Démission d'un ministre en France - Série noire

Décidément, sur le perron de l’Élysée, les casseroles politiques s’amoncellent à un rythme quelque peu inquiétant. Dernière en date, et non des moindres, le ministre du Budget Jerôme Cahuzac a offert et obtenu sa démission. Lui parti, le gouvernement, dirigé par un premier ministre incolore, Jean-Marc Ayrault, comprend désormais trois, et seulement trois, poids lourds : Manuel Valls à l’Intérieur, Laurent Fabius aux Affaires étrangères et Christiane Taubira à la Justice. Avec ces derniers, Cahuzac était considéré en effet comme un homme aussi compétent que professionnel.


Par une de ces ironies dont l’histoire a le secret, la cause de cette démission présente bien des points communs avec celle d’Eric Woerth, ministre délégué au Budget de Nicolas Sarkozy. L’un comme l’autre ont pris la porte parce que soupçonnés de s’être livrés aux délices de l’optimisation fiscale, avec comme toile de fond géographique la Suisse. Woerth au bénéfice de Liliane Bettencourt, principale actionnaire de L’Oréal, Cahuzac à des fins personnelles.


Cela rappelé, le départ de Cahuzac dans des circonstances, il faut le souligner, brutales s’avère pour Hollande un très, très mauvais coup et non un simple coup de semonce. Car Cahuzac parti, c’est une des pièces maîtresses du dispositif hollandais qui est gommée, alors que doivent s’amorcer prochainement les négociations avec la Commission européenne sur le respect des règles financières fixées dans le traité de Maastricht. En clair, il reviendra au titulaire du Budget de s’entendre sur un possible débordement des règles en question.


Cette démission a également ceci de très dur pour le locataire de l’Élysée qu’elle favorise la mise en relief de l’improvisation qui a singularisé un certain nombre de dossiers. Qui plus est, des costauds. Toujours est-il qu’on sait que le non-cumul des mandats, le serpent de mer de la politique française, sera enfin imposé, mais on ne sait pas du tout quand. On sait également qu’une autre réforme des retraites est à l’étude, mais on ne sait pas du tout de quoi elle sera faite. Bref, la politique de Hollande est difficilement lisible.


Peut-être en est-il ainsi parce que François Hollande a adopté une culture de gestion totalement différente de celle introduite par Nicolas Sarkozy. Tout un chacun sait que ce dernier s’est comporté en hyper-président. Qu’il était sur tous les fronts au lieu de se conformer à l’esprit de la Ve République consistant à ce que le président se place en arrière pour mieux effectuer les arbitrages entre les uns et les autres. Peut-être que, dans la foulée de l’affaire Cahuzac, Hollande devrait combler le déficit observé sur les flancs de la pédagogie et de la communication.

3 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 22 mars 2013 09 h 03

    Il en est ainsi parce que...

    Vous finissez en demandant "Peut-être en est-il ainsi parce que François Hollande a adopté une culture de gestion totalement différente de celle introduite par Nicolas Sarkozy. "

    Non. Il en est ainsi parce que, durant la campagne présidentielle, Hollande a fait des promesses qu'il savait impossibles à tenir, dont certaines tout à fait improvisées et à l'insu de son équipe, notamment celle des taux d'imposition à 75% sur les grandes fortunes. Il avait même promis de renégocier les ententes européennes sur le refinancement de certaines nations et les règles budgétaires des nations endettées comme la France. Sans se demander ni surtout évoquer ce que pourrait en penser Merkel. Et maintenant, il est pris pour reculer sur tout.

    Tout ça, ça devrait nous rappeler ce qui s'est passé au Québec avec l'équipe Marois. Elle aussi a promis beaucoup. Elle aussi se voit obligée de reculer beaucoup. J'ai suivi jour à jour les reculs des socialistes de Hollande depuis qu'ils sont au pouvoir et j'y trouve à chaque jour des analogies fascinantes avec ce qui se passe ici.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • André Le Belge - Inscrit 22 mars 2013 11 h 25

      Il en sera ainsi tant que nos dirigeants seront des néo-libéraux obsédés par le déficit zéro. Keynes est mort ainsi que sa philosophie de l'État fort et responsable compte tenu que ce sont les multinationales qui dictent leur volonté de restriction budgétaire aux Etats. L'Union Européenne est en est le plus bel exemple: sa chute aux enfers de la pauvreté, du chômage massif et de la sur-richesse des oligarques dictées par la BCE, rempart de Goldman Sachs...

  • Michel Pasquier - Abonné 22 mars 2013 10 h 18

    Pauvre France !

    Il y a peu la France avait un clown président, aujourd'hui elle se contente d'un clown ministre (Montebourg), se contentera-t-elle longtemps d'un président super gentil qui veut plaire à tous. Ce ne serait pas surprenant dans un pays où travailler est souvent considéré comme déshonorant et travailler jusqu'à 65 ans comme une horreur.