Féminisme - Tout partager!

«Le privé est politique» est l’un des slogans les plus percutants du féminisme contemporain. Lancé au début des années 70, il décrivait en quatre mots la nécessité de ne pas se contenter d’une réforme des institutions, mais de brasser la cage jusque dans son salon. La bataille n’a pas donné tous ses fruits ? Mais évidemment ! On ne change pas des millénaires en 40 ans !

Qu’on se le dise, la femme contemporaine est essoufflée, et la mère, tellement plus. Le constat n’est pas neuf, il a même fait les beaux jours de la littérature populaire (Je ne sais pas comment elle fait a déjà dix ans), a créé toute une tradition de blogues, et nourrit toujours les conversations de tonnes de soupers de filles. Maman est essoufflée, mais a toujours de l’humour à partager même si son temps libre, apprend-on dans notre dossier, ne cesse de s’étioler. Avoir le contrôle de son travail, de sa maisonnée, des enfants, de son apparence et de sa vie de couple, ça gruge les heures de loisir dans une journée !


De toute évidence, renverser la vapeur est un défi énorme, nécessaire, mais il doit être considéré à sa juste mesure : un enjeu social, pas un problème personnel. Hélas, l’analyse du lien entre le privé et le politique a moins la cote de nos jours. Nos sociétés sont plus conservatrices et le discours ambiant est à l’avenant : tant qu’à courir, mesdames, pourquoi ne pas rentrer à la maison ? Enfin, à mi-temps. C’est bien mieux pour vous et pour les enfants, non ?


Papa, dans ce décor, est inexistant. On ne l’interpelle guère et il peut, lui, garder un emploi à temps plein, avec tous les avantages financiers et d’avancement professionnel qui en découlent. Avec un atout en plus par rapport aux générations de pères d’avant : il a découvert le plaisir d’avoir des enfants. Mais les sacrifices qui viennent avec restent toujours du côté de maman.


On comprendra qu’au sein des couples, tout cela ne se discute pas. C’est toujours difficile de causer - de penser ! - Politique avec un grand P avec celui qu’on aime, surtout quand la Cité est son propre foyer. Vaut mieux être pragmatique : valoriser l’affection paternelle et oublier que ce n’est jamais le chéri qui nettoie la salle de bains ; se dire que la tendre moitié gagne davantage que soi pour justifier de diminuer ses propres heures au travail ; ou mettre à jour ses connaissances sur l’organisation optimale d’une journée de maman-qui-voit-à-tout.


C’est pourquoi l’enjeu est ailleurs : dans l’organisation sociale. Un exemple fabuleux au Québec fut la création des places à tarif réduit dans les garderies. À 5 $ au départ, maintenant à 7 $ par jour, cette création de Pauline Marois, alors ministre, venait régler à la source le sempiternel calcul : « Chérie, à quoi bon te trouver un boulot, la garderie va manger toute ta paye ! » Il suffit de traverser les frontières du Québec pour mesurer à quel point lever ce poids financier fut une libération pour les mères.


De la même manière, les pères se sont rapprochés de leurs enfants parce que le congé de paternité a créé des conditions pour ce faire, et une symbolique qui leur permet d’inscrire ce geste dans la normalité. Au Québec, il n’y a plus rien d’étonnant à ce qu’un homme prenne du temps pour son enfant.


C’est le partage des tâches, et surtout la prise de responsabilité de l’enfant, qui pose maintenant problème ? Redistribuer le congé parental pour qu’une partie soit prise par le père seul est une piste à explorer, comme le font déjà des pays nordiques. sCorollaire intéressant : les mères en arriveront à se voir un peu moins comme les piliers de la maison. Les détricotages d’habitudes, ça doit se faire des deux côtés !


Il faudrait encore revisiter la Loi sur les normes du travail : prévoir des congés pour les rhumes des petits, allonger le nombre de semaines de vacances. Donner du temps, quoi, dans ce monde de fous.


Mais revenir en arrière ? Non, surtout pas. Car les femmes ont, comme les hommes, le droit de tout avoir.

39 commentaires
  • François Desjardins - Inscrit 9 mars 2013 07 h 36

    Très a propos!

    Bien dit! ... et sans langage emporté!

