John Baird en Israël - Plus qu’un café

Non, ce n’était pas qu’un côté de rue que le ministre des Affaires étrangères John Baird a traversé quand il a rendu visite, il y a quelques jours, à la ministre israélienne de la Justice dans son bureau de Jérusalem-Est. C’est l’explication qu’il a donnée, et sa désinvolture ajoute à l’odieux du geste qu’il a posé, d’ailleurs qualifié de « gifle » par Nabeel Shaath, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne.

Les pays occidentaux ne reconnaissent pas l’annexion de Jérusalem-Est par Israël et n’y tiennent donc pas de rencontres diplomatiques. La position officielle du Canada, bien affichée sur le site du ministère de M. Baird, conteste également le contrôle israélien sur les territoires occupés.


C’est donc de manière délibérée que le ministre a fait fi de cette tradition, en s’en moquant en plus : « Le lieu où j’ai pris un café avec Tzipi Livni n’est pas pertinent et n’indique aucun changement dans la position canadienne. »


Mais les cafés d’un ministre en voyage officiel n’ont rien d’anecdotique et M. Baird, qui vient de conclure une tournée de plusieurs jours du Moyen-Orient, le sait fort bien. Il le sait d’autant plus que l’ambassade du Canada en Israël l’avait mis en garde contre ce passage par Jérusalem-Est et par le plateau du Golan, autre visite contestée du ministre. Le gouvernement conservateur ne tenant pas ses équipes diplomatiques en haute estime, cet avis a été ignoré. Mais le ministre travestit hautement la réalité quand il soutient par la suite que le lieu de sa rencontre n’avait pas d’importance. Une « discussion sémantique », a-t-il ridiculisé.


Là où l’on peut donner raison au ministre, c’est sur le fait que ce café n’a pas changé la position canadienne. Certes non, puisque stricto sensu, le bouleversement a eu lieu depuis l’arrivée des conservateurs au pouvoir ! Ils sont devenus les alliés non pas sûrs, comme ils aiment le dire, mais aveugles d’Israël. Aveugles parce que sans recul face aux positions israéliennes, aveugles parce que méprisant les symboles dans une région qui en est surchargée, prenant petitement parti là où le Canada devrait plutôt être un médiateur dans un processus de paix.


M. Baird, l’un des plus pro-Israël d’un gouvernement qui l’est déjà beaucoup, fera valoir que c’est précisément le rôle qu’Israël lui a demandé de tenir dans le cadre de sa tournée. Une médiation quand même particulière puisqu’Israël souhaite qu’aucune condition préalable ne soit posée. Traduction : que l’Autorité palestinienne n’exige plus, avant toute discussion, que cessent les colonies israéliennes de peuplement sur son territoire. Discours repris par M. Baird. Quel arbitre que voilà !


Tant de partialité fait honte. Mais qu’est-ce que la honte pour un gouvernement comme celui de Stephen Harper ?…

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