Enseignement de l’histoire - Assez des querelles

Dans la plateforme électorale du Parti québécois, l’engagement est clair et succinct : «Renforcer l’enseignement et la recherche de l’histoire à tous les niveaux, de l’école primaire à l’université, en privilégiant la connaissance de l’histoire nationale du Québec et de ses institutions. »

En entrevue au Soleil l’automne dernier, Marie Malavoy, alors fraîchement nommée ministre de l’Éducation, avait été tout aussi claire et succincte : il fallait, disait-elle, redonner « du relief » au débat national, plutôt que de le lier « à une succession de thèmes moins en lien avec notre propre identité ». La ministre souhaitait agir vite : « Si on est capables de faire des choses dès l’année prochaine, on le fera. »


La démarche, légitime, est donc en cours, comme l’a appris Le Devoir. Hélas, le groupe de travail hétérogène mis en place le mois dernier par le ministère de l’Éducation pour revoir l’enseignement de l’histoire est court-circuité par un petit groupe qui veut s’approprier cette révision, sous la seule supervision de la ministre elle-même.


C’est l’officialisation d’une guerre des clans qui a cours depuis des années et dont la page Idées du Devoir a souvent fait écho. Pas de nuance, pas de quartier. Les tenants de l’histoire nationale d’un côté, subdivisés entre fédéralistes et nationalistes, ceux de l’histoire sociale de l’autre. Si des ponts existent, et forcément il y en a, on ne s’en vante pas. Plutôt, chacun prête à l’autre les pires intentions : l’histoire nationale se dit ignorée, l’histoire sociale se sent dénigrée. Et l’histoire du Québec tout court s’en trouve perdante.


La ministre Malavoy devrait prendre garde de ne pas être avalée par un camp dans ce débat traversé d’antagonismes personnels, de jugements ex cathedra et d’arrière-fond partisan. Il lui faut insister pour que soient réunis autour de la table un aréopage d’intervenants, comme telle était au départ son intention. Si ceux-ci ne peuvent pas se parler, qu’on les chasse tous et qu’on en trouve d’autres !


Il apparaît quand même invraisemblable que, dans la richesse de l’historiographie actuelle, il ne soit pas possible de bâtir pour les jeunes une trame narrative du Québec où se jouxteraient événements politiques, sans les édulcorer, et avancées sociales, sans les minimiser. On peut lire Éric Bédard ET Denyse Baillargeon raconter 1837 comme l’Expo 67.


Mais cela irait encore mieux si on avait plus d’heures de cours pour ce faire (ah ! six mois intensifs d’histoire du Québec à la fin du primaire !), et des profs moins didacticiens, plus… historiens, mieux à même de faire des liens. Vaste programme pour la ministre : raison de plus pour s’éviter les querelles.

30 commentaires
  • Lise Boivin - Abonnée 7 mars 2013 04 h 55

    Coalition pour l'enseignement de l'histoire

    www.coalitionhistoire.org On peut trouver là tout ce qu'il faut d'arguments et de méthode pour installer un enseignement de l'histoire (qui pourrait avantageusement remplacer le cours de Culture religieuse).

  • Jacques Boulanger - Inscrit 7 mars 2013 06 h 44

    Notre histoire, une épopée

    Quand j’étais petit, on m’enseignait l’histoire comme une épopée. J’avais mes héros : Radisson, Pierre Lemoyne d’Iberville et même Dollard Desormeaux tenant à bout de bras un baril de poudre ! C’est à partir d’eux que j’ai bâti ma fierté, mon appartenance à ce petit peuple d’irrésistibles. Comment voulez-vous aujourd’hui bâtir pour demain une identité nationale quand vos héros sont : Superman, Batman, Captain America ...