  • France Marcotte - Inscrite 9 mars 2013 07 h 45

    Motivation

    «Papa, dans ce décor, est inexistant. On ne l’interpelle guère et il peut, lui, garder un emploi à temps plein, avec tous les avantages financiers et d’avancement professionnel qui en découlent.»

    Ce qui est frappant aussi dans ce que vous dites, c'est qu'il ne semble rien vouloir par lui-même sur la famile, sur son couple.

    On doit user de stratégie, privée ou politique, pour l'amener à..., il semble atteint d'immobilisme (il protège jalousement ses acquis?).

    Tout serait tellement plus facile pour les femmes, pour le gouvernement, s'il voulait, lui aussi, comme un grand garçon.

  • Jean Lapointe - Abonné 9 mars 2013 09 h 18

    Ce serait faire fausse route que de tomber dans la victimisation.

    «Papa, dans ce décor, est inexistant. On ne l’interpelle guère et il peut, lui, garder un emploi à temps plein, avec tous les avantages financiers et d’avancement professionnel qui en découlent.»

    Je ne sais pas si je me trompe mais j'ai l'impression que vous semblez penser que les hommes travaillent surtout pour les « les avantages financiers et d’avancement professionnel qui en découlent».

    Il est possible que ce soit le cas pour un certain nombre d'entre eux mais, personnellement, je suis porté à penser que beaucoup d'entre eux travaillent beaucoup plus par nécessité que par goût ou pour faire carrière ou pour faire de l'argent.

    Pour plusieurs d'entre eux, tant mieux s' il y a des avantages financiers à détenir un emploi à plein temps, ce que tous souhaiteraient bien avoir, mais, ce qui compte surtout je pense pour la plupart d'entre eux c'est la sécurité financière, c'est-à-dire la possibilité de pouvoir compter sur un revenu assuré.

    Il y a aussi beaucoup d'hommes je pense qui ne cherchent pas dutout à faire carrière. Ils aspirent plutôt à apporter une contribution utile au progrès économique ou social ou culturel à la société dont ils font partie en tenant compte autant que possible de leurs intérêts et de leurs capacités tout en espérant avoir un revenu suffisant et stable pour pouvoir bien vivre. Mais ils n'arrivent pas toujours à faire ce qu'ils souhaiteraient faire. Ils doivent se contenter d' un pis-aller.

    J'ai parfois l'impression que beaucoup de femmes s'illusionnent sur les avantages qu'il y aurait de pouvoir «faire carrière» sans contraintes familiales.

    La vie de travail n'est pas aussi drôle et aussi gratifiante qu'elles semblent le penser.

    Certaines femmes semblent envier les hommes parce qu'il n'y aurait que des avantages à pouvoir faire comme ils font mais c'est à mon avis ignorer la réalité.

    Il n' y a pas que les femmes qui font des sacrifices. Ce serait faire fausse route que de tomber dans la victimisation.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 mars 2013 07 h 19

      Vous avez oublié ce petit détail : Certains hommes travaillent pour faire vivre décemment leur famille et ne prennent pas leur emploi comme porte de sortie mais comme responsabilité.

  • Jean Richard - Abonné 9 mars 2013 10 h 20

    Les silences du féminisme

    « Avoir le contrôle de son travail, de sa maisonnée, des enfants, »

    Si la société ne change pas du jour au lendemain, c'est qu'il y a une forme d'inertie reliée à ce qu'on appelle la culture. C'est ainsi qu'en sachant ce qui s'est passé hier, on arrive à mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui.

    L'expression « reine du foyer » n'a rien d'une invention machiavélique venant des hommes pour abaisser les femmes. La femme traditionnelle revendiquait le territoire sur lequel elle régnait en souveraine, la maison, et les sujets qu'elle voulait contrôler, les enfants, tous sexes confondus. Le contrôle de la maisonnée avait son revers : davantage de préoccupations et de travaux dits domestiques.

    Permettez-moi d'emprunter à ma propre mère des mots souvent entendus et qu'elle n'est pas la seule de sa génération à avoir prononcés : « Je ne veux pas voir d'hommes dans MA cuisine » (sauf les garçons comme valets pour faire les corvées les plus ingrates, laver les casseroles et les planchers – mais surtout pas la bouffe). Et d'emprunter à mon père l'expression d'un apparente résignation pour acheter la paix : « Demande à ta mère, c'est elle qui mène ».

