Élections à Montréal - Y a-t-il un sauveur?

Des élections auront lieu le 3 novembre prochain pour donner à Montréal un nouveau maire et un nouveau conseil municipal, dont on attend qu’ils sachent apporter à la métropole un nouveau souffle. Tout indique qu’il n’y aura ni messie, ni miracle.

Devant l’ampleur des problèmes éthiques, moraux et financiers que vit la métropole, plusieurs ont cru qu’il faut au siège de maire un leader fort, doté d’une autorité morale et politique telle qu’il saurait mobiliser toutes les énergies, où qu’elles se trouvent, pour sortir de cette crise. Après la période Tremblay, le réflexe est normal et on ne peut plus sain.


Un sauveur ne se trouve toutefois pas au premier coin de rue. Nettoyer les écuries d’Augias n’est pas le défi le plus emballant qui soit. La tâche est colossale. Il faut revoir les règles de gestion de l’administration municipale, remobiliser les employés et relancer les projets de toutes sortes arrêtés à la suite des enquêtes de police et de la commission Charbonneau. Il faut aussi convaincre le gouvernement québécois de donner à la Ville un financement à la hauteur de ses besoins. Surtout, il faut enfin redonner aux Montréalais confiance.


S’attaquer à ce défi ne soulève pas un grand enthousiasme. Certains ont pensé à des gens du milieu des affaires, où se trouvent des personnes de qualité qui croient en Montréal et l’aiment. Mais le sacrifice demandé apparaît trop élevé au vu du risque encouru, car la réussite est loin d’être assurée. Il semble bien qu’il n’y aura pas un grand entrepreneur, une sorte de Michael Bloomberg comme le maire sortant de New York, qui se portera à la rescousse de Montréal.


Un sauveur, cela ne s’invente pas. Intuitivement, on le sait tous. Mieux vaut donc regarder parmi ceux qui s’offrent de faire le travail ou qui seraient prêts à s’engager, portés qu’ils sont par le désir de servir et/ou par une saine ambition politique. Il y a dans l’environnement politique montréalais des gens de qualité qui sauraient contribuer à mettre en ordre la maison. Parmi ceux-là il y a certainement Richard Bergeron, Louise Harel et Richard Deschamps, chefs respectivement de Projet Montréal, de Vision Montréal et d’Union Montréal. Il y a aussi des maires d’arrondissement, comme Chantal Rouleau à Rivière-des-Prairies, et des dirigeants de sociétés paramunicipales, comme Michel Labrecque, le président de la Société de transport de Montréal. Il s’en trouve aussi dans des organisations communautaires et culturelles. Il y a aussi des outsiders, comme le député libéral Denis Coderre, qui brûle d’être candidat. Il ne faut pas désespérer.


La politique étant ce qu’elle est, ces gens auront à s’affronter dans une élection qui, bonne nouvelle, s’annonce différente de la dernière. Le poids de l’argent sera beaucoup moins grand. Projet Montréal et Vision Montréal, qui sont tous deux activement en campagne, se sont engagés à limiter leurs dépenses à 750 000 $, moitié moins du maximum autorisé. Les autres n’auront pas le choix de faire pareil.


Cette élection sera aussi différente dans la mesure où le poids des partis sera beaucoup moins important. Les scandales du passé constituent un lourd passif pour Union Montréal, qui était le parti au pouvoir, mais aussi pour les autres partis. La confiance à leur endroit a décliné. Les Montréalais voudront voter davantage pour des personnes que pour des partis, d’autant plus que la mise en place d’une administration de coalition depuis la démission du maire Tremblay a montré qu’il est possible de gérer cette ville en transcendant les lignes de parti.


On peut souhaiter qu’au lendemain de l’élection cet esprit nouveau se perpétue, ce qui ne sera possible que s’il n’y a pas de parti majoritaire et si le maire élu a un leadership de rassembleur. Quel qu’il soit, il ne saura sauver Montréal seul.

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