Armes à feu - Infanticide

Au commencement, il y eut le massacre de plus de 25 enfants et adultes dans une école du Connecticut. Dans le droit fil de ce drame, il y eut la promesse de Barack Obama de modifier l’horizon du commerce des engins de mort. Ensuite ? Des élus républicains ainsi qu’un commando de démocrates se sont acharnés à cabosser la timide réforme du président. Aujourd’hui, le débat se caractérise par la rage. Par cet absolu de l’irrationalité.

 

Au cours de la semaine dernière, les membres de la National Rifle Association (NRA) étaient en congrès à Houston. Au terme de cette messe logeant à l’enseigne de l’affection prononcée pour les balles, les traçantes comme les banales, leur nouveau président a formulé des propos qui donnent froid dans le dos. Tenez-vous bien, selon James Porter, c’est son nom, le ministre de la Justice, Eric Holder, est « farouchement antiaméricain », Obama « est un faux président », la guerre de Sécession fut en fait une « guerre de l’invasion nordiste ».

Tenez-vous bien encore, dans une logique qui emprunte davantage à celle des vampires, des Nosferatu, qu’à celle de l’esprit sain dans un corps sain, d’après Porter, ceux et celles qui sont encartés dans la NRA sont « les défenseurs de la liberté. Nous en sommes les protecteurs ». Tous sont « sur la ligne de front » à mener une guerre « entre deux cultures qui va au-delà du droit de porter une arme ». Avec de tels propos, c’est à se demander si le porte-parole en chef des obéissances aux canons du racisme dans sa version musclée ne devrait pas participer aux Olympiques de la sédition. À tout coup, il remporterait la palme.

D’autant qu’au même moment, les correspondants canadiens de la NRA, même s’ils se défendent de prendre leurs ordres auprès de cette dernière, ont fait l’apologie de la présence de gardes armés dans les écoles, mais aussi sur les campus des cégeps et des universités. Le prétexte ? Si présence de gardes armés il y avait eu au Connecticut, le massacre aurait été évité. Car, par un de ces raccourcis colorés par une défense fanatique du droit individuel qui interdit toute observation du devoir, dans le sens évidemment citoyen du terme, ces messieurs de la NRA ont établi le principe que plus d’armes signifie plus de sécurité. Et signifie surtout, n’a pas manqué de marteler le sieur de La Palice, beaucoup plus d’espèces sonnantes.

Dans cette histoire, plus exactement dans sa récente chronologie, un fait mérite d’autant plus un arrêt sur image qu’il est l’illustration par excellence de l’irresponsabilité, de l’insensibilité, du fanatisme comme il est la mise en relief de l’esprit retors qui semble être l’ADN de la NRA. De quoi s’agit-il ? Dans les jours antérieurs au congrès de la NRA, un gamin de cinq ans a tué sa sœur de deux ans avec un fusil qui lui avait été offert. Un fusil, c’est à retenir, qui a été conçu pour lui. Un fusil qui fait l’objet de campagnes de publicité. Un fusil qui fait partie d’un éventail de fusils destinés aux enfants.

Auparavant, on l’a déjà souligné mais on tient à le répéter, le conseil municipal d’une petite ville de Géorgie a adopté un décret qui oblige tous les résidants à posséder une arme ! À cœur d’année, la NRA nous serine que toute volonté de contrôle des armes est une amputation des libertés. Mais au nom de la sécurité, et surtout du commerce, ici et là on s’emploie à amputer la liberté en question dans un sens totalement inverse.

La dérive sociopolitique dont ce sujet est beaucoup plus que le symptôme s’avère comme jamais « une histoire de bruit et de fureur racontée par un idiot ».

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