    Partager les tâches, c'est aussi partager le pouvoir, la souveraineté. La femme occidentale (ou du moins québécoise) est-elle vraiment prête à partager ce pouvoir ? Et le garçon devenu adulte, qui a vécu la majeure partie de son enfance (maison et école primaire) sous un contrôle surtout féminin, est-il prêt à affirmer son autorité sur un territoire où il n'a jamais appris à le faire ?

    Et puis, les mathématiques calculant ce partage ne seraient-elles pas un peu boiteuses ?

    • France Marcotte - Inscrite 9 mars 2013 13 h 11

      «On comprendra qu’au sein des couples, tout cela ne se discute pas. C’est toujours difficile de causer - de penser ! - Politique avec un grand P avec celui qu’on aime, surtout quand la Cité est son propre foyer.»

      Entre reine du foyer et roi de la Cité, quel pouvoir préférez-vous?

    • Solange Bolduc - Inscrite 9 mars 2013 17 h 46

      "L'expression « reine du foyer » n'a rien d'une invention machiavélique venant des hommes pour abaisser les femmes. La femme traditionnelle revendiquait le territoire sur lequel elle régnait en souveraine, la maison, et les sujets qu'elle voulait contrôler, les enfants, tous sexes confondus. Le contrôle de la maisonnée avait son revers : davantage de préoccupations et de travaux dits domestiques."

      Très vrai ce que vous dites, monsieur! Et on en voit les répercussions aujourd'hui dans l'attitudes des femmes : Même si elles souhaitent le partage des tâches, elles ont de la difficulté à ne pas être contrôlante, laissant souvent peu de place à l'imagination de l'homme pour remplir ces tâches domestiques.

      De telles sortes qu'ils se disputeront pour des niaiseries (pour l'homme) même si cela ne semble être des niaiseries pour la femme qui prend à coeur le travail domestique (son territoire ancestrale) qui doit être exécuter comme sa mère e faisait. Au lieu de permettre à l'homme de réinventer la manière de conduire ces tâches, elles s'imposent comme experte : c'est comme ça que ça ce fait, pense-t-elle. Et l'homme se fatigue et voudrait tout laisser tomber!

      J'ai observé beaucoup ce genre de situation autour de moi! Difficile pour la femme de se détacher du modèle maternel : Une sorte d'atavismes, quoi !

    • France Marcotte - Inscrite 9 mars 2013 18 h 34

      Mais personne ne dit le contraire madame Bolduc.

      Les femmes ont été longtemps les reines du foyer, elles régnaient sur leur foyer, c'était leur domaine, mais pas celui de la Cité, qui était plutôt le foyer des hommes, c'est un fait.

      Bonne raison de nous comprendre d'avoir de la difficulté à céder du terrain de ce petit royaume et d'être très indulgentes envers nous-mêmes.

      Et sachant tout cela, les hommes pourraient par amour réfléchir à des stratégies d'approche, si vraiment d'investir ce domaine les préoccupe comme il le faudrait.

    • Solange Bolduc - Inscrite 9 mars 2013 21 h 31

      Vous dites, Mme Marcotte: " les hommes pourraient par amour réfléchir à des stratégies d'approche, si vraiment d'investir ce domaine les préoccupe comme il le faudrait."

      Je crois tout simplement qu'on ne devrait pas trouver des stratégies d'approche par amour (c'est trop fragile l'amour!), mais par principe ou règle de vie, et surtout en toute équité entre homme et femme.

      Vous ajoutez en vous adressant à la femme que je suis : "Bonne raison de nous comprendre d'avoir de la difficulté à céder du terrain de ce petit royaume et d'être très indulgentes envers nous-mêmes."

      Si l'on doit être indulgente envers nous-mêmes, il faut l'être tout autant envers l'homme, autrement on continue de fonctionner chacun dans son domaine acquis, et sans issu !

  • Claude Kamps - Inscrit 9 mars 2013 10 h 58

    La réalité dépasse les écris

    Papa, dans ce décor, est inexistant....il a découvert le plaisir d’avoir des enfants. Mais les sacrifices qui viennent avec restent toujours du côté de maman....
    Si je vois la génération des 35-45 ans, ce jugement est dépassé...