Un nouveau système partisan au Québec - L’éclatement

L'assurance affichée par Option nationale à son congrès de fin de semaine prend racine dans le militantisme convaincu de ses membres, dans la crédibilité de son chef, ainsi que dans la volonté de nombre de souverainistes de revenir à un discours « pariziste », décomplexé.

Une autre source d’assurance a quelque chose de plus trivial : l’argent. Le petit parti qui a obtenu 1,89 % des voix le 4 septembre (quelque 3 % dans les derniers coups de sonde) bénéficiera d’un budget annuel de plus de 500 000 $, dont presque la moitié viendront du Directeur général des élections, en vertu des nouvelles règles découlant de la loi 2 sur le financement des partis politiques, adoptée en décembre. Celle-ci a fait passer - depuis le 1er janvier - l’allocation par vote obtenu de 0,85 $ à 1,50 $. Les militants « onistes » ont trouvé que c’était assez en tout cas pour se « payer » un vrai chef : ils verseront l’équivalent d’un salaire de député à M. Aussant, hypothèse que ce dernier écartait totalement avant Noël.


Les nouveaux médias et les réseaux sociaux facilitent le lancement de nouvelles formations politiques. En plus, désormais, le financement étatique donnera un coup de pouce à une formation qui aura subi le feu électoral. La dynamique politique québécoise est peut-être appelée à changer davantage qu’on ne le croit. Les militants qui passaient jadis le plus clair de leur temps à « faire du financement » consacreront leurs énergies à rendre leur parti plus présent.


Autre conséquence : les tiers partis ont désormais plus de chance de survie. Certes, le mode de scrutin (uninominal à un tour) est toujours aussi britannique et favorable au bipartisme. Mais l’effet combiné d’un nouvel esprit de l’électorat et de nouvelles règles rend le système partisan de plus en plus éclaté.


On peut prévoir que les gouvernements minoritaires ne seront plus des exceptions. Certains s’inquiètent : aurions-nous pu faire une révolution tranquille avec un Lesage minoritaire ? Une nouvelle culture de la coalition pourrait naître. Dans le bipartisme, les partis étaient des coalitions, mais avec tiraillements internes dissimulés. La nouvelle configuration partisane forcera des coalitions « externes », entre partis. Un exemple : certains à ON et au PQ rêvent de « faire passer » Jean-Martin Aussant là où, dit-on, il souhaiterait se présenter, dans Mercier. Chose certaine, de nombreux scénarios inédits seront possibles dans la nouvelle configuration partisane.

17 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 5 mars 2013 08 h 08

    Qu’est-ce qu’on attend ?

    Un système éclaté mais plus démocratique auquel devrait correspondre un mode de représentation à l’avenant. Les exemples fusent dans le monde où le pouvoir gouvernemental est exercé par des coalitions et qui par le fait même, sont plus sensibles aux préoccupations citoyennes que partisanes. Qu’est-ce qu’on attend ?

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 mars 2013 16 h 42

      En effet, M Boulanger, e parlementarisme québécois est très malade.

      Dans la plupart des pays démocratiques, les gouvernements sont des coalitions. Pourquoi serait-ce un désastre au Québec? Au contraire. Une coalition n’est pas une maladie honteuse ni un cancer, malgré le fait que chacun des (anciens) grands (?) partis aimerait bien être le seul sur la glace à toujours avoir la rondelle. Une coalition, c'est tout simplement le reflet de la démocratie et le rejet de la pensée unique.

      Dans plusieurs démocraties, ce sont des coalitions qui gouvernent. La dysfonction n'est que dans la tête de ceux qui voudraient bien être seuls sur la glace et imposer leurs vues à la majorité, alors qu'ils n'ont été élus que par une minorité. Il faudra apprendre à vivre avec autre chose que le bi-partisme, et appliquer un vrai parlementarisme.

      On veut plus de collégialité dans les gouvernements. Que les gouvernements apprennent à gouverner en collégialité ou en coalition avec l’opposition, ce serait cela la véritable démocratie. Depuis très longtemps, on est gouvernés par des gouvernements qui représentent seulement entre 35 et 40% des gens.

      Et d’ailleurs, pourquoi doit-il y avoir une “opposition officielle”? Il s’agit là d’une formule britannique qui a peu à voir avec la véritable démocratie.

