Guerre civile en Syrie - La valse européenne

En marge du dernier sommet de l’UE, Hollande et Cameron ont arrêté certains des aspects de l’aide militaire envisagée aux rebelles, que réfutent la majorité des membres de l’UE. Les Allemands en tête, les pays du Nord ont la certitude que l’allocation d’armes diverses va ajouter la guerre à la guerre. Pêle-mêle, on craint de poursuivre « une guerre par procuration », pour reprendre l’expression du ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle. On craint également, non sans raison d’ailleurs, qu’une partie de ces armes soient rapidement manipulées par les djihadistes, dont beaucoup sont affiliés à al-Qaïda.


On craint surtout une prolifération des engins de mort dans une région où le nombre de ces derniers se conjugue déjà avec inflation à la puissance dix. Plus exactement, les Européens, inquiets par le geste franco-britannique, ont la certitude que l’Iran, l’Irak aujourd’hui gouverné par les chiites, la Russie et le Hezbollah vont acheminer davantage d’armes lourdes, de conseillers ainsi que des… combattants ! On sait peu, trop peu, que le nombre de miliciens du Hezbollah libanais dépasse les 50 000. Certains organismes avancent même qu’ils seraient en fait 70 000. Chose certaine, certaine, les pays nommés et le Hezbollah envisagent avec terreur un renversement du régime de Bachar el-Assad.


Ils envisagent avec effroi que les rebelles sunnites et son cortège de djihadistes l’emportent et que, dans la foulée, on assiste à une réaction en chaîne, à une atomisation de l’influence chiite. Cette hantise est évidemment plus prononcée en Iran, le royaume des chiites, qu’ailleurs. Car si les opposants font plier Assad et tous les siens, cela signifiera à terme une dégringolade du Hezbollah au Liban pour la bonne et « plate » raison qu’une Syrie entre les mains des sunnites se traduira par la mise entre parenthèses des routes par lesquelles transitent les armes et les dollars made in Iran. En clair, le Hezbollah subira la torture de la triangulation.


De ces arguments, positions et hypothèses composés à l’enseigne de la logique Cameron et Hollande se sont totalement détachés. Pendant des mois, ces dirigeants ont entendu ces propos et y ont adhéré jusqu’à ce que le Britannique dise stop en février dernier avant de convaincre le Français de le rejoindre. Cette inflexion, au demeurant notable, découle d’un constat aussi logique que celui formulé par l’Allemand. Quel est-il ? Au bout…


Au bout de deux ans de guerre civile : on compte 70 000 morts, un million de réfugiés, l’ONU est impuissante, car la Russie s’évertue à gommer ses initiatives, la Syrie est détruite. Le pire, c’est que ce processus de désintégration risque fort de continuer, car Assad, sur la suggestion de Moscou, a adopté la méthode la terre brûlée. De la guerre totale. Ce n’est pas tout. Les rebelles ne présentent ni un front politique ni un front militaire unis. Conséquemment, les parties étant dans l’impasse, la Syrie risque fort de se métamorphoser en une Somalie du Moyen-Orient.


Une « somalisation » qui débouchera à moyen terme en un affrontement plus frontal entre le croissant chiite et le sunnite. C’est fort probablement pour cette raison que Barack Obama, après avoir minutieusement pesé le pour et le contre, les variables de l’un et les facteurs de l’autre, a opté pour la solution « douce ». Mais encore ? Fournir médicaments et nourriture.


On a l’impression que, d’un côté comme de l’autre, la stratégie du billard à trois bandes a pris le pas sur l’inflexion humanitaire la plus timide qui soit.

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