Bob Rae - Le meilleur et le pire

Bob Rae a vécu mercredi sa dernière journée à la Chambre des communes comme chef intérimaire du Parti libéral du Canada. Quand les travaux parlementaires reprendront dans deux semaines, le Parti libéral aura un nouveau chef. Bien qu’il continuera à siéger aux Communes, c’est pour ce politicien la fin d’une carrière exemplaire faite du meilleur, mais aussi du pire.


Le meilleur, nous l’avons vu ces deux dernières années alors qu’il prenait la relève de Michael Ignatieff au lendemain de ce qui fut une défaite historique pour le Parti libéral, relégué au rang de deuxième parti d’opposition. Malgré cela, il en fit la véritable opposition au gouvernement Harper pendant les longs mois d’absence du NPD occupé à se trouver un nouveau chef. Il refit la cohésion au sein du caucus de ses députés démoralisés par la défaite et mena une critique structurée des politiques du gouvernement conservateur.


Bob Rae aurait pu prétendre au poste de chef de son parti et par la suite aspirer à celui de premier ministre. Il avait toutes les qualités, à commencer par la maturité que lui confère son long parcours en politique. Une maturité qui l’a doté de suffisamment de sagesse pour renoncer à cette ambition et laisser une autre génération de politiciens faire la course au leadership qui se terminera le 14 avril par l’élection, plus personne n’en doute, de Justin Trudeau. Le contraste entre ces deux hommes est toutefois implacable. La maturité du premier n’existe pas encore chez le second, dont la popularité actuelle pourrait bien se fracasser à la première épreuve qu’il rencontrera.


Des épreuves, Bob Rae en a connu plusieurs. La plus difficile et la plus mémorable aura été son mandat à la tête du premier gouvernement néodémocrate à diriger l’Ontario au début des années 1990. Il a alors connu le pire. Devant affronter une dure récession, ses politiques de rigueur ont dressé contre lui tout le monde, à commencer par ses propres alliés politiques, ce qui n’est pas sans faire penser aux difficultés que rencontre le gouvernement Marois actuellement au Québec, dont la politique du déficit zéro est en train de lui faire perdre ses appuis dans les groupes populaires.


En 1990, Bob Rae était un peu comme Justin Trudeau un jeune politicien fringant prêt à relever tous les défis. L’échec qu’il a connu comme premier ministre de l’Ontario aura contribué à en faire le politicien que l’on apprécie aujourd’hui. Mais il y a eu un coût à cela. Vingt ans plus tard, le NPD ontarien ne s’est pas encore totalement remis de cet échec. Cela devrait faire réfléchir tous ceux qui s’enthousiasment pour le jeune Trudeau. Bob Rae le sait mieux que quiconque. On ne s’improvise pas premier ministre. Il faut s’y préparer.

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1 commentaire
  • Jos Joseph - Inscrit 29 mars 2013 21 h 02

    Qu'on l'aime ou pas, qu'on soit d'accord avec lui ou pas, Bob Rae, lui, il avait un discours avec du contenu, ce qui ne semble pas être une priorité avec le nouveau venu Just-In Trudeau.