L’affaire Cahuzac - Maître en dommages

Quatre mois durant sur les plateaux de télévision, dans les colonnes des journaux, dans les studios des stations radio, dans les bureaux du président, dans ceux du premier ministre et dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, donc devant les élus de la République, Jérôme Cahuzac, ministre français du Budget, a menti. Lui, chargé de combattre la fraude fiscale, est bel et bien détenteur d’un compte ouvert en Suisse il y a vingt ans de cela et aujourd’hui « planqué » à Singapour.

Pire, il a camouflé le bénéfice de ses opérations médicales et de son travail de conseiller auprès de compagnies pharmaceutiques dans deux comptes et non seulement un. Pour ajouter l’opprobre à l’injure, il ne faut pas oublier qu’avant d’être le patron d’un ministère exigeant un souci éthique plus trempé qu’ailleurs, Cahuzac a été le président de la puissante Commission des finances de l’Assemblée. À ce titre, lors du débat sur la fraude fiscale poursuivi lors de l’administration Sarkozy, il fut évidemment une pièce maîtresse des changements apportés.


Pour François Hollande et son premier ministre Jean-Marc Ayrault, la chute de la maison Cahuzac est une catastrophe. Dit autrement, la déchéance d’un poids lourd du gouvernement a eu et aura comme répercussion le régime de la double peine. Un, aux yeux de la population, le duo Hollande-Ayrault se singularise par sa naïveté, sa crédulité. Comment se fait-il, se demande-t-on de France jusqu’en Navarre, que l’exécutif, avec les moyens dont il dispose, n’ait pas découvert le pot aux roses ? D’autant que, tout un chacun savait que pour la défendre dans la cause de divorce contre l’ex-ministre, sa femme a choisi comme avocate la soeur de Jean-François Coppé, actuel patron de… l’UMP ! Deux, la promesse de la présidence irréprochable ou l’image de la gauche morale mise de l’avant lors de la campagne pour la présidence et, depuis lors, vient de sombrer dans la catégorie des voeux pieux.


Dans la foulée de cette histoire faite d’épines et de chausses-trappes, la parole politique ou plus exactement sa valeur, son poids, est d’ores et déjà entre parenthèses. Cet aspect a d’ailleurs ceci de déprimant que les extrêmes vont avoir beau jeu d’entonner la rengaine du « tous pourris ». Il est facile d’imaginer, par exemple, les bonzes du Front national multipliant les coups de butoir contre cette élite qui, après avoir trahi la France en faisant le lit de l’Europe, s’applique à se moquer des Français.


Alors que le pays subit encore et toujours une crise qui a « produit » un nombre de pauvres équivalent en proportion à celui constaté à l’après-guerre, l’affaire Cahuzac, le cauchemar Cahuzac, condamne Hollande à un sursaut tous azimuts.

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