Commission Charbonneau - Le monde selon Gérald Tremblay

Il n’est pas simple de suivre le témoignage de l’ancien maire Gérald Tremblay devant la commission Charbonneau. Mélange de candeur et d’habileté politicienne, des habituels justificatifs (« quand j’ai su, j’ai agi ») et de révélations. Mélange qui étourdit et qui laisse perplexe tant l’ex-maire ne semble toujours pas voir la recette qui sort de tant d’ingrédients.

Dès l’arrivée de Gérald Tremblay à la tête de Montréal en 2002, le ton était donné : rumeurs d’enveloppes brunes, puis arrestation de deux conseillers. Suivront, au fil des ans, des appels au maire en privé pour dénoncer diverses situations douteuses et, sur la scène publique, des reportages dévastateurs. Une nomenclature d’une longueur infinie…


Pour n’importe qui, il y a là une trame à suivre, des liens à faire, le récit d’une gestion pleine de manques. Et pourtant, non, pas pour le premier élu de la Ville…


Dans le monde de Gérald Tremblay, tout est compartimenté. Il ne pose de questions que si les circonstances ne lui en laissent pas le choix, se contente des réponses qu’on lui donne. Il fait confiance (sauf aux médias, ces vilains qui le harcelaient), ne s’étonne de rien, ne fait pas de recoupements entre les événements, ne sait pas lire les gens. Quand il tourne la page, il tient pour acquis que chacun la tourne avec lui.


En un mot, il n’a aucun instinct, ce qui ne manque pas de surprendre pour un politicien. Le résultat s’étale dans toute sa splendeur à l’écoute de la commission Charbonneau : cet homme en mission pour sauver la ville n’a jamais compris, et pas encore aujourd’hui, qu’il a été bien contrôlé.


Quasi chaque déclaration du maire à la commission mériterait commentaire (savait pas, savait pas : la moindre lecture des quotidiens aurait dû lui mettre la puce à l’oreille, sur certains élus, certains organisateurs, le contrat des compteurs d’eau…), mais arrêtons-nous à sa déclaration, explosive, sur la demande d’un pot-de-vin d’un million de dollars en vue de l’implantation d’un SmartCentre dans l’arrondissement de Saint-Michel.


On est en 2006. Bernard Trépanier, directeur de financement du parti, est mêlé à l’affaire. Le maire l’apprend, le démet sur-le-champ, mais sans lui dire pourquoi. Mais il a mis Frank Zampino, grand ami de Trépanier, au courant. Zampino rétorque : y a-t-il une enquête policière ? Ce sera sa seule question. Curieux ? Pas pour le maire. Pourtant, ce Trépanier magouilleur est un inséparable de son président du comité exécutif.


M. Tremblay parle ensuite de cette histoire au chef de police Yvan Delorme, qui lui assure qu’il n’y a pas là matière à enquête ! Surprenant, mais le maire Tremblay se rend à ses arguments. Va toujours sur le coup, mais depuis, on a vu le chef Delorme quitter ses fonctions dans des circonstances douteuses. On sait aussi que nul ne le recommandait pour le poste de chef de police. Pourtant, le comité de sélection le voulait mordicus. Et qui siégeait à ce comité ? M. Zampino. Encore lui, toujours lui.


Devant la commission, M. Tremblay aurait pu dès lors conclure : avec le recul, la réponse de M. Delorme me surprend. Même pas ! Les journalistes étaient pourtant renversés, supputant des histoires à creuser… Mais l’ex-maire ne suppute pas, et trouve bien malveillants ces journalistes qui remontent le cours de la rumeur plutôt que d’attendre la confession des méchants.


Le mystère Tremblay reste total au terme de sa première journée d’audiences : quelle est donc la logique de cet homme qui n’a pas su voir les coquins, mais reste persuadé d’avoir sauvé sa ville ? Que tout cela est gênant. Et pitoyable.

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31 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 26 avril 2013 00 h 28

    Étourdir

    Vous avez bien raison c'est un mélange qui étourdit et qui laisse perplexe. Qui dit que ce n'est pas précisément ça son objectif, étourdir pour ne pas répondre directement et complètement aux questions posées.

