Souveraineté alimentaire -Table bien mise

Si l’on excepte l’opposition, qui n’a jamais pour vocation d’applaudir le gouvernement, l’Union paysanne, qui ne sera satisfaite que le jour où l’UPA tombera, et le National Post qui, à la une, a ridiculisé le projet en le déformant, François Gendron peut se féliciter. Tout le milieu agroalimentaire québécois a, avec raison, salué sa politique de souveraineté alimentaire. Une avancée, enfin !

Il y a déjà plus de cinq ans que le rapport Pronovost, issu de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois, était déposé. Fort d’audiences publiques tenues dans tout le Québec, s’appuyant sur quelque 660 témoignages et mémoires, le rapport était détaillé, audacieux, exigeant. Doté de telles qualités, il s’était évidemment vite retrouvé sur une tablette…


La politique de souveraineté alimentaire présentée jeudi dernier par Pauline Marois et François Gendron, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, n’a pas, tant s’en faut, la teneur du rapport Pronovost. Le gouvernement péquiste n’a pas eu plus envie que les libéraux de s’attaquer aux structures du monde agricole, comme l’y invitait le rapport de 2008. L’Union des producteurs agricoles (UPA) garde son monopole, et l’assurance stabilisation des revenus agricoles (qui profite à un nombre limité de productions) ne sera pas transformée en un programme de soutien universel.


Mais l’agriculture n’a pas que des défis de gouvernance, et c’est au reste, énorme, que le gouvernement Marois vient de s’attaquer : comment favoriser la production d’ici dans une économie d’accords commerciaux où les biens circulent à l’échelle du monde, où les consommateurs veulent de la variété (tout en restant obsédés par les prix !) et où la contrainte n’est plus de mise ?


La réponse s’appelle : par des mesures de soutien. La politique générale du gouvernement était donc accompagnée jeudi de quatre annonces bien concrètes : les établissements publics (écoles, hôpitaux, garderies…) seront incités à s’approvisionner en produits locaux ; les serres auront droit à des tarifs d’électricité adaptés ; la protection des terres agricoles sera resserrée ; et l’aide à la relève sera bonifiée.


Ces gestes s’inscrivent dans la foulée du rapport Pronovost, mais ils tiennent aussi compte d’une réalité qui a déjà bougé depuis cinq ans. Par exemple, on ne trouve pas une ligne, dans le fameux rapport, de l’achat de terres agricoles par des fonds d’investissement. Aujourd’hui, c’est une donne que le Québec ne peut pas ignorer. Le ministre Gendron déposera donc d’ici juin un projet de loi pour revoir l’accès des non-résidents aux terres agricoles et limiter l’explosion des prix que la spéculation pourrait entraîner. Il y a un modèle québécois à protéger, celui de terres détenues par ceux qui les cultivent, comme le résume bien l’UPA, et le gouvernement s’y tiendra.


De même, le rapport Pronovost recommandait de favoriser la production et la commercialisation de légumes de serre au Québec, sans détailler. Utiliser les surplus d’hydroélectricité, tel que cela est suggéré par la CAQ et avalisé par le plan du ministre Gendron, c’est passer du souhait à l’action. Les producteurs en serre attendaient un tel geste depuis dix ans, toute une période pendant laquelle la concurrence de la tomate mexicaine n’a fait que croître. Il ne fallait plus perdre de temps.


Ajoutons que les attentes sont énormes en matière agricole. S’y croisent l’économie, l’occupation du territoire, l’environnement, la qualité de vie… et l’alimentation ! Des visions s’affrontent. C’est tout à l’honneur du ministre Gendron que son plan ait été accueilli avec ouverture et accompagné de la création d’une table de concertation où une quinzaine d’organismes des plus divers pourront discuter de sa mise en oeuvre. L’agriculture n’est plus sur une tablette. C’est un très heureux changement.

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