Printemps étudiant - Mandat à éclaircir

Elle est bien bancale, cette « Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012 » annoncée cette semaine par le gouvernement Marois. D’un côté, une main tendue aux étudiants et aux autres manifestants qui ont vécu des abus policiers évidents ; de l’autre, un compromis favorable aux services de police : on va vous entendre, mais en catimini, histoire de ne pas vous embêter. Une véritable aubaine ! C’est à se demander pourquoi les syndicats policiers boycottent l’exercice !


Ce n’est pas la composition de la commission qui pose problème : Serge Ménard, ex-ministre, est associé aux milieux policiers, mais Claudette Carbonneau, ex-présidente de la CSN, est son pendant du côté des manifestants. Chacun des deux camps diabolise tellement l’autre que de les voir représentés par des gens capables de travailler ensemble, c’est un atout dans le contexte. L’ex-juge Bernard Grenier, dont la probité n’est pas mise en cause, fera l’équilibre.


Mais de quoi sera-t-il question ? Pas des plaintes, quelque 200, déjà déposées devant le commissaire à la déontologie policière, a précisé le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron. En même temps, la commission spéciale devra avoir une approche assez spécifique puisqu’il lui est demandé de « dégager des constats s’appuyant sur des faits vérifiables ». Mais comment vérifier sans pouvoir de contrainte à témoigner ?


Et pourquoi des travaux à huis clos ? Le ministre Bergeron dit qu’il faut permettre aux témoins de « s’exprimer en toute liberté et sans crainte de représailles ». Au nombre de témoignages anonymes publiés depuis un an, on peut pourtant imaginer que des gens sont maintenant prêts à s’exprimer publiquement. Quant aux autres, leurs propos ont déjà été recensés par des regroupements comme l’Association des juristes progressistes et la Ligue des droits et libertés : ils viendront expliquer leurs constats.


Par ailleurs, le travail policier fait si rarement l’objet d’un examen public qu’il serait bon que tous entendent leur point de vue. Il n’y avait pas que des manifestants pacifiques le printemps dernier, et il faut aussi l’exposer.


Un retour sur le printemps érable est essentiel, ne serait-ce qu’en raison du nombre d’arrestations sans précédent au Québec qui en a découlé, comme si le banditisme ou la petite terreur s’était répandu dans les rues. La surveillance policière était certes nécessaire, mais il y a eu un point où tout a basculé. Pourquoi, comment, il faut s’en parler. Mais ouvertement.


Si l’on se fie aux premières réactions entendues, le travail des membres de la commission semble déjà entravé. Mais ce sont des gens intelligents, aguerris au débat. C’est là-dessus, davantage que sur le mandat qui leur a été confié, qu’il faut compter pour que cette commission trouve son véritable sens.

À voir en vidéo