Gestion de Montréal - Sous surveillance

La démission spectaculaire du directeur général de la Ville de Montréal lundi vient à nouveau démontrer que décidément, il y a à Montréal une indécrottable culture de gestion où les demi-vérités, les pressions et l’ingérence sont de mise et où tout obstacle est tassé sans façon.


La tentative du d.g., Guy Hébert, de faire remplacer le chef du service de police de Montréal, Marc Parent, n’est que le cas le plus récent d’une attitude qui a cours depuis des années. Un autre exemple ? M. Hébert avait lui-même rétrogradé l’an dernier Rachel Laperrière, qui lui avait fait concurrence pour l’obtention du poste de directeur général (qu’elle occupait alors par intérim), alors qu’elle avait travaillé au resserrement des règles d’octroi des contrats à Montréal et avait la réputation d’une femme intègre, imperméable aux jeux politiques. Rien pour sourire à l’administration Tremblay, quoi, qui lui avait préféré M. Hébert, maintenant pris en flagrant délit de mensonge public.


Pour le remplacer, pas étonnant dès lors que le nom de madame Laperrière revienne à la surface, porté par l’opposition montréalaise. Et on a très envie de dire oui, pour enfin sortir du boy’s club, des copains, des renvois d’ascenseur, des cowboys qui bousculent tout sur leur passage et qui mènent leurs petites et grosses affaires sans souci du bien commun !


Mais madame Laperrière est maintenant sous-ministre à Québec et l’envie ne doit pas la tenailler de venir à nouveau sauver la mise à Montréal, elle qui à deux reprises y fut directrice générale par intérim sans qu’on finisse par la choisir pour de bon. On pourrait toutefois lui faire jouer un autre rôle, plus détaché, mais crucial dans le contexte : celui d’observatrice nommée par Québec et chargée de veiller au respect des processus et de l’intégrité à Montréal.


C’est François Legault, le chef de la CAQ, qui avait eu l’idée d’un tel poste l’automne dernier, lors de la démission du maire Gérald Tremblay. M. Legault a rappelé cette suggestion mardi, mais il va maintenant un cran plus loin, appelant la première ministre Pauline Marois à nommer elle-même le prochain directeur général de la Ville.


Surtout pas ! Montréal est un monstre à apprivoiser et Québec a perdu depuis des années une connaissance fine de ce qui s’y passe : le risque serait grand qu’on y envoie quelqu’un qui soit dépassé par la situation. Il vaut mieux à cet égard faire confiance à l’actuelle coalition qui gouverne Montréal pour établir un processus de remplacement qui tienne la route jusqu’aux élections de novembre et même au-delà. L’opposition a depuis longtemps les idées claires quant aux caractéristiques souhaitées pour un nouveau directeur général.


Par contre, et là-dessus, M. Legault a raison, pour que les citoyens cessent d’être déroutés, découragés, dégoûtés de ce qui se passe à Montréal, il faut que le gouvernement s’implique davantage. Passer des coups de fil au maire Applebaum ou répéter « nous faisons le maximum » ne suffit plus.


Si, en dépit même de la commission Charbonneau et des suivis médiatiques, un directeur général a pu jusqu’à lundi en mener aussi large, c’est que la culture de gestion de Montréal en reste une d’entreprise sans foi ni loi, plutôt que de service public. Il faut donc que quelqu’un d’intègre, qui connaît l’appareil, se consacre à surveiller tout ce beau monde d’ici les élections. Les candidats sont peu nombreux, mais il y en a. Et les Montréalais ont besoin de pouvoir enfin faire confiance à quelqu’un.

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