      L’ère des deux partis, autre manifestation du paradigme du bien et du mal, est révolue. Le bi-partisme est dépassé. Il n’est pas gage de démocratie. Il nie la vraie nature du parlementarisme.
      Avec le bi-partisme, c’est le plus gros et le plus fort qui mène et règne en roi et maître comme dans les sociétés animales où il y a un mâle dominant qui a droit de vie ou de mort sur ses congénères.

      Le bi-partisme n’est pas démocratique, car un parti peut être au pouvoir alors que la majorité des gens est contre eux. On devra avoir de plus en plus de gouvernements de coalition. C’est cela qui serait la vraie démocratie.

    • Martin Maynard - Inscrit 5 mars 2013 21 h 43

      Le régime Parlementaire Britannique se fait pas mal vieillot et découle du fonctionnement de la cour du Roi. Ça ne colle plus très bien à notre époque mais ça sert très bien les vieux partis ... ils ne voudront pas changer ça.

      Au moins, si le nouveau changement apporte un peu de fraîcheur et des débats plus intéressants que les chicanes de mononcles et de matantes que nous avons et qui nous écoeurent de la politique ...

    • Yvan Dutil - Inscrit 6 mars 2013 10 h 35

      Il y a une multitudes de gouvernements qui fonctionnent comme le notre sans problème. Le parlementarisme briatnnique n'est pas le problème. Le mode de scrutin et la culture politique par contre...

  • Jean Lapointe - Abonné 5 mars 2013 08 h 28

    C'est donc nous qui allons payer le «salaire» de J-M Aussant

    «Les militants « onistes » ont trouvé que c’était assez en tout cas pour se « payer » un vrai chef : ils verseront l’équivalent d’un salaire de député à M. Aussant, hypothèse que ce dernier écartait totalement avant Noël.»

    Cela veut donc dire, si je comprends bien, que ce seront les contribuables, c'est-à-dire les payeurs de taxes, c'est-à-dire nous tous qui paierons le «salaire» de Jean-Martin Aussant, «salaire» qui a été qualifié de symbolique.

    N'y a-t-il pas quelque chose qui cloche là-dedans?

    Moi personnellement je n'ai pas dutout le goût de contribuer à payer un «salaire» à quelqu'un qui va diriger un parti politique qui, à mon avis ne devrait pas exister et qui n'a même pas réussi à faire élire l'eun de ses candidats à L'Assemblée nationale lors des dernières élections.

    Les partis politiques peuvent-ils faire ce qu'ils veulent avec l'argent qui leur est versé par l'Etat?

    Si oui, je me demande si la loi ne devrait pas être revue.

    • Sylvain Auclair - Abonné 5 mars 2013 10 h 37

      Nous connaissons le sens du mot «contribuable». Pas besoin de donner le calque de sa traduction en anglais.

    • Jacques Boulanger - Inscrit 5 mars 2013 11 h 03

      Vous avez tout à fait raison M. Lapointe. Les contribuables lui versent directement un salaire. Comme ça, on sauve des intermédiares comme les monsieurs 3%, les mafieux, les entrepreneurs verreux qui gonflent leurs prix etc. Tout ce beau monde étant bien connu du parti Libéral qui, si ma mémoire me fait défaut, n'a jamais payé de salaire à son chef même du temps qu'il était premier ministre. Mais ça, c'est une autre histoire qui n'a rien à voir...

    • Carol Létourneau - Abonné 5 mars 2013 15 h 36

      Il ne faudrait pas oublier que les contributions versées aux partis donnaient droit à un crédit d'impôt pouvant aller jusqu'à 75%. C'étaient aussi vos impôts. On sait par ailleurs que ces contributions ont été faites souvent illégalement. Le nouveau système me paraît plus juste.

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 5 mars 2013 17 h 06

      Ce qui est drôle dans tout cela, c'est que Monsieur Aussant avait porté plainte au DGE l'automne dernier parce que selon lui, la CAQ ne respectait pas l'esprit de la loi électorale, mais je me demande si l'esprit de la loi est respecté lorsque des fonds publiques servent à payer le salaire du chef non élu d'un parti politique!

      Une chose est certaine, Monsieur Aussant a un sense de l'étique et de la morale qui lui est propre, en plus d'avoir la mémoire courte!

    • Martin Maynard - Inscrit 5 mars 2013 21 h 32

      C'est quand même un meilleur système que celui des enveloppes brunes ... bien que ça ne les élimines pas nécessairement. De l'argent comptant, ça ne laisse pas beaucoup de trace au DGE.

