Priorités municipales à Québec - Trop festives?

Céline Dion et Paul McCartney : l’été 2013 à Québec pourrait bien avoir un air de déjà vu. Celui de 2008. Lorsqu’on réussit une fête, on cherche souvent à la reproduire. Mais le risque de ratage est grand.


Montréal a réussi l’Expo 1967 et, par la suite, a cru qu’il lui fallait miser tout son développement sur les « grands événements » internationaux : Olympiques, Floralies, etc. Avec le passif que l’on sait… Puis le Festival de Jazz s’est imposé comme modèle à imiter. Résultat : peu de villes dans le monde comptent autant d’événements festifs que la métropole québécoise. Est-ce toujours pour le mieux ?


Toute une élite s’est développée autour de cette industrie. Le mot « festivocratie » convient ici dans la mesure où les grands patrons des festivals deviennent souvent des sages que l’on consulte ; voire dont on espère la candidature aux plus hautes fonctions.


Depuis 2008, Québec semble vouloir adopter le modèle festif. Le maire Labeaume - ancien président du Festival d’été - a souhaité que l’élan du 400e se perpétue ; pendant cinq ans, la Ville consacrerait alors des millions en subventions au Cirque du Soleil (pourtant multimilliardaire), et à Robert Lepage et son Moulin à images, projection historique géante sur silos à grains (dont le contenu historique lié à la ville vient malheureusement d’être abandonné).


Le « festivisme » à tous crins, subventionné, a assurément des qualités, dont celle d’animer des parties de la ville. Marchands, restaurateurs et résidants des périphéries adorent. Ceux-ci, toutefois, finissent par imposer leurs priorités, notamment grâce aux études (souvent délirantes) de retombées économiques mirobolantes ; mais aussi grâce à la grande proximité des festivocrates avec le pouvoir.


Or, ce sont des priorités de « cigale ». Comme dans la fable de La Fontaine ! Et l’on en vient à se demander : l’accent mis sur le festif, à Montréal, a-t-il contribué à détourner l’attention de problèmes bien réels - de « fourmis » -, ceux des infrastructures, par exemple ? Des dimensions plus structurantes ont-elles été négligées : patrimoine, universités, recherche, industries de pointe, tourisme de congrès ?


À Québec, la logique de cigale a fait croire qu’il suffisait d’augmenter le nombre d’« événements » en ville et que tout irait pour le mieux. Or, de 2006 à 2011, la population du Vieux-Québec a diminué de 9,3 %. À 4786 habitants, c’est un creux jamais atteint depuis 60 ans. Des institutions d’enseignement l’ont quitté. Le projet de réfection de l’Hôtel-Dieu, hôpital fondé en 1639, vient d’être abandonné. Et les hôteliers de Québec se plaignaient ainsi en février : « La perception est peut-être que les hôtels fonctionnent à plein régime à Québec, mais c’est loin d’être le cas. » Il y a de quoi remettre en question, on en conviendra, nos priorités de cigale.

5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 5 avril 2013 08 h 36

    Proverbe latin

    «Panem et circenses» Du pain et des jeux (du cirque).
    Et le bon peuple de Québec est content.

  • Florence Péloquin - Abonnée 5 avril 2013 08 h 59

    Pas assez de mains ...

    Je n'ai pas assez de mains pour vous applaudur, M. Robitaille. BRAVO! en majuscules pour cet éditoirial on ne peut plus partinent. A vos vocables de "festivocratie" et festivisme" j'ajouterais "festivalite". Puis vous évoquez sans la nommer la "subventionite".

    Nos autorités (fédéreales, provincviales, municipales) dilapident des millions et des millions pour les "jeux" alors qu'on manque de "pain".

    Sans compter que cette véritable orgie toutes dédié aux 'cigales' amènent trop souvent les 'fourmies' à dépenser l'argent qu'elles n'ont pas, ou, si elles l'ont, elles le doivent à de trop généreux programmes qui sans cesse perpétuent et font croitre une mentalité d'assistanat financé à même les goussets des contribuables. Cercle vicieux s'il en est un ....

  • Frédéric Chiasson - Inscrit 5 avril 2013 12 h 31

    Les concerts payants, victimes collatérales

    Mes amis musiciens me parlent souvent des festivals qui enlèvent des auditeurs potentiels à leurs concerts durant l'année. Facile à comprendre : quand l'offre de festivals à Montréal est si grosse, vas-tu payer un concert durant l'année ou attendre qu'il passe gratuit à un festival d'été? C'est encore plus alléchant pour les familles...

    Reste à voir si la baisse de public dans les concerts est réellement dûe aux festivals, mais cela reste un effet à examiner.

  • Claude Poulin - Abonné 5 avril 2013 16 h 29

    Homo festivus

    "Le festivisme" n'est-il pas ce concept inventé par le philosophe Philipppe Muray (voir Wiikipédia). Selon lui, face à ce qu'il appelle le désastre contemporain, notre société s'est imaginée un mode de survie où "le festivisme" fait la loi. Je cite Wikipédia: "Il inventa pour cela (dans un de ses essais, Après l'Histoire) une figure emblématique de ce temps: Homo festivus, le citoyen de la post-histoire". À méditer! Claude Poulin Québec

  • Denis Paquette - Abonné 6 avril 2013 01 h 29

    Que cherche les politiciens?

    Peut etre faut-il pousser plus loin la réflexion, pourquoi la Russie organise-t-elle des jeux olympiques a 60 milliards de dollars. Pourquoi le jeu est si important pour les humains. Pourquoi le jeu donne-t-il aux populations l'impression de mieux exister, peut etre parce que c'est la premiere forme d'apprentissage , Mon intuition est que comme tout ce qui est bon, le plaisir disparait rapidement . La deuxieme question est que cherchent les politiciens quand ils organisent des jeux, eux meme ou par personnes interposées