Nouveau pape - Osons espérer…

Le Québec a si furieusement tourné la page sur son passé ultrareligieux que l’élection du prochain pape n’est vue que sous l’étroite lorgnette des scandales, celui de la pédophilie étant le plus monstrueux, et du refus de la modernité, que symbolise le Vatican. Il y a pourtant place à plus de nuances. Et à un peu d’espérance.

L'élection d’un prochain pape n’a plus, en nos contrées, l’impact de jadis. Seule la perspective d’avoir un pape issu de terres québécoises sauve présentement l’affaire de l’indifférence quasi générale. Au-delà de cet enjeu, dans le discours public, le catholicisme est réduit à un bloc monolithique et le choix du pape est ramené à une version ritualisée d’un concours de téléréalité.


Mais le Vatican reste un tel joueur sur l’échiquier mondial que, croyant ou pas, le choix d’un successeur à Benoît XVI doit nous intéresser, même si cela se déroule sous les auspices conservateurs que l’on sait, les cardinaux votants ayant tous été nommés par celui-ci ou par Jean-Paul II - pape encensé mais qui fut dans les faits une tragédie, son long règne ayant achevé de déconnecter le Vatican du monde réel. Ce passé récent, marquant, aura ainsi réussi à reléguer dans l’ombre le visage progressiste de l’Église, celui par exemple d’un Jean XXIII qui avait, lui, décidé d’arrimer la Curie à la société de son temps.


Le passionnant essai de Pierre Pagé, Claude Ryan. Un éditorialiste dans le débat social, rappelle d’ailleurs que les luttes idéologiques au sein du catholicisme ont longtemps été suivies de près, notamment par Le Devoir. C’est notre ancien directeur, Gérard Filion, qui dénonce en éditorial, en 1956, « ce refoulement constant des catholiques vers la droite ». C’est Claude Ryan, alors éditorialiste, qui décrit, en se distanciant des traditionalistes, les « deux familles spirituelles » qui s’affrontent à la veille de Vatican II en 1962. C’est encore M. Ryan, cette fois directeur, qui écrit en 1968 : « Le pape est le témoin par excellence de la foi : il n’en est pas le propriétaire. »


Cette phrase résumait sa vive critique de l’encyclique Humanae vitae sur le mariage et la régulation des naissances, tombée du ciel à la fin de juillet 1968 et dans laquelle Paul VI condamnait toutes les formes de contraception. Ce fut un coup de tonnerre : la rupture radicale entre le Vatican et sa base part de là. Les textes de l’époque en témoignent : pratiquants, curés, évêques même, n’ont pas compris cette ingérence du pape dans la vie des couples. Quarante-cinq ans plus tard, le Vatican en vit toujours les contrecoups. Cette posture implacable - qui nie l’évolution plus égalitaire des rapports amoureux, le drame des grossesses non désirées, l’horreur du sida - a rebuté et rebute encore des croyants, qui ont dès lors pris leurs distances.


Mais ce n’est pas là un problème spirituel ; c’est une affaire de politique, critiquée comme il se doit en son temps par les catholiques de gauche, particulièrement actifs au Québec. Le ressac de droite les rend aujourd’hui moins audibles, mais ils signent toujours, au magazine Relations par exemple, ou dans les rubriques d’opinion. Ainsi Hélène Pelletier-Baillargeon, qui lançait dans nos pages mercredi un appel pour que la papauté retrouve le sens de l’Évangile. Le sens de Jésus, en fait, ce formidable symbole d’accueil à l’autre dont le Vatican a perdu la trace.


On comprendra donc que l’Église n’a pas pour vocation d’être réactionnaire, même si présentement c’est cette faction qui la domine outrageusement. L’ordination des femmes, le mariage des prêtres, l’ouverture à la contraception, la reconnaissance de l’homosexualité, l’acceptation de l’humanité, quoi, peuvent s’envisager. Il n’est pas interdit d’espérer que, par pragmatisme (l’institution vaticane se porte si mal), un nouveau pape entrouvre la porte à des ajustements, si minimes soient-ils. À condition, évidemment, qu’il ne s’appelle pas Marc Ouellet…

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