      Mais le nouveau réglement donne maintenant une signification monétaire à notre vote. Parce que même si le candidat n'a pas gagné, le parti reçoit une rémunération annuelle en fonction de ce vote.

      Cela permettra peut-être une plus grande participation aux urnes?

  • Gilles Charbonneau - Inscrit 5 mars 2013 10 h 48

    Faut admettre

    Il faut admettre que ce qui ressort de ce congrès est plutôt surprenent, et que de se faire voter un salaire de député, en plus de plusieurs volte-faces, me laissent plutôt sonjeur sur les véritables objectifs de Monsieur Aussant et son parti qui dit faire de la politique différemment!

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 mars 2013 16 h 37

      Tout travailleur mérite un salaire.

      M Aussant mérite un salaire car il n'a pas un revenu de député, et il le fait ouvertement, contrairement à M Charest qui a caché un deuxième salaire de 75 000 $ alors qu'il avait son salaire de premier ministre.

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 5 mars 2013 23 h 01

      Monsieur Saint-Arnaud, il mérite un salaire car il n'a pas de salaire de député, alors il se paie à même des fonds publics, tout à fait normal pour un non élu!

  • Gilles Théberge - Abonné 5 mars 2013 13 h 31

    Très bonne idée

    Oui, Aussant dans Mercier c'est une excellente idée. Histoire de remettre à QS la monnaie de sa pièce.

    D'abord pour l'affront de Françoise David qui aurait pu gagner ailleurs, en conservant à l'Assemblée Nationale un excellent député.

    Puis parce que Khadir joue sur les deux tableaux. Souverainiste du bout des lèvres, et comportement inqualifiable lors des élections fédérales de mai 2011. On ne trahit pas ses amis. Faut croire que les souverainistes ne sont pas vraiment ses amis.

    Il pourra enfin rejoindre les rejoindre, ses vrais amis du enne di pi lors du prochain scrutin fédéral.

    Et sur le fond de l'article, tant mieux si le nouveau mode de financement contribue à sa façon, à briser le cercle vraiment vicieux du bipartisme à la Britannique, qui ne correspond plus en rien aux besoins de notre époque.

    Puisque les gouvernements n'ont pas le courage de faire évoluer le système, est-ce par le vote que cela se fera?

    Et tant pis pour le PQ, qui au lieu d'adopter des positions progressistes, commence étrangement à ressembler à un chat mouillé...

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 mars 2013 17 h 48

      « Il pourra enfin rejoindre les rejoindre, ses vrais amis du enne di pi lors du prochain scrutin fédéral. (M. Théberge) » ?

      C'est vrai que M. Aussant a des chances de se faire élire dans Mercier, mais ce n'est pas gagné d'avance. M. Khadir est très populaire dans sa circonscription.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 mars 2013 16 h 43

    Changement de paradigme dans le système électoral

    Bonne idée que d'avoir un pacte tactique entre le PQ et ON en vue des prochaines élections , avec par la suite une certaine participation au pouvoir de députés QS élus.

    Ceci serait très démocratique, pour donner une voix proportionnelle aux électeurs. Le PQ et l’ON doivent se concerter pour prendre le pouvoir ensemble.

    Ce serait un premier pas vers un système électoral proportionnel, pour remplacer le système bi-partiste actuel hérité de la couronne britannique et maintenant complètement dépassé.

    Le parlementarisme québécois est très malade, grâce à cette tradition britannique dépassée du bi-partisme dont le Québec est encore captif. Il faudra apprendre à vivre avec autre chose que le bi-partisme, et appliquer un vrai parlementarisme. Le bi-partisme n’est pas démocratique, car un parti peut être au pouvoir alors que la majorité des gens est contre eux. On devra avoir de plus en plus de gouvernements de coalition. C’est cela qui serait la vraie démocratie.

    Avec le bi-partisme, c’est le plus gros et le plus fort qui mène et règne en roi et maître comme dans les sociétés animales où il y a un mâle dominant qui a droit de vie ou de mort sur ses congénères. Et en plus, à cause de ce système, on est gouvernés depuis très longtemps par des gouvernements qui représentent seulement entre 35 et 40% des gens.

    Lors des prochaines élections, j’espère que le PQ et ON se concerteront pour ne pas se nuire mutuellement, dans une entente électorale.