Sénat canadien - L’assiette au beurre

Le sénateur Mike Duffy est un personnage incontournable sur la colline parlementaire à Ottawa. Difficile de ne pas connaître ce journaliste qui, pendant des années, a écumé les corridors du Parlement pour CTV et CBC, et dont la renommée lui a valu un siège au Sénat qu’il peut occuper jusqu’à 75 ans.


Le premier ministre Stephen Harper, qui l’y a nommé, pensait tirer des bénéfices politiques de la popularité du rondouillard sénateur de l’Île-du-Prince-Édouard. C’est pour cela aussi qu’il a invité au Sénat des gens comme l’ex-entraîneur de hockey Jacques Demers. Sauf que depuis quelques jours, Mike Duffy ne fait plus rire les conservateurs. Il est devenu un tel embarras qu’on lui a fait comprendre qu’il vaudrait mieux qu’il s’éloigne d’eux en douce. Sa propension à mettre les doigts dans l’assiette au beurre en a fait un pestiféré politique.


Le premier ministre est bien mal pris, lui qui avait promis d’être d’une sévérité exemplaire pour quiconque dans son parti serait pris à enfreindre les lois et règlements. C’était bien sûr en 2005, alors qu’il était chef de l’opposition. Aujourd’hui, il voit les choses d’un autre oeil.


La tempête qui s’élève autour du sénateur Duffy l’atteint directement. D’abord parce que c’est lui qui l’a fait sénateur pour des raisons purement partisanes. Il est donc associé aux turpitudes de cet homme qui a eu ces dernières années un appétit insatiable pour les réclamations de dépenses, parfois en double. Puis parce que son chef de cabinet a cherché, supposément à titre personnel, à aider Duffy en lui refilant 90 000 $ pour qu’il rembourse l’allocation de logement reçue du Sénat ces dernières années sans y avoir droit.


Ce cadeau aurait dû faire l’objet d’une déclaration suivant les règles du Sénat, ce qui rend l’affaire bien délicate pour le premier ministre qui, s’il voulait être d’une sévérité exemplaire, devrait mettre au ban tant M. Duffy que son chef de cabinet. Chose bien difficile à faire, car les condamner serait exposer sa propre faiblesse.


En politique, on ne peut dire « faute avouée est à demi pardonnée ». Avouer une faute, c’est donner des armes à l’opposition, qui, dans le cas présent, n’entend surtout pas se priver de tirer à boulets rouges sur Stephen Harper, qui, pour une rare fois, se trouve en position vulnérable. Il l’a bien cherché d’ailleurs : lui qui avait promis de transformer le Sénat en institution respectable l’a dévalué encore plus par ses nominations partisanes. Il en a fait l’assiette au beurre pour ses amis. Tous les sénateurs ne sont pas du même modèle que Mike Duffy. Ils vont réexaminer son cas. S’ils ont le sens de l’institution, ils devraient le chasser sans tarder.

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