construite, les routes puis les bungalows pousseront, comme le disait le président de Vivre en ville, Alexandre Turgeon, lors d’une conférence de presse où plusieurs organismes ont pressé le gouvernement d’intervenir. Il est clair que c’est tout l’esprit du développement durable, dont les élus ne cessent de faire l’éloge, qui est ici bafoué. Champ perdu ne revient pas. Est-ce si difficile à comprendre ?


Il n’y a rien à attendre du maire de Mirabel, Hubert Meilleur, élu à l’ancienne qui avait mené la bataille contre le PMAD. Mais Québec, lui, doit faire preuve de cohérence. Le bureau du ministre des Affaires municipales, qui doit trancher dans ce dossier, pense d’abord aux besoins de transport collectif, pas à l’endroit où celui-ci est implanté. On attend donc des analyses pour bouger alors qu’il suffirait de dire « c’est assez ! » (car un autre site, en zone blanche, est disponible). C’est plus court que les beaux discours, mais plus efficace. Si l’on y croit, évidemment...

7 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 3 juin 2013 08 h 34

    Le train de banlieue

    Le train en banlieue éloignée est coûteux, non rentable, ne roule que dans un seul sens et seulement aux heures de pointe. En fait, il ne fait qu'encourager l'étalement urbain car, en subventionnant le transport matin et soir au travailleur, il l'encourage à s'établir loin de son lieu de travail dans des lotissements éloignés des commerces et des écoles, où on ne peut même pas acheter une pinte de lait sans prendre sa voiture, et oblige la famille à avoir deux sinon trois autos (pour les ados qui veulent sortir!) Encore pire dans ce cas-ci, où il faudra prendre son auto pour se rendre à la gare en plein champ. Que le gouvernemet finance les voies réservées aux bus, hybrides (diesel-électrique) en attendant que le tout-électrique soit rentable, et le métro dans les quartiers très densément peuplés de l'Île ou de la très proche banlieue. En fait, le gouvernement ne devrait jamais subventionner un service qui n'est pas offert toute la journée dans les deux sens. En fait, en dehors des heures de pointe, les bus et le métro sont en grande partie occupés par des étudiants, des retraités, et des jeunes qui "vont en ville". Un habitant de Longueuil me faisait remarquer qu'en combinant le métro au train sous la montagne, il lui serait facile de se rendre à son travail à St-Laurent -- sauf que le train sous la montagne ne roule que dans le mauvais sens pour lui matin et soir!

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 juin 2013 10 h 40

      Ne subventionne-t-on pas déjà l'autoroute à 100%?

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 juin 2013 11 h 55

      Vous direz à votre voisin que des trains quittent la Gare centrale en direction de Deux-Montagnes à 06:45, 08:45, 09:30 et 10:30, les jours de semaine. Cest sans doute moins que dans le sens inverse, mais on ne peut pas dire qu'il n'y aucun service dans ce sens.

      En fait, je crois que l'AMT serait soulagée si des gens prenaient le train à contre-sens. Les véhicules seraient utilisés des manière plus optimale.

  • France Marcotte - Abonnée 3 juin 2013 09 h 20

    Illusion d'optique

    Ce que tu vois n'est pas ce que tu vois.

    À quoi servent les lois, les politiques, les plans quand on n'a pas l'intention de les mettre rigoureusement en pratique?

    Ils servent à faire écran à la réalité, celle qui fait pousser gare, puis routes, puis bungalows, comme des champignons dans les terres en principe protégées.

    -Mais vous vous trompez citoyenne, la loi, la politique, le plan parlaient de la terre d'à côté!

    Et cette explication résonne à l'infini dans les campagnes...

  • Sylvain Auclair - Abonné 3 juin 2013 11 h 23

    Le problème n'est pas là

    Le problème, c'est d'avoir construit des maisons sur ces terres agricoles. Maintenant que c'est fait, il faut des services à des gens, et construire une gare n'est sans doute pas pire que de construire des routes.

    Si on veut que la gare ne serve pas de point focal à un nouveau quartier, il suffit d'appliquer la loi.

    • Maxime Dion - Inscrit 3 juin 2013 12 h 03

      Et puis, qu'avons-nous à faire de ces terres agricoles, puisque nos tomates proviennent du Mexique ? Et pour qu'elles roulent jusqu'à nous, il faut bien des routes ainsi que des voies ferrées, non ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 juin 2013 13 h 12

      Et comme il n'y aura pas d'épicerie à Mirabel, tout le monde prendra son char pour aller en acheter, de ces tomates, à 20 km de là?

      Si le problème, c'est le développement autour de la gare, interdisons-le. Un gare préviendra peut-être qu'on ait besoin d'une nouvelle autoroute.