Budget Flaherty - Les gros sabots

Le budget Flaherty a suscité de vives réactions au Québec en s’ingérant dans les champs de compétence québécois. Provocation délibérée ou incompréhension des enjeux politiques au Québec, peu importe. Il faut opposer un vigoureux non aux diktats contenus à ce budget.

Dans un célèbre discours prononcé à Québec le 19 décembre 2005, peu avant de devenir premier ministre, Stephen Harper avait assuré que le respect des compétences des provinces allait être la marque de commerce de son gouvernement. S’il avait jusqu’ici respecté de manière générale le « fédéralisme d’ouverture » qu’il avait promis d’instaurer, ce budget marque une rupture.


La formation professionnelle est un domaine de compétence provinciale que l’actuel gouvernement conservateur, mais également le gouvernement Chrétien, avait accepté de respecter. En 1997 et en 2008, Ottawa avait signé des accords transférant à Québec ses budgets et ses fonctionnaires. Or, voilà que, sans consultation préalable, Jim Flaherty remet tout cela en cause. Il se réapproprie une partie des budgets de formation, crée la « subvention canadienne pour l’emploi » et annonce la renégociation des ententes passées.


Cette façon de faire nous ramène aux années Trudeau des décennies 1970 et 1980, alors qu’Ottawa intervenait sans cesse avec ses gros sabots dans les affaires des provinces suivant le principe paternaliste selon lequel « papa sait mieux ». C’est aussi partant de ce principe que Jim Flaherty est revenu à la charge dans son budget avec son idée fixe d’une commission unique des valeurs mobilières. Si les provinces refusent de déléguer leurs responsabilités à un organisme national, il agira pour créer un cadre fédéral de réglementation. Le ton adopté n’est pas loin de la menace, et certainement tout à l’opposé du dialogue.


La beauté du fédéralisme, ne cessent de dire ses chantres, est sa capacité de respecter les réalités sociales et économiques de chacune des provinces et de permettre des politiques différenciées. Dans le cas de la formation de la main-d’oeuvre, le Québec a ainsi orienté ses programmes en fonction des besoins des petites et moyennes entreprises et des personnes désireuses de revenir sur le marché du travail, cela en lien avec ses politiques de développement économique. Cette stratégie est partagée par l’ensemble des partenaires du marché du travail, tant le patronat que les syndicats. Or, voilà qu’Ottawa, qui ne détient aucune expertise, décide que désormais, la priorité ira aux besoins des grandes entreprises, à qui il reviendra d’entreprendre des programmes. On ne peut concevoir politiques plus contre-productives.


À la réalité socio-économique du Québec correspond ce qu’on a appelé le modèle québécois. Ses politiques de formation de la main-d’oeuvre en sont un élément tout comme le sont le Fonds de solidarité et Fondaction, qui se voient retirer les crédits d’impôt dont ils bénéficient. Ce sont des symboles de la spécificité économique du Québec auxquels on s’attaque inutilement.


Ce budget Flaherty aura un effet déstabilisant. Est-ce le but recherché ? Cela est plutôt de l’ordre de l’inconscient, ce qui est tout aussi grave, car traduisant l’incompréhension et l’insensibilité envers le Québec qui se sont installées au sein du gouvernement Harper depuis l’élection de mai 2011. Au-delà des motions unanimes que l’Assemblée nationale adoptera pour dénoncer ces intrusions, le gouvernement québécois doit rallier tous les intervenants socio-économiques touchés par ce budget. Il faut rappeler à Stephen Harper que le Québec n’est pas distinct qu’au plan culturel et qu’il l’est aussi au plan économique. Cette spécificité exige qu’il puisse continuer à exercer la maîtrise de la formation de la main-d’oeuvre qui lui a été reconnue en 1997.

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