SLR-pont Champlain - Qui doit payer?

Québec a fait son choix : c’est un système léger sur rail (SLR) qui sera intégré au futur pont Champlain, dont la construction assumée par Ottawa doit être terminée en 2021. Selon les évaluations initiales, ce SLR d’une quinzaine de kilomètres pourra transporter 32 000 personnes par heure dans chacune des directions entre le centre-ville de Montréal et la Rive-Sud. À l’heure actuelle, la voie réservée aux autobus permet à 22 000 personnes de traverser aux heures de pointe pendant que 20 000 autres personnes se déplacent en voiture dans la congestion la plus totale.

L’idée n’est pas neuve, elle fait partie des huit grands projets du Plan stratégique de l’Agence métropolitaine de transport à l’horizon 2020. Il ne fait aucun doute que voilà la solution la plus intéressante à l’augmentation continue des déplacements entre les deux rives.


Reste la grande question : qui assumera la facture de 2 milliards, soit l’équivalent de tout ce qu’Ottawa entend transférer au Québec pour ses projets d’infrastructures au cours des prochaines années ?


Depuis qu’Ottawa a annoncé la construction d’un nouveau pont, il a toujours dit qu’il revenait à Québec de payer pour le transport collectif qu’il souhaitait y voir intégré. Québec s’oppose à cette vision en soutenant qu’il serait absurde de construire un pont exclusivement réservé aux voitures individuelles au XXIe siècle.


Il va de soi que le projet d’Ottawa doit faire la part belle au transport collectif, ça ne se discute même pas. Un calcul du genre : sans transport collectif, ça coûterait tant ; avec transport collectif, ce serait tant de plus… est totalement réducteur. Surtout qu’Ottawa a déjà investi des milliards dans le transport collectif ailleurs au pays.


Il faut donc discuter sérieusement. De ça et du pont lui-même : son design et son intégration au milieu, la formule de partenariat public-privé à privilégier et, bien sûr, le partage des revenus du péage, puisque péage il y aura, a tranché le ministre fédéral Denis Lebel.


Car voilà un autre sujet de désaccord entre les gouvernements : si Ottawa confie la construction du pont et son entretien pendant 40 ans à un consortium privé, est-ce que tous les revenus du péage iront à ce consortium dont l’objectif est d’accumuler les profits ? Si tel est le cas, cela équivaut à faire payer la totalité des coûts et les profits du consortium aux seuls usagers de la Rive-Sud. De surcroît, cela priverait Québec et les municipalités de la possibilité d’instaurer leur propre système de péage routier régional pour financer le transport en commun, dont le fameux SLR assumé exclusivement par Québec… C’est ce qu’on appelle s’en faire passer une vite !


Qui cherche la « chicane », dites-vous ?


En tout cas, ce n’est pas demain la veille du jour où on entendra une voix numérique crier : tout le monde à bord !

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