Tension entre les deux Corées - Le raidissement

Des observations ou, plus précisément, analyses consacrées au dossier coréen, on a retenu la suivante : la guerre par inadvertance. En effet, à Washington, on craint que les rapports de force qui ont cours entre les deux Corées, le Japon, la Chine et les États-Unis se transforment en un conflit ouvert. Cette appréhension découle d’une combinaison faite de gestes posés par la Corée du Nord, de réactions inusitées de la part de la Corée du Sud, d’une modification du principe de la défense au Japon, des assurances données par les États-Unis à ses alliés de la région et de la fausse indifférence de la Chine. Détaillons.

La Corée du Nord ? Vendredi, elle a déployé un autre missile pouvant atteindre évidemment le Sud, mais également le Japon et des îles où sont présents des contingents américains. La Corée du Sud ? Pour la première fois, elle a assuré qu’elle répondrait du tac au tac. Le Japon ? Au début de la semaine, il a indiqué qu’il s’éloignait, sans préciser davantage, du principe de défense fixé au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Les États-Unis ? Une fois encore, ils se sont portés garants de la sécurité de la Corée du Sud et du Japon. La Chine ? De ce côté…


L’écho qui nous parvient de Pékin est plus flou. On sait la direction de ce pays fatiguée de Kim Jong-un comme elle l’était de son père car, contrairement à ces derniers, elle veut le maintien du statu quo. Elle ne veut surtout pas que l’actuel dirigeant de la Corée du Nord parvienne à son but, soit arracher un accord de paix de Séoul et de Washington. Car si tel était le cas, Pékin en a la conviction, cela se traduirait à terme par la réunification de la péninsule. Par voie de conséquence, les États-Unis verraient donc leur influence s’étendre dans la région.


Ce dossier a ceci d’éminemment complexe que la Corée du Sud est à certains égards l’alliée de la Chine. À Séoul, on envisage avec une réelle appréhension le fait d’être dans l’obligation d’absorber une Corée du Nord dont la faillite économique se distingue par sa permanence. Bref, pour les Coréens du Sud, la greffe du Nord signifierait un long, un pénible affaiblissement économique.


Cela étant, il faut rappeler un fait qu’on a trop tendance à oublier : tout élu a des comptes à rendre pour ce qui a trait à la sécurité de ses concitoyens. Il ne l’est pas pour le chômage ou le niveau d’éducation, mais pour la sécurité… On souligne cette réalité juridique car tout élu est également condamné à observer le devoir de précaution. Et alors ? Si ce dernier était mal calibré ou mal jaugé, et se soldait par un tir dit de précaution, alors nous serions confrontés à une incongruité : la guerre par inadvertance.

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