La liberté d'expression muselée en Égypte - Le cadenas du Frère

Lorsque Hosni Moubarak dirigeait l’Égypte, la liberté d’expression en général et la liberté de la presse en particulier avaient été ramenées à l’état de fiction. Sous Mohamed Morsi et ses comparses des Frères musulmans, elles ont été transformées en des légendes. Pour faire court, on soulignera que la moindre critique à l’égard du régime suscite presque invariablement une réaction musclée de Morsi et des siens.


À cet égard, le sort réservé ces jours-ci à un humoriste du nom de Bassem Youssef met en relief la trajectoire que suit Morsi depuis l’automne dernier afin de corseter la parole, afin de raboter le poids des mots en usant de la brutalité avant toute chose. Ainsi, pour avoir formulé un trait d’esprit dont les Frères étaient le sujet principal, Youssef a été arrêté. Depuis, il a été libéré, mais bon… En fait, on retiendra que, lors des 100 premiers jours de la gouvernance de Morsi, quatre plaintes avaient été déposées pour insultes au président. Sous Moubarak, quatre plaintes ont été enregistrées en 30 ans. Bref, mettons que Morsi et les siens ont la susceptibilité chevillée au corps.


Cette attaque frontale contre une liberté fondamentale, le président égyptien et les élus de son parti l’ont amorcée au tout début de leur règne lorsqu’ils ont nommé un Frère à la tête du ministère de l’Information. Depuis lors, ce dernier s’est attelé à remplacer un contingent imposant de journalistes travaillant au sein des médias publics par des reporters favorables aux causes des Frères et à leur programme tout en religion. Ce n’est pas tout.


Pour bien cadenasser la démocratie, les fous de Dieu ont introduit en décembre dernier un article qui interdit toute insulte et toute critique à l’endroit des prophètes et de leurs messagers. En outre, cet amendement constitutionnel a été accompagné de la décision suivante : les slogans et affiches religieux auront droit de cité lors des prochaines campagnes électorales. En clair, les partis laïques, les opposants, ont vu leur marge de manoeuvre fondre comme neige au soleil.


Aux forceps infligés à la pluralité d’opinions, Morsi a greffé un geste qui en dit long sur sa forte inclination pour l’arbitraire. En effet, contrairement à l’usage qui veut que le procureur général soit choisi par les membres de la Cour suprême, le président a imposé son candidat, lui aussi militant de la cause religieuse. Fait à noter, fait inquiétant : Morsi a posé ce geste dans le cadre d’une déclaration constitutionnelle. Et alors ? Le cadre en question permet au chef de l’exécutif d’user de la déclaration en question comme bon lui semble, pour faire ce qu’il veut. En bref, Morsi a vite appris le métier de dictateur.

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