L’Irak dix ans plus tard - Drôle de guerre

À la veille du dixième anniversaire de l’offensive menée contre le régime de Saddam Hussein, de l’offensive décidée par Bush sur de fausses prémisses - on pense évidemment à la supposée présence d’un arsenal d’armes chimiques -, voilà que des sunnites ont signalé à qui veut bien entendre que l’Irak n’est pas pacifié. Qu’il est même très loin de l’être. Façon comme une autre de souligner que la décennie écoulée est bel et bien, pour reprendre un titre de The Economist, « la décennie du regret ».

Toujours est-il que les événements qui ont ensanglanté avant-hier des quartiers chiites, qui ont fait au-delà de 50 morts et 190 blessés, en disent très long sur la rancoeur des sunnites, sur leur sentiment d’aliénation. Pour s’en convaincre, il suffit de s’attarder au mode opératoire choisi. Plutôt que d’envoyer un individu ceinturé de dynamites se faire sauter au milieu d’un marché, comme cela se fait régulièrement au Pakistan, les auteurs ont opté pour 17 voitures piégées, deux bombes et un assassinat ciblé. Ils ont donc opté pour la répartition géographique de leurs méfaits pour mieux indiquer aux chiites, et surtout à leurs dirigeants, qu’ils peuvent les frapper partout.


Le sentiment d’aliénation auquel on a fait allusion s’est amplifié passablement depuis le départ de l’armée américaine. Plus précisément depuis les mandats d’arrêt que Nouri al-Maliki, l’actuel premier ministre et chef de file de la communauté chiite, a lancés contre des notables sunnites, dont le vice-premier ministre, le ministre des Finances et des Chefs de clans. Autrement dit, le sentiment en question s’est passablement épaissi depuis que Maliki a profité du départ des Américains pour renforcer son pouvoir. Et au bénéfice de qui ? Des Iraniens au premier chef.


En effet, la guerre d’Irak s’est avérée une drôle de guerre, car elle s’est notamment traduite par le renversement du pire ennemi de l’Iran, Saddam Hussein évidemment, sans que ce pays dépense un sou dans cette histoire. Qu’on y pense : les États-Unis ont englouti 3000 milliards $US, selon les calculs de Joseph Stiglitz, pour retirer le pouvoir des mains des sunnites et mieux le remettre dans les mains des chiites. Dans l’histoire militaire, cette guerre est à ranger à la rubrique exemplaire… de quoi ? De l’arnaque. Des dizaines de milliers de morts au bénéfice (bis) des ayatollahs !


Qui plus est, aujourd’hui le dossier irakien présente un profil chargé et complexe. Car aux couches s’est greffé ceci : les allers et retours incessants des sunnites syriens bien armés chez leurs frères irakiens. Bref, au cours des dix dernières années, nous avons assisté à l’édification d’un château de cartes dans une région que chacun sait sablonneuse.