Parti libéral du Québec - Quels changements?

D'entrée de jeu, dans cette course, la victoire était presque assurée pour l’ancien ministre de la Santé de Jean Charest. Son aura était demeurée intacte malgré ses cinq dernières années passées en dehors des cercles politiques. En outre, son charisme et son don de la communication en faisaient le candidat plus que parfait. Il lui suffit de surfer sur la vague, ce qu’il a fait avec une aisance admirable, négociant sans difficulté les virages plus délicats, comme l’exposition publique de son amitié avec le Dr Arthur Porter aujourd’hui accusé d’avoir reçu un immense pot-de-vin pour l’octroi du contrat de construction du CUSM.


Une idée forte de sa campagne a été le renouveau. Sitôt sa victoire proclamée dimanche, il réitéra son engagement à transformer son parti. « Nous serons, a-t-il assuré, un parti de débats […], nous serons un parti décentralisé […] et nous serons bien sûr un parti irréprochable au plan éthique. » Un plan ambitieux dans la mesure où tout cela est l’exact contraire de ce qu’était devenu le Parti libéral ces dernières années.


Un parti de débats, il est juste de dire que le Parti libéral le fut déjà. C’est lui qui a porté les grandes réformes économiques et sociales de la Révolution tranquille sous Jean Lesage, mais également sous Robert Bourassa. À ces périodes, le parti était animé d’une certaine effervescence intellectuelle qui, à deux reprises, le conduisit à des ruptures, d’abord avec René Lévesque en 1968, puis avec Jean Allaire en 1992, lequel partit fonder l’Action démocratique. Sous Jean Charest, il n’y eut pas de véritables débats. Ce fut une période où le premier ministre et les ministres donnaient le ton. Si les militants exprimaient un point de vue contraire aux leurs, ils étaient rabroués. Ce n’est pas sans raison que ce parti ne compte que 45 000 membres.


Retrouver le goût et l’habitude des débats ne se fera pas en un jour. Pour débattre, il faut des militants qui aient des idées et des vues opposées, des militants qui soient à la recherche de l’avancement de la société, pas seulement à la recherche du pouvoir, bref des militants qui ne soient pas que des travailleurs d’élections. Décentraliser le parti, comme entend le faire Philippe Couillard, est à cet égard une condition essentielle. Il doit l’enlever aux apparatchiks libéraux pour le redonner aux membres, ce qui sera aussi un préalable à la réussite de son autre objectif d’être irréprochable sur le plan éthique.


Au cours de sa campagne au leadership, le nouveau chef a mis en avant, outre le renouvellement du parti, quatre thèmes : spécificité du Québec, éducation et innovation, gouvernement ouvert et refonte de la fiscalité. Il y a là autant de chantiers de réflexion qui sont du ressort premier d’un parti de débats, des chantiers qui pourraient être confiés à des groupes de travail chargés de consulter les militants, mais aussi la population, partout au Québec. Ce sont là des exercices qui demandent des efforts et du temps, ainsi qu’une forte volonté de la part du chef pour résister aux pressions électoralistes qui ne manqueront pas de venir et que l’on entend déjà.


Les premiers mots de Philippe Couillard dans son discours de victoire furent : « Le Parti libéral est de retour. » Il reste à savoir de quel Parti libéral il s’agit. Celui qu’on connaît ou ce parti de débats, décentralisé, éthique, auquel le nouveau chef rêve ? Dans ce cas, il aurait dû parler au futur plutôt qu’au présent, car libérer le Parti libéral du passé qui le hante ne sera pas une mince affaire.

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