Guerre en Syrie - La régionalisation

Au fond, le chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah a officialisé ce qui était jusqu’alors officieux. En effet, à la faveur d’une allocution qui suivait de quelques heures une intervention du président Barack Obama sur le dossier syrien, Nasrallah a enfin reconnu que des miliciens du Hezbollah combattaient aux côtés des soutiens de Bachar al-Assad. Qui plus est, il a également confié que des experts iraniens en faits divers, c’est le moins qu’on puisse dire, sont présents aux quatre points cardinaux d’une guerre civile vieille de trois ans. Bref, le conflit est bel et bien sur la voie de la régionalisation.

Il est même possible qu’une inflexion internationale se greffe à court terme à ce combat qui va bouleverser, c’est écrit dans le ciel, les équilibres aussi politiques que religieux des environs. On s’explique. Lors de sa conférence de presse, Obama a assuré que des armes chimiques ont été utilisées. Le hic ? Les services de renseignements américains ne savent pas par qui, ni quand, ni comment. Bref, l’exécutif américain marche aujourd’hui sur des oeufs, car avant-hier, il avait martelé que le recours à des armes non conventionnelles reviendrait à franchir le Rubicon. Autrement dit, que s’ensuivrait une intervention étrangère.


De ce que l’on comprend, les caractéristiques de cette dernière sont différentes selon qu’on écoute Washington, Paris ou Londres. Pour Obama, s’il est prouvé qu’Assad a utilisé des gaz contre ses concitoyens, alors une réorientation de la position américaine ira dans le sens d’un envoi d’armes aux rebelles. Tant pour François Hollande que pour David Cameron, il faudrait agir de façon beaucoup plus directe. Pour résumer l’état d’esprit commun au Français et au Britannique, si Assad a ordonné le massacre de Syriens par chimie interposée, cela constituerait une « cause légitime d’intervention directe », pour reprendre les mots de Hollande. À cet égard, les états-majors britannique, français et même américain auraient d’ores et déjà modélisé une opération de « sécurisation » des armes chimiques.


Cela étant, reste la question des questions : que fera l’Iran ? Que fera ce pays qui, avec la Russie, a doté la Syrie d’un arsenal d’armes chimiques en plus de l’armer et de financer en grande partie ses opérations militaires ? Que fera ce pays qui mène une guerre sourde contre les nations majoritairement sunnites, soit l’Arabie saoudite, la Turquie et, dans une moindre mesure, l’Égypte ? À un peu plus d’un mois des élections générales, il serait étonnant que le royaume des ayatollahs emprunte une route débouchant, à court terme, sur un casus belli. Mais après, il serait tout aussi étonnant que les chiites laissent les sunnites agir à leur guise et dominent de fait le Moyen-Orient.

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