Affaire Cahuzac - Choc de moralisation?

De tous les discours prononcés par François Hollande lors de la campagne électorale pour la présidence, l’un avait durablement frappé les esprits, car son auteur avait martelé : « Mon adversaire, c’est le monde de la finance. » Pas Sarkozy, mais bien les banquiers et les courtiers. Un an plus tard, par un effet boomerang dont l’histoire a le secret, le ministre du Budget Jerôme Cahuzac, notamment chargé de débusquer les acteurs d’évasion fiscale, a fini par confesser qu’il avait rassemblé des milliers d’euros en Suisse.


Depuis lors, Hollande, le premier ministre Jean-Marc Ayrault et un nombre restreint de ministres essayent de colmater des brèches d’autant plus béantes que, pour la grande majorité des Français, leur promesse d’une « République irréprochable » a été ramenée à une peau de chagrin. Toujours est-il qu’au cours des derniers jours, l’exécutif a commandé la transparence : les membres du cabinet Ayrault ont jusqu’au 15 avril pour rendre public l’inventaire de leurs avoirs. Ensuite ? Ils ont invité les élus de l’opposition à les imiter.


Parmi ces derniers, on retient que l’ex-premier ministre François Fillon s’est empressé de dévoiler ses actifs, contrairement à Jean-François Coppé, son principal adversaire à droite. Cet aspect du dossier a ceci de passionnant qu’il met en relief les « libéralités » du système français en ces matières. En effet, il se trouve que le député Coppé continue de faire des affaires en tant qu’avocat d’affaires. Il se trouve (bis) que, parmi les mesures que le duo Hollande-Ayrault va dévoiler aujourd’hui, les gens qui exercent des fonctions similaires à celles de Coppé seront dans l’obligation de préciser notamment l’identité respective de leurs clients.


En attendant d’avoir le détail de ce qui a été baptisé « un choc de moralisation », on a retenu les propos que le magistrat Jean de Maillard a utilisés dans une opinion publiée dans Le Monde : « […] l’analyse dépassionnée montre que les scandales politiques de nos jours ne sont en général que les appendices d’un mal encore plus profond : l’utilisation de la fraude comme mode de management de l’économie et de la finance, dont les comportements les plus délinquants ne sont qu’une variable ou l’expression d’un opportunisme élitaire. »


Pour se convaincre de la pertinence de l’analyse de M. Maillard, on rappellera un chiffre : 26 milliards de dollars. Soit la maigre, très maigre, somme que les pays membres de l’OCDE ont récupérée dans les paradis fiscaux où des individus, et non des entreprises, avaient placé leurs billets. Précisons que ces 26 milliards, cette bagatelle, ont été rapatriés entre 2009 et 2012. Quatre ans pour si peu… On se moque royalement de nous.

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