Plafonnement des revenus des cadres - À pas de tortue

Incroyable mais vrai : cinq ans après une crise financière ayant produit un flot imposant de ravages des deux côtés de l’Atlantique, des responsables politiques européens ont formulé les balbutiements d’une réforme des bonus et salaires des cadres d’entreprises inscrites à la Bourse. Cinq ans plus tard, cinq ans au cours desquels on a observé un chapelet de dérives, on envisage de dessiner une refonte de la rémunération à l’enseigne de la réserve, de la timidité, davantage qu’à celle de l’équité.


Les dérives ? L’an dernier, chacun des 428 courtiers ou cadres de la banque britannique Barclays ont empoché un revenu de 2,2 millions, soit un total de 856 millions. En trois ans, le courtier-vedette de Goldman Sachs, versé en transactions des hydrocarbures, a encaissé 1 milliard. Le président d’un fonds spéculatif situé à Pittsburgh a touché le jack-pot : 1,4 milliard. Quoi d’autre ? L’onde de choc de 2008 ayant eu l’effet de l’eau sur le dos du canard à Wall Street comme à la City, les immoralistes de ces lieux ont jonglé avec le libor, le taux interbancaire de référence, ont blanchi l’argent de cartels de la drogue, érigé des paravents financiers au bénéfice de la Corée du Nord ou de l’Iran, etc. Comme dirait l’autre, n’en jetez plus, la cour est pleine. De quoi ? De vices effectués avec une méticulosité maniaque grâce, en partie il est vrai, aux sommes accordées par les États, le public, aux mastodontes de la finance afin de leur éviter un sort à la Titanic.


Pendant que certains se nourrissaient sur la bête, on apprenait, en fait la semaine dernière, dans un rapport consacré à la richesse et à la pauvreté en Allemagne, que le revenu annuel d’un travailleur sur quatre avoisine les 25 000 $ dans un pays où le coût de la vie est plus élevé qu’ici. Pour faire court, on soulignera que cette étude gouvernementale souligne que l’écart entre les riches et les pauvres a « atteint des proportions déconcertantes ». Voilà pour la toile de fond et son vent de dérives.


Ainsi donc, il aura fallu attendre les résultats d’un référendum organisé en Suisse et qui prévoit de soutirer des pouvoirs aux membres du conseil d’administration pour mieux les refiler aux actionnaires, pour ce qui a trait à la rémunération des dirigeants, pour que le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, d’abord, et la chancelière Angela Merkel, ensuite, jugent que de cette initiative il faudra s’inspirer. On s’en doute, de l’autre côté de la Manche les avis sont totalement différents. Pour le premier ministre britannique, Dave Cameron, et le ministre des Finances, George Osborne, plafonner les salaires des patrons et notamment ceux des banques va se traduire comme suit : la mort de la City. Comme quoi, en matière de dramatisation, nos amis britanniques restent des maîtres. Des maîtres par ailleurs totalement indifférents à la réalité suivante : au royaume de Sa Majesté, l’écart entre les nantis et les forçats est le plus prononcé de l’Europe. Autrement dit, on en est encore au « Circulez, y’a rien à voir ».

5 commentaires
  • Denis Miron - Inscrit 15 mars 2013 08 h 18

    Qui est l'auteur de cette citation...

    qui illustre bien la réticence des profiteurs à se soumettre à des règles qui auraient pour fonction de protéger l'ensemble des citoyens qui dépendent du système?

    «Le Capital a horreur de l’absence de profit. Quand il flaire un bénéfice raisonnable, le Capital devient hardi. A 20%, il devient enthousiaste. A 50%, il est téméraire ; à 100%, il foule aux pieds toutes les lois humaines et à 300%, il ne recule devant aucun crime.»

    « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit » Lacordaire - source… Si l’état se dote d’une fonction publique suffisamment nombreuse pour appliquer ces lois

    « Il ne peut y avoir ni vraie liberté ni justice dans une société si l’égalité n’est pas réelle. » Condorcet

  • Gilbert Troutet - Abonné 15 mars 2013 09 h 26

    Plus près de nous

    Tout à fait d'accord avec M. Truffaut. Plus près de nous, les pdg des grandes banques canadiennes se paient aussi des honoraires faramineux. Même la présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, touche plus de 3 millions $ par année. À titre de comparaison, le salaire de M. Béland, son prédécesseur, était de 650 000 $ par an (avec quoi, on peut vivre déjà très bien!).

    Le salaire de base de Mme Leroux, à près de 1 million $, équivaut à 14 fois le salaire moyen d'un employé du Mouvement. Sa rémunération globale en 2011, à 3,1 millions $, représentait 36 fois la rémunération totale moyenne d'un employé de Desjardins. Me semble qu'on est loin de «l'esprit coopératif.»

    Il y a cependant une grande différence entre la rémunération de Mme Leroux et celle de ses confrères canadiens. Les banques versent à leurs dirigeants des options et des actions à hauteur de 6 millions $ par année, ce que ne fait pas la «coopérative» Desjardins.

    • André Le Belge - Inscrit 15 mars 2013 10 h 12

      Osons le dire, depuis Alban D'Amours, le mouvement Desjardins a commencé l'abandon de l'esprit coopératif et avec Monique Leroux, dans sa volonté de "canadiser" le Mouvement, cet esprit coopératif est complètement disparu des hautes sphères du Mouvement "coopératif" Desjardins!

  • Hubert Lavigne - Inscrit 16 mars 2013 14 h 48

    les "Seigneurs"

    On est en train de mettre en place une élite de "seigneurs", comme autrefois et ce qui est très inquiétant est cette élite a de plus en plus d'influence sur la vie politique et sociale. ...Est-ce qu'on attends l'hécatombe pour se réveiller????

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 mars 2013 06 h 33

      À mettre en relation avec l'article sur le BS, les coupes dans l'assurance-chômage et la précarité des pensions juste pour voir c'est quoi la tendance. Comme disait l'autre «Si la tendance se maintient...» Deschamp est prophète :«Mieux vaut être riche et en santé que pauvre et malade !» Mais là, elle n'est plus drôle !