    C'est en tout cas l'impression qui me reste, avec le sentiment d'avoir quasiment perdu ma journée à le regarder et l'entendre patiner...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 avril 2013 06 h 43

      J'imagine que vous avez eu moins de difficulté à suivre Zampino et Marcil nous déblatéter toutes les procédures «derrière» lesquelles il se cachait ? Effectivement, ils étaient beaucoup plus organisés. Comme de fait, faut être organisé râre pour tenir toutes ces ficelles !

      Et que dire d'Abdalla qui est venu nous montrer «preuve à l'appuis» à grand coup de poing sur la table ses documents «paravents».

      C'est d'une tristesse à pleurer.

  • Carole Dionne - Inscrite 26 avril 2013 01 h 15

    Je crois que vous faite une bonne analyse de Tremblay

    Il n'a pas été un magouilleur mais il ne se dépêchait pas pour connaitre la vérité.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 avril 2013 06 h 18

    Parfait

    Le maire parfait pour faire de la magouille ! Un homme qui regarde loin et haut avec une foi inébranlable dans sa destiné depuis l'âge de 15 ans. Le parfait «paravent» !

    Et derrière, plus bas, juste en dessous, les marionnettistes qui tirent les ficelles; ceux qui peuvent vous déblatérer toute la procédure point par point «derrière» laquelle ils trament sans laisser de trace.

    Et encore plus bas, l'autre paravent, le minable, le «faiseux», l'esclave, l'homme de main. Protégés devant et derrière, les tordus se tordaient les mains de rire à nos dépends.

    À gauche, peut-être un chef de police accommodant, on en est pas encore sûr à 100%, mais ce serait dans la logique des choses.

    Enfin à droite, un gouvernement provincial qui a encore plus faim que ces fins finauds.

    Et pour finir la ville qui les entoure, jalouse depuis sa création du pouvoir accumulé dans la métropole qui récolte et pousse à vitesse grand V de tout ce pouvoir et cette richesse déplacée.

    Je vais être méchant pour la ville à Labeaume, mais si vous voulez trouver où est l'argent des montréalais, cherchez à Québec.

    Vous avez le droit de ne pas être d'accord avec moi, mais souvenez-vous du temps où les élus de la colline parlementaire devaient faire le voyage vers Montréal pour «agir» sur l'avenir du Québec et retourner tout penauds dans leur petit village médiéval si charmant que nous allions visiter comme une relique des temps anciens.

    Où était le «centre» du Québec ? Ce qu'ils nomment encore le «poumon» du Québec, sauf que maintenant, ils y viennent pour tout autre chose, ils y viennent pour récolter ! «Follow the money» comme disait l'autre. Les ville champignons ne se construisent pas avec des prières à Ste-Anne.

    J'ai pas le «Droit» de dire ça ?

    Je vais me gêner, c'est mon «Devoir» et ça «Presse» !

  • Jacques Boulanger - Inscrit 26 avril 2013 06 h 46

    Pas si innocent que ça

    L’affaire Trépanier est à tout le moins rocambolesque. Il le congédie sans dire pourquoi et la raison: pour protéger sa « source » ? Ben voyons. Et l’autre de dire: merci M. le maire !

    Il le dit à Pépino, son bras droit, mais ce dernier l’apprend plus tard ? Oups, j’ai manqué un épisode-là.

    Et le plus drôle, c’est que quelque temps après, il le rencontre à un évènement-bénéfice, lui serre la main et le félicite de son beau travail ! Priceless !

    Je défie n’importe lequel des scénaristes de tisser le fil de cette trame invraisemblable.

    Et pis, cette volubilité sans fin. Il me fait penser au gamin, la main dans la jarre à biscuits qui se défend en disant qu’il cherche son chat !

  • Pierre Mayers - Inscrit 26 avril 2013 06 h 59

    invraisemblable

    Un critique de cinéma jugerait un personnage tel que celui du maire tremblay, d'invraisemblable. On ne peut pas être, en même temp, l'invité et l'hôte d'un diner de con!