Crise financière à Chypre - Bizarre, bizarre!

La crise de l’euro ayant trois ans, on aurait cru que les ministres des Finances concernés, le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne auraient remisé sur les bas-côtés de l’histoire tout ce qui relevait de l’improvisation. Qu’ils auraient banni toute résonance clownesque. Mais voilà qu’à la faveur de « l’affaire de Chypre », tout ce beau monde a confirmé qu’il naviguait à vue. Amorcée dans la nuit de vendredi à samedi, l’affaire en question vient de se terminer en eau de boudin avec un vote de rejet massif du plan européen par les parlementaires chypriotes. Détaillons.

Ainsi donc, au cours de la nuit évoquée, les argentiers de la zone euro ont commandé une ponction directe dans les comptes bancaires des citoyens de l’île. Pour la première fois depuis le début de la crise, des ministres et un aréopage de non-élus, c’est à retenir deux fois plutôt qu’une, décidaient de faire payer directement les individus. Ce faisant, pour la première fois dans l’histoire de l’euro, ils écornaient la garantie de protection sur les dépôts de moins de 100 000 euros, ou 129 000 $CAN.


Pour justifier ce geste inédit, les acteurs de ce dernier ont avancé essentiellement deux arguments : Chypre est en fait un paradis fiscal attirant particulièrement les fortunés de la Russie. Et d’une. Et de deux, pour Angela Merkel, il n’était pas question d’accorder aux Chypriotes ce qui fut alloué aux Grecs en 2011, soit radier une portion de la dette qui effectivement est élevée. À ce propos, il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler qu’après l’Estonie, c’est à Chypre que, dans toute l’Europe, l’économie parallèle occupe une place prépondérante, donc échappant à l’impôt.


Cela rappelé, il faut se demander quelle mouche a piqué les responsables européens. Car, en prenant la décision que l’on sait, ils ont semé l’inquiétude un peu partout en Europe sur le mode suivant : après Chypre, quel pays risque-t-il de subir un sort identique ? Au lendemain de cette bizarrerie politique, bien des établissements financiers du continent ont enregistré une baisse, parfois notable, de la valeur de leurs actions. Elle a notamment ébranlé les colonnes d’une banque qui n’a vraiment pas besoin de cela en ce moment. Il s’agit de l’espagnole Bankia.


Quoi d’autre ? À moins que les ministres et mandarins de Bruxelles n’aient obtenu leurs diplômes à la foire des soldes, tous savent pertinemment qu’AUCUNE banque au monde n’est en mesure de satisfaire simultanément les retraits de dépôts. Aucune ! Cela étant, après une étrange valse-hésitation, les parlementaires chypriotes ont fini par voter non dans une proportion qui ne laisse aucun doute au doute. C’était clair et net. Comme il est clair que la gestion politique de la crise de l’euro est très bancale.

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