    • Solange Bolduc - Inscrite 7 mars 2013 09 h 59

      Moi, M. Boulanger, quand j'étais jeune pensionnaire, on nous enseignait peu l'histoire des canadiens-français, à part celle de nos héroïnes : Marguerite d'Youville, Jeanne Mance,etc...mais bizarrement on parlait beaucoup de l'histoire de France, je me rappelle celle du Moyen Âge. Cela m'a marqué et il m'a fallu voyager beaucoup en France pour réaliser l'importance de mes racines québécoises, et de désirer les mieux connaître. Je découvrais alors ma profonde appartenance à mon peuple, et la beauté de notre langue québévcoise et de nos accents !

      Voyager ou s'intéresser à l'histoire des autres peuples, nous ramème fatalement un jour ou l'autre à s'intéresser à ce que nous sommes, À NOTRE NOUS! C'est l'histoire qui nous fait, qu'on en soit conscient ou pas, et c',est à nous de poursuivre l'histoire de nos ancêtres, d'où l'importance de s'y intéresser à notre avenir afin de prendre la bonne route !

    • Gilles Théberge - Abonné 7 mars 2013 18 h 06

      Madame Bolduc, notre histoire a quelques siècles et l'histoire de France pas mal plus n'est-ce pas.

      Et elle nous appartient cette histoire, compte tenu de nos origines. Je sais où mon ancêtre est né, j'ai vu le fond baptismal sur lequel il a été baptisé, je sais où est la maison où il est né et où il a grandi.

      Bien entendu il n'est pas nécessaire ni utile de connaître toutes les dynasties et toutes les familles royales de France. Mais il serait un peu curieux de ne pas s'intéresser au fait que ceux qui ont établi la colonie étaient issus directement de l'histoire de France.

      Une histoire qui nous appartient en propre. À vous, à moi, et à tous nos compatriotes.

  • François Dugal - Inscrit 7 mars 2013 07 h 51

    Le premier pas

    Le premier pas vers une solution serait de se débarasser des didactitiens.

    • Raymond Labelle - Abonné 7 mars 2013 09 h 48

      Il y a un éléphant dans le salon - l'immersion en anglais en sixième année.

      Sujet beaucoup plus prioritaire que suivre telle ou telle école historique dans les cours d'histoire.

      Cette immersion en anglais est basée sur l'idéologie que l'on doit maîtriser l'anglais presque parfaitement au sortir du secondaire de l’école… française. Ça n'aide pas beaucoup à convaincre les allos d'adopter le français. Et regardons les choses en face, je ne suis pas sûr que l'élève moyen qui sort du système français maîtrise le français – priorités encore une fois.

      Annuler ce programme d’immersion ne requiert aucun amendement législatif et peut donc se faire sans l'accord de l'un ou l'autre des partis d'opposition.

      Personne ne parle même de l'idée d'avoir de l'immersion en français dans le système anglais.

      Si même le gouvernement du PQ glisse sur cette pente assimilatrice, que faire? Qu’en pense Mme Malavoy?

      Ergoter sur les cours d’histoire nous fait oublier ce programme d’immersion qui a beaucoup plus d’effets négatifs.

  • Claude Jean - Inscrit 7 mars 2013 08 h 39

    Citation sur l'histoire

    « Une génération qui ignore l’histoire n’a pas de passé - ni de futur. »

    Robert Heinlein

    • Solange Bolduc - Inscrite 7 mars 2013 10 h 03

      Je ne suis pas tout à fait d'accord avec cette citation: Une génération qui ignore l’histoire, s'en forge une qui la fera toujours se sentir déracinée, c'est SON histoire !

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 7 mars 2013 08 h 48

    Y-a pire que Superman et autres.....

    comme ceux qui venerent Wolfe (tant qu a y-etre Lord Durham,Colborne,Amherst,le militaire en charge de la deportation des Acadiens et autres) et qui transforment la conquete en changement de regime.Je ne sais pas s il y en a beaucoup qui on essaye de lire J.Letourneau comme moi ,mais son style (ampoule) et son vocabulaire pour le moins tres recherche m ont empeche de comprendre ses textes .Serait-il donc un bon candidat pour reviser l enseignement de l histoire a nos enfants? JP.Grise