Féminisme - Tout partager!

Qu’on se le dise, la femme contemporaine est essoufflée, et la mère, tellement plus. Le constat n’est pas neuf, il a même fait les beaux jours de la littérature populaire (Je ne sais pas comment elle fait a déjà dix ans), a créé toute une tradition de blogues, et nourrit toujours les conversations de tonnes de soupers de filles. Maman est essoufflée, mais a toujours de l’humour à partager même si son temps libre, apprend-on dans notre dossier, ne cesse de s’étioler. Avoir le contrôle de son travail, de sa maisonnée, des enfants, de son apparence et de sa vie de couple, ça gruge les heures de loisir dans une journée !


De toute évidence, renverser la vapeur est un défi énorme, nécessaire, mais il doit être considéré à sa juste mesure : un enjeu social, pas un problème personnel. Hélas, l’analyse du lien entre le privé et le politique a moins la cote de nos jours. Nos sociétés sont plus conservatrices et le discours ambiant est à l’avenant : tant qu’à courir, mesdames, pourquoi ne pas rentrer à la maison ? Enfin, à mi-temps. C’est bien mieux pour vous et pour les enfants, non ?


Papa, dans ce décor, est inexistant. On ne l’interpelle guère et il peut, lui, garder un emploi à temps plein, avec tous les avantages financiers et d’avancement professionnel qui en découlent. Avec un atout en plus par rapport aux générations de pères d’avant : il a découvert le plaisir d’avoir des enfants. Mais les sacrifices qui viennent avec restent toujours du côté de maman.


On comprendra qu’au sein des couples, tout cela ne se discute pas. C’est toujours difficile de causer - de penser ! - Politique avec un grand P avec celui qu’on aime, surtout quand la Cité est son propre foyer. Vaut mieux être pragmatique : valoriser l’affection paternelle et oublier que ce n’est jamais le chéri qui nettoie la salle de bains ; se dire que la tendre moitié gagne davantage que soi pour justifier de diminuer ses propres heures au travail ; ou mettre à jour ses connaissances sur l’organisation optimale d’une journée de maman-qui-voit-à-tout.


C’est pourquoi l’enjeu est ailleurs : dans l’organisation sociale. Un exemple fabuleux au Québec fut la création des places à tarif réduit dans les garderies. À 5 $ au départ, maintenant à 7 $ par jour, cette création de Pauline Marois, alors ministre, venait régler à la source le sempiternel calcul : « Chérie, à quoi bon te trouver un boulot, la garderie va manger toute ta paye ! » Il suffit de traverser les frontières du Québec pour mesurer à quel point lever ce poids financier fut une libération pour les mères.


De la même manière, les pères se sont rapprochés de leurs enfants parce que le congé de paternité a créé des conditions pour ce faire, et une symbolique qui leur permet d’inscrire ce geste dans la normalité. Au Québec, il n’y a plus rien d’étonnant à ce qu’un homme prenne du temps pour son enfant.


C’est le partage des tâches, et surtout la prise de responsabilité de l’enfant, qui pose maintenant problème ? Redistribuer le congé parental pour qu’une partie soit prise par le père seul est une piste à explorer, comme le font déjà des pays nordiques. sCorollaire intéressant : les mères en arriveront à se voir un peu moins comme les piliers de la maison. Les détricotages d’habitudes, ça doit se faire des deux côtés !


Il faudrait encore revisiter la Loi sur les normes du travail : prévoir des congés pour les rhumes des petits, allonger le nombre de semaines de vacances. Donner du temps, quoi, dans ce monde de fous.


Mais revenir en arrière ? Non, surtout pas. Car les femmes ont, comme les hommes, le droit de tout avoir.

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