Crise financière à Chypre - Sens dessus dessous

À la faveur de la crise financière grecque, tout un chacun avait relevé que les autorités européennes et celles du FMI s’étaient moquées, à plus d’une reprise, des obligations inhérentes à la démocratie. Dans la foulée de la crise chypriote, ce déficit démocratique vient de se confirmer avec un sans-gêne qui, lui, révèle combien la qualité démocratique importe de moins en moins au régiment de non-élus de Bruxelles et d’ailleurs. Détaillons.

Il y a une semaine tout juste, à Nicosie, la capitale chypriote, des milliers et des milliers d’hommes et de femmes arpentaient les rues en criant leur révolte contre la décision du FMI et des pays partageant l’euro de prélever un certain pourcentage sur tous leurs comptes bancaires. Au passage, on notera que, ce faisant, les responsables européens avaient accouché d’une bourde propre à réveiller le vent de la panique bancaire partout en Europe. Cela rappelé, deux jours après des manifestations monstres, les élus de Chypre ont rejeté massivement le plan d’aide.


Ce rejet a heurté les politiciens européens et les mandarins de Bruxelles à un degré tel qu’ils ont été convaincus d’amputer la démocratie, l’esprit démocratique. Le président de l’Union européenne (UE) Herman Van Rompuy en tête, ces derniers ont exigé et obtenu que les parlementaires chypriotes votent un texte interdisant, en fait, un débat et un vote sur un autre plan d’aide. Ainsi, la table fut mise pour la nouvelle version de sortie de crise dessinée par l’UE et le FMI. Communiquée dans la nuit de lundi, cette version prévoit la fermeture du deuxième établissement de l’île et le transfert de ses bons actifs dans les coffres du plus imposant, soit Bank of Cyprus. L’objectif est de diviser par deux la taille du secteur bancaire d’ici 2018. Quoi d’autre ? Des ponctions seront effectuées dans les comptes de 130 000 $ et plus. Autrement dit, les Russes, très nombreux à avoir concentré des masses de capitaux dans ce paradis fiscal qui ne disait pas son nom, vont perdre énormément.


Cela étant, l’épisode chypriote prouve, si besoin était, combien la création de la monnaie unique a été bancale et combien la composition de la zone euro a été conçue à la va-comme-je-te-pousse. Un, il y a totale dissymétrie entre l’économie allemande et celles de l’Espagne, de la Grèce et de Chypre. Deux, jamais on n’aurait dû admettre Chypre dans la zone euro. En adoptant l’euro, ce pays a perdu une marge de manoeuvre qui lui fait cruellement défaut. Cela observé, il serait grandement temps que l’Europe se réveille et mette donc sur pied un organisme de surveillance des banques de la zone euro. C’est la moindre des choses.


 
3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 26 mars 2013 08 h 12

    La conséquence

    Voilà la conséquence de l'argent sale quand celui-ci coule à flot dans un système banquaire pourri.

    • Solange Bolduc - Inscrite 26 mars 2013 10 h 07

      Pas facile la dépendance!

  • Gilbert Talbot - Abonné 26 mars 2013 10 h 31

    Je ne pleurerai pas pour les riches russes.

    Taxer les plus riches, je n'ai rien contre. Et que ce soit des russes, ça ne me fait pas un pli. Le problème, c'est avec la démocratie. En temps de crise, elle se rapetisse comme peau de chagrin.L'Europe se construit en même temps que monte le néolibéraisme. Chypre serait un paradis fiscal, c'est-à-dire un refuge pour ces riches qui ne veulent pas être trop taxés. C'est nouveau, dans la crise européenne ça : que ce soit un paradis fiscal qui soit frappé de plein fouet par la crise. Auparavant, c'était les pays pauvres du Sud de l'Europe, la Grèce, l'Espagne, l'Italie et un petit pays du Nord, l'Irlande. Faut croire que la crise s'étend maintenant, la tension monte chez les Russes, les requins se mangent entre eux.