Crise de l’euro à Chypre - Une série de gaffes

Comment se fait-il que Chypre, une île dont le poids économique est équivalent à celui d’un département espagnol ou français, ait effrayé et effraie toujours l’Europe ? Comment se fait-il qu’après les cas grec, portugais et irlandais, la gestion du cas chypriote ait été, pour reprendre le qualificatif le plus fréquemment employé, si calamiteuse ? Comment se fait-il qu’on interdise désormais à Chypre ce qu’on permet toujours au Luxembourg et à la City de Londres ? Comment…

La réponse tient d’abord à ceci : les créations de l’euro et de la Banque centrale européenne (BCE) ont été bâclées. Au lieu « d’emprunter » au modèle de la Réserve fédérale qui, elle, doit combattre le chômage et l’inflation, le mandat de la BCE se résume au maintien des prix et des salaires. Ensuite ? L’article 7 de la charte de la BCE stipule, à l’adresse des politiciens, le commode « Circulez, il n’y a rien à voir ». Depuis lors, la BCE a suivi une politique de monnaie forte, au grand bénéfice de l’Allemagne, qui aujourd’hui « limite l’expansion du tourisme à Chypre », ainsi que l’a souligné un économiste. D’un tourisme pourtant essentiel à la vitalité de l’île comme à celle de l’Espagne, de la Grèce ou encore de l’Italie.


Pour ce qui est maintenant de la gestion du dossier chypriote, celle-ci a été jugée si calamiteuse qu’elle a accouché d’un surnom. On s’explique. Le Néerlandais Jeroen Disjsselbloem, ministre des Finances de son pays mais surtout patron de l’Eurogroupe, a été si gauche, si maladroit, qu’à Bruxelles et dans les journaux on l’appelle « Dijsselbourde » ou encore « Dijsselboom ». Car c’est lui qui a suggéré que les créanciers et les déposants, et non les États, soient mis à contribution dans le sauvetage des banques. C’est encore lui qui avait milité pour le plan no 1 qui prévoyait une ponction sur tous les dépôts. À cause de lui, tous les Européens se demandent, à juste titre d’ailleurs, si au-delà de 130 000 $ leurs dépôts sont en sécurité.


C’est également grâce à lui que l’on sait officiellement que certains pays ont souhaité que le mécanisme européen de stabilité (MES), mis sur pied en juin dernier et doté de sommes pour recapitaliser les banques en difficulté, soit cantonné au rôle de « belle endormie ». On notera et on retiendra que pas une fois l’organisme, qui a été fondé après un nombre incroyable de sommets, dans la foulée de l’épisode grec, n’a été mis à contribution. On le répète : pas une fois on n’a fait appel au MES. Incroyable, non ? Toujours est-il qu’on sait que l’Allemagne, la Finlande ainsi que les Pays-Bas se sont appliqués derrière les rideaux à ce que le MES ne soit pas impliqué.


Autrement dit, le dossier chypriote confirme, comme si besoin était, qu’en Europe les égoïsmes nationaux ont le vent en poupe.


 
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 30 mars 2013 11 h 37

    La gaffe

    La vraie gaffe, ce sont les banques chypriotes qui ont accepté l'argent sale de la mafia russe; tout le reste a découlé de cette action.

  • Daniel Saindon - Abonné 30 mars 2013 17 h 31

    en faveur d'une solution structurelle au problème de l'euro, dans l'intérêt commun.

    On est d’accord avec la conclusion de l’éditorialiste: « le dossier chypriote confirme, qu’en Europe les égoismes nationaux ont le vent en poupe. »
    Le concept de mettre en commun et travailler ensemble qui était à l’origine de l’union européenne a été mis de coté au profit de solutions temporaires à cause de circonstances jugées extraordinaires au lieu de chercher et trouver une solution globale, commune et structurelle aux déséquilibres entre les économies pauvres et les économies riches. En taxant les dépots bancaires, on a privilégié une solution qui a créé un dangereux précédent en minant la confiance des épargnants situés dans les autres économies vulnérables de la zone euro.
    Malgré tout, l’épreuve de Chypre montre que l’union européenne est résiliente. En quelque part, les pays impliqués considèrent que les bénifices liés à l’union européenne sont supérieurs aux couts liés au départ d’un ou plusieurs de ses partenaires.
    Une des raisons particulières aux difficultés des banques chypriotes a été la dévaluation des obligations de leur gouvernement détenues par ses banques, obligations qui ont été dévaluées suite au déficit cumulé des finances publiques de ce pays. Mais je suis aussi d’accord avec Francois Duguay pour dire que le problème des banques Chypriote est beaucoup lié à la présence des dépots en provenance de la Russie. Misha Glenny, auteur de McMafia: A Journey Through the Global Criminal Underworld et spécialiste du crime organisé évalue la présence de l’argent russe dans les banques Chypriote au tiers de tous leurs dépots. Chypre a développé depuis longtemps un modèle d’affaire national qui est basé sur la notion de refuge pour l’argent comme celle est sorti des coffres soviétiques lorsque le parti communiste de l’union soviétique s’est désintégré en 1991, donc en même temps que les débuts de l’union économique européenne. Chypre est aussi coupable d’avoir laissé les banques grossir énormément plus que la dimension réelle de l’économie Chyprio