REER - Le simplisme solidaire

Le député Amir Khadir est revenu à la charge avec la proposition de son parti de réduire le plafond des contributions aux Régimes enregistrés d’épargne retraite (REER) à 12 000 $ par année. Une vieille obsession d’une certaine gauche qui ne comprend rien à la mécanique des retraites, ou qui feint de ne rien comprendre.

Pour Québec solidaire, le REER est un abri fiscal dont seuls les riches profitent. Après tout, seul un travailleur sur quatre contribue à un REER pour un montant annuel médian d’à peine 2830 $.


Vrai, mais en suivant la même logique, il faudrait aussi sabrer les régimes à prestations et à cotisations déterminées des entreprises, puisque seul un travailleur sur trois y contribue pour un montant pas très loin du REER.


En fait, la conclusion qu’il faut plutôt tirer, c’est que le système canadien des retraites n’atteint pas sa cible. L’idéal serait de le remplacer par un régime universel auquel tous les employés et les employeurs seraient tenus de contribuer.


Québec solidaire est d’accord. Mais en attendant le grand jour, ou le grand soir, le REER reste le seul moyen de préparer sa retraite pour une majorité de Canadiens et il a été conçu pour réduire l’iniquité avec les régimes complémentaires.


À l’heure actuelle, le pourcentage annuel qu’un particulier peut reporter à la retraite est de 18 % du salaire brut, jusqu’à concurrence de 23 820 $. Il est juste de dire que seuls les gens qui gagnent 127 000 $ peuvent atteindre le plafond. Mais il faut savoir que les régimes d’entreprises et ceux de l’État autorisent à faire des contributions beaucoup plus élevées.


À titre d’exemple, le salaire maximum admissible selon la loi de l’impôt d’un directeur de collège, d’un cadre d’entreprise ou d’un professionnel salarié est de 152 000 $, ce qui donne droit à une rente de 115 000 $. Drôlement mieux que le REER !


Ce sont des sommes importantes, certes, mais un système de retraite doit servir à soutenir le pouvoir d’achat de la main-d’oeuvre du bas au haut de l’échelle, dans des limites raisonnables. N’oublions pas qu’il s’agit d’un report de revenus gagnés, et non pas d’un régime de redistribution de la richesse, ni d’un abri fiscal, puisque la totalité du revenu sera imposée plus tard.


Autre exemple plus fréquent : l’enseignant ou l’infirmière bachelière recevra une rente à vie de 53 000 $ (y compris le RRQ) après 38 ans si son salaire en fin de carrière est de 70 000 $. Or, pour contracter une rente équivalente, le travailleur autonome doit accumuler 630 000 $ dans un REER dont il assume tous les risques.


Tout le monde ne contribue pas à son REER parce que cela exige une discipline de fer à un moment de la vie où les priorités sont ailleurs. Si les participants à des régimes complémentaires le font, c’est qu’ils y sont forcés dès leur embauche, et il est heureux qu’il en soit ainsi.


En fait, à l’exception d’une infime minorité de citoyens très riches qui ont d’autres actifs à leur disposition, les détenteurs de REER sont toujours désavantagés. Par conséquent, il serait inéquitable de réduire le plafond des contributions annuelles au REER à 12 000 $, montant qui ne peut générer qu’une rente approximative de 25 000 $ alors que les participants à un régime collectif peuvent s’attendre à plus du double.


À écouter Québec solidaire, on croirait que le monde se divise en deux classes : ceux qui gagnent plus d’un million et tous les autres qui gagneraient moins de 20 000 $. Plus de réalisme ne nuirait pas.

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