Tensions entre les Corées - Odeur de soufre

En ramenant constamment les faits et gestes du dictateur nord-coréen Kim Jong-un à de la gesticulation, on minore drôlement la fournaise de dangers qui planent actuellement sur toute la région. Chose certaine, au cours des derniers jours, une série de décisions militaires prises par les autorités des pays impliqués ont alimenté passablement la fournaise en question. Il ne serait d’ailleurs pas exagéré de dire que la chronologie des événements observés cette semaine, et seulement cette semaine, annonce des lendemains beaucoup plus tendus.


La voici : dans la matinée de lundi, le premier ministre japonais Shenzo Abe a signé un mémorandum stipulant que l’armée était désormais en état « d’alerte totale ». S’en est suivi un déploiement des forces maritimes et terrestres. Après quoi Américains et Sud-coréens ont mené des exercices communs. Singularité de ces derniers ? Fait extrêmement rare, des B-52 ont participé afin de rappeler à l’attention des dirigeants nord-coréens qu’une réponse nucléaire était possible. Ensuite, dans la matinée de jeudi, l’état-major sud-coréen établissait le niveau de menace à 2 ou « menace vitale ». Parallèlement, l’armada américaine disposait un radar géant en pleine mer avant qu’on apprenne que des missiles avaient été redéployés en Alaska. Bref, la table est mise pour on sait quoi.


Jusqu’à présent, ici et là, on a signalé avec raison que la Corée du Nord, celle du Sud et la Chine étaient gouvernées par des « p’tits » nouveaux. Par contre, on a trop peu souligné que Shenzo Abe avait été élu tout récemment premier ministre du Japon. De fait, on a trop peu insisté sur ses volontés, qu’il entend imprimer sur la défense. On a trop peu indiqué combien son discours géopolitique était aussi agressif que virulent.


Il faut savoir qu’Abe veut modifier au plus vite l’article 9 de la Constitution japonaise afin que le principe d’autodéfense en matière militaire soit remplacé par celui de défense. Une modification qui, si elle est adoptée, aura des répercussions profondes sur les relations entre nations asiatiques. Une modification qui se traduira enfin par une augmentation très marquée du budget des armées. Outre ce souhait, Abe est en train de « droitiser » et raidir les liens avec la Chine et la Corée du Nord en multipliant les accents nationalistes. En effet, depuis son installation à la tête de l’État, il s’applique à convaincre ceux qui ont la fibre nationaliste faible qu’il faut changer le préambule de la Constitution en supprimant la notion « de principes universels de l’humanité » par le triptyque suivant : « famille, tradition, patrie ».


Quand il ne se préoccupe pas de Constitution, il se pose en négationniste de crimes de guerre commis en… Chine et en Corée. Pour dire les choses aussi bêtement que simplement, ça sent le soufre !

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