Infrastructures - Les mêmes priorités

En planifiant dix ans à l’avance les grands projets d’investissements, le Plan québécois des infrastructures 2013-2023 présenté jeudi dernier par le président du Conseil du trésor, M. Stéphane Bédard, dit vouloir corriger les lacunes soulevées l’automne dernier par la firme SECOR-KPMG. Fort bien ! Mais c’est au chapitre des priorités qu’il surprend, et déçoit.

Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement Marois avait commandé une étude sur la gestion des projets d’infrastructures, dont les conclusions se sont révélées accablantes pour l’ancien gouvernement : annonces prématurées de projets, dépassements de coûts généralisés, annonces de projets à la pièce en omettant de les inscrire au plan quinquennal, absence de contrôles internes… la liste n’en finissait plus !


Depuis la sortie du rapport, le gouvernement Marois a agi avec célérité. D’abord en publiant une réponse détaillée qui se voulait un plan d’action, ensuite par l’adoption de la loi 1 sur l’intégrité, et maintenant par la présentation des prévisions financières échelonnées sur dix ans.


Si le plan est suivi - ce qui n’est pas certain puisqu’il peut être modifié chaque année -, Québec consacrera 92 milliards à l’entretien, à la réfection et à la construction d’infrastructures diverses (routes, métro, écoles, hôpitaux, centres de recherche, etc.) d’ici 2023. C’est moins que ce que les libéraux promettaient, mais tout cet argent étant emprunté, on comprend qu’on ait voulu ralentir la cadence.


Quand on compare au passé, ces investissements de 9,2 milliards par an en moyenne sont quand même largement supérieurs aux 2,5 milliards dépensés chaque année entre 1997 et 2001 et aux 4,5 milliards dépensés entre 2002 et 2006.


Mais c’est au gouvernement Charest qu’on doit d’avoir donné le grand coup pour rattraper le temps perdu.


Malheureusement, faute de contrôles serrés de la part de fonctionnaires compétents largement remplacés par les firmes privées d’ingénieurs, faute aussi de volonté politique de la part des élus de gérer les fonds publics comme s’il s’agissait de leur propre argent, très peu de projets, petits ou gros, ont été réalisés dans le respect des budgets et des échéances annoncés.


Peut-on s’attendre à ce que les choses changent avec le Parti québécois ? Bien malin qui peut répondre, en dépit des efforts très réels manifestés jusqu’ici par ce gouvernement. Sur papier, les intentions sont là, mais la tentation est forte… Pensons à la promesse contenue dans la réponse à l’étude SECOR d’annexer au plan annuel la liste détaillée de tous les projets retenus : la CAQ a eu raison d’en souligner l’absence, le gouvernement ayant plutôt choisi de réserver l’annonce de chaque projet au ministre responsable pour maximiser les retombées électorales.


Là où le bât blesse le plus, c’est au chapitre des priorités. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles sont très proches de celles du gouvernement Charest. Alors que les routes et les ponts accapareront 22,4 milliards au cours des dix prochaines années, le transport collectif aura droit à 4,9 milliards, soit moins de 500 millions par année si on exclut le remplacement des wagons du métro de Montréal. Ce n’est pas beaucoup de la part d’un gouvernement qui a promis « d’investir prioritairement » dans le transport collectif et de « réduire de 25 % les émissions de gaz à effet de serre » sans hausser les impôts.

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4 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 avril 2013 04 h 38

    Ponts et chaussées

    N'importe qui qui se promène un tant soit peu en auto ne peut que remarquer la dégradation de nos ponts et chaussées. Que le nouveau gouvernement comme l'ancien s'en rende compte aussi n'est toujours bien pas un mal non plus !

    Pour faire un parallèle avec des rénovations de maison, j'ai toujours trouvé que c'est important de boucher les trous dans les murs «avant» que de peinturer, même si j'adore la nouvelle couleur et que j'ai hâte de la voir sur le mur !

    On l'a déjà fait laisser crouler nos routes pour sauver de l'argent, on ne peut pas le faire deux fois de suite ! On verra pour les rideaux plus tard !

  • Bernard Terreault - Abonné 29 avril 2013 08 h 20

    Effectivement

    Vous avez raison de souligner le dėsiquilibre entre transport privé (routes) et public. Les grandes agglomérations urbaines de Montréal et Quėbec comptent plus de la moitié de la population du Quėbec. La construction ou l'ėlargissement de nouvelles routes n'y font que promouvoir l'ėtalement urbain, malgré le fait qu'il y ait encore beaucoup de terrains libres à Montréal et en banlieue proche (Longueuil et Laval). Les jeunes mėnages s'ėtablissent de plus en plus loin des centres parce que cela leur semble moins cher, et cela semble moins cher parce qu'ils n'ont pas à payer de leur poches les nouvelles infrastructures comme les ėcoles, les hôpitaux et le reste. Si au moins, comme aux Ėtats-Unis et en Europe, où j'ai vėcu, on faisait payer par les municipalités la construction et l'entretien des ėcoles, les villes de la banlieue lointaine hėsiteraient à se lancer dans la promotion à tout crin de l'ouverture de nouveaux quartiers. De même, le transport scolaire ne devrait être gratuit que dans les zones 100% rurales.

  • Claude Smith - Abonné 29 avril 2013 08 h 32

    Métro de Montréal

    Pourquoi n'avez-vous pas inclus le remplacement des wagons du métro de Montréal dans votre analyse ? Quant aux ponts, il faut bien reconnaître que les travaux ne peuvent être reportés pour une question évidente de sécurité. Quant aux routes, il y a des projets qui ont été entrepris par le gouvernement précédent et qu'il faut terminer. Enfin, vous ne mentionnez aucunement le projet de train électrique dans la réalisation du nouveau pont Champlain.

    Claude Smith

    • Bernard Terreault - Abonné 29 avril 2013 12 h 54

      Là n'est pas le problème, IL FAUT rėparer les routes dėtériorées, mais il ne faut PAS en construire de nouvelles à gogo dans des rėgions qui n'en pas besoin, ou dans les banlieues de MOntréal et Québec. Consultez les sites web officiels des ministères des transports du Quėbec et de l'Ontario et vous constaterez que le Québec compte près de 30 000 km de routes provinciales contre 20 000 km en Ontario, alors que cette province a plus de 13 millions d'habitants contre moins de 8 millions chez nous! Promenez-vous, et voyez les larges autoroutes vides, de l'Outaouais au bas du fleuve. Quant à celles qu'on construit en banlieue, elles ne font que faire fuir les gens plus loin, alors qu'il y a des terrains libres à Montréal et en proche banlieue.