«C’est la faute aux médias» - Insultante ex-ministre

Coincée au sujet de ses accointances avec l’organisateur d’élections clés en main Gilles Cloutier - témoin vedette à la commission Charbonneau -, l’ancienne ministre libérale Michelle Courchesne a rétorqué en jetant le blâme sur... les médias ! En cette veille de la Journée de la liberté de la presse, décortiquons et, surtout, dénonçons ce faux-fuyant révoltant de la part d’une ancienne politicienne au parcours douteux.

Après l’aveu de son « erreur » d’avoir fait appel, en 2007, à l’organisateur Gilles Cloutier pour travailler à l’élection de Guy Ouellette dans Chomedey, Michelle Courchesne, en interview au Devoir mardi, s’en est pris aux journalistes. « Pensez à votre rôle, parce que la démocratie est en grave danger [quant] à moi. Après tous les liens que tout le monde essaie de faire [et] qui n’existent pas, qui va vouloir aller en politique ? », a-t-elle lancé.


Que veut-elle dire ? Que les médias auraient dû s’abstenir de vérifier les informations sur la collusion dans le monde de la construction ? Qu’il leur aurait fallu ignorer les données montrant que le financement partisan servait de monnaie d’échange pour obtenir des contrats ? Qu’ils auraient dû se garder d’enquêter sur les possibles cas de prête-noms, de fraude ou de relations de proximité entre entrepreneurs, politiciens et hauts fonctionnaires ?


Absurde, évidemment. Mais Mme Courchesne le professe sans vergogne et ajoute : « Après avoir travaillé avec tout mon coeur et toute mon âme […], je ne suis pas sûre que j’y retournerais. Honnêtement, être traités comme on est traités, je ne suis pas sûre. » Ainsi, questionner, enquêter, demander des comptes, ce serait « mal traiter » les élus.


Or, toute cette gangrène étalée à la commission, pire encore que ce que tous les journalistes les plus aguerris imaginaient, comment aurions-nous pu en prendre conscience sans leur travail ? Mme Courchesne affirme craindre pour la démocratie ! Comme si les élections clés en main de son organisateur Cloutier y étaient bénéfiques ! Un organisateur, rappelons-le, qu’elle a non seulement réclamé à une firme de génie-conseil pour remporter Chomedey en 2007, mais qui - comme elle s’est bien gardée de le préciser au Devoir - l’avait elle-même aidée à se faire élire une première fois au municipal dans les années 1980. Dans le cas de Chomedey, Mme Courchesne admet avoir surmonté ses scrupules à l’égard du personnage parce qu’elle voulait tout faire pour ne pas perdre la circonscription. Autrement dit : la fin justifie les moyens !


Ce type de faux-fuyant d’une ex-ministre dont le nom a de surcroît été cité par le vérificateur général pour sa gestion plus que douteuse de l’octroi des places en garderie, mais aussi de l’octroi de contrats de terrains synthétiques de soccer, a quelque chose d’insultant. Doublement de la part de celle qui, en 2008, s’est permis de venir intimider jusque dans son bureau une reporter de la Tribune de la presse à Québec.


Rien n’est parfait en ce monde, évidemment. Même pas les médias ! Mais depuis 2009, une démonstration éclatante a été faite que sans le travail remarquable de plusieurs membres du « quatrième pouvoir », la gangrène aurait continué à croître au Québec. Sans enquête journalistique, le gouvernement Charest n’aurait jamais créé l’Unité anticollusion. Sans l’UAC, rien n’aurait été su de cet « empire malfaisant » si bien décrit par Jacques Duchesneau. Sans ce dernier, dont les médias ont fait état des conclusions tout en les remettant en question (on a cru qu’il exagérait !), jamais nous n’aurions eu cet exercice de grande et essentielle purge qu’est la commission Charbonneau.


Qui se soucie le plus de l’intérêt public ? Qui a vraiment à coeur cette démocratie de laquelle l’ancienne ministre de Laval dit s’inquiéter ? Certainement pas les politiciens comme Mme Courchesne qui, en effet, feraient mieux de ne pas « retourner » en politique.

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54 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 2 mai 2013 00 h 28

    Elle ne sait plus

    Quoi dire ou inventer pour sauver la face.

  • Jacques Morissette - Abonné 2 mai 2013 04 h 19

    Que faut-il, entre autres, pour avoir l'étoffe qu'il faut pour faire de la politique?

    Vous dites les vraies choses dans votre texte. Madame Courchesne semble dire, elle, qu'un ou une politicienne doit être on ne peut plus critique envers son prochain, mais pas du tout envers soi. En bref, c'est tout à fait le contraire de ce que j'ai toujours pensé et que je pense encore au sujet de la politique. Entre autres, l'honnêteté me semble un magnifique cheval blanc lorsqu'on veut faire de la politique.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 mai 2013 04 h 51

    Ouais !

    Très bien envoyé ! Et qu'elle rammasse ses copins et copines du même accabit et débarasse le plancher, de quelque parti que ce soit !

    Comme le disait ma grand-mère : «Si tu peux pas aider, nuit pas !»

    Fait l'insultée, ben oui, on va te croire !

  • Marcel Bernier - Inscrit 2 mai 2013 05 h 49

    Un journaliste...un vrai!

    Monsieur Robitaille, je vous trouve lumineux aujourd'hui. Vous réjouissez le citoyen que je suis. Merci!

    • Nicole Moreau - Inscrite 2 mai 2013 10 h 10

      je tenais à vous dire merci moi aussi monsieur Robitaille, j'ai trouvé l'intervention de madame Courchesne tout à fait déplacée, la liberté de presse est pour moi à la base de notre démocratie, c'est très important qu'elle soit non seulement protégée, mais aussi active et dynamique.

    • Louis Fortin - Abonné 2 mai 2013 10 h 58

      J'endosse votre commentaire Madame Moreau.

  • Marc Gendron - Inscrit 2 mai 2013 06 h 14

    Une hypocrisie sans nom

    Bravo M. Robitaille !
    Elle a du culot Madame l'ex-ministre. On se souviendra de des airs de vierge offensée, souvent au bord des larmes dans l'affaire des garderies.

    J'en braillerais de la revoir en politique.