Programme de procréation assistée - Fertile en coûts

C’était à prévoir… Les coûts du programme de procréation assistée (PA) du Québec croissent beaucoup plus vite que le gouvernement Charest ne l’avait promis lorsqu’il l’a mis en place en 2010. Le programme est « en avance » de deux ans sur les prévisions de dépenses, comme on le révélait dans nos pages jeudi. L’improvisation manifeste dans laquelle s’est prise la décision d’ajouter cet autre service au « panier universel » est-elle la seule raison pour expliquer cette croissance fulgurante ? Est-ce la seule inquiétude que l’on doit avoir à l’égard de ce programme ?


En 2010, le gouvernement évaluait qu’en 2013-2014, l’État débourserait 63 millions pour quelque 7000 cycles de fécondation in vitro (FIV). Or, non seulement le seuil de 63 millions a été atteint cette année, mais en bout de course, avant le 31 mars, le gouvernement se voit contraint d’injecter environ 5 millions supplémentaires.


On nous répondra qu’il y a là une bonne nouvelle ; que plus de couples s’en prévalent. Certains chiffres le démontrent en effet. Mais lorsqu’on s’aperçoit, comme Le Devoir le met en relief ce matin, qu’au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), plus de 6,2 millions prévus pour la procréation assistée ont servi à soigner les calamiteuses finances de l’institution, les bras nous en tombent. « 40 % de l’argent versé par Québec pour la FIV […] a été fondu à l’intérieur du déficit global de l’établissement », écrit notre collègue Amélie Daoust-Boisvert.


Cette situation est fertile en questions. Puisque les coûts de la FIV sont désormais assumés par l’État, les couples qui, ordinairement, auraient commencé par tenter d’autres méthodes, telle l’insémination artificielle, sont peut-être conduits plus rapidement à tenter une FIV ? Impossible de le savoir, le registre promis n’a jamais été constitué.


Au reste, le rapport entre le privé et le public est-il sain dans ce programme ? La question se pose. L’État a ouvert des cliniques publiques de PA. Les coûts d’une FIV y sont-ils moins chers qu’au privé ? Le ministère s’avère assez opaque en cette matière. Autre question : des médecins qui travaillent dans ces cliniques publiques, mais sont en même temps actionnaires de cliniques privées ou y travaillent, ont-ils intérêt à ce que le public se développe correctement ? Or, on constate que la clientèle des cliniques publiques baisse ou stagne, alors que celle des privées croît. Pourtant, l’ancien ministre Yves Bolduc avait prévu que le ratio public-privé, actuellement de 2/3-1/3 s’inverserait graduellement. Faudrait-il nationaliser entièrement le secteur ? Qu’en pense le ministre Réjean Hébert ?


Les médecins ont ragé en octobre 2010 lorsque le gouvernement a baissé de 7100 $ à 4750 $ le montant prévu de la compensation par cycle de FIV. Il semble que l’activité soit encore profitable puisque les cliniques ont un mal fou à recruter des médecins, les fertologues étant très attirés par le privé.


Au fond, Philippe Couillard avait peut-être raison. L’ancien ministre de la Santé, aujourd’hui candidat à la chefferie libérale, s’opposait à la création de ce programme. En 2008, il faisait valoir que sur un budget de 25 milliards à la Santé, le problème n’était pas de trouver 20, 30, 40 millions de dollars. « C’est à qui on ne les donnera pas, ces 20, 30, 40 millions de dollars, ou à qui on va retirer les 20, 30, 40 millions de dollars ! […] La personne aidante naturelle trouve avec raison que l’État ne soutient pas assez ses activités ; les problèmes de santé mentale ne sont, d’après plusieurs, pas pris suffisamment en charge par le panier de services. Et je pourrais vous faire une liste très longue. » Que ferait-il s’il devenait premier ministre ? Va-t-il répondre avant le 17 mars ?

11 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 1 mars 2013 08 h 24

    Et le bébés prématurés?

    Que pense M. Couillard des coûts engendrés par les soins aux nombreux prématurés que l'ancien système privé amenait? Ou aurait-il été capable d'interdire aux médecins de faire des implantations multiples et alors avoir tous ces médecins ainsi que leurs clients infertiles contre lui?

  • Pierre Denis - Inscrit 1 mars 2013 10 h 17

    Les bonnes priorités ?

    On flambe ici un fric pas possible pour permettre à quelques égocentriques de se reproduire alors que la planète est surpeuplée et qu'il y a plein de beaux enfants en santé qui ne demandent qu'à être adoptées et aimés.
    Pendant ce temps des soins passablement plus essentiels nous sont refusés ou font l'objet de délais inacceptables parce que les budgets ne nont pas là.

    Mon exemple, qui n'est certainement pas unique : on m'a diagnostiqué une apnée grave du sommeil (après avoir attendu presqu'un an pour un rendez vous en clinique du sommeil). La cure ? Un respirateur (CPAP) qui coûte dans les 4 chiffres ici (étrangement, on peut en trouver pour quelques centaines de $ au Sud de la frontière) et qui n'est pas couvert par la RAMQ. Si t'as pas d'assurance, pige dans tes poches le cave ! Sinon endure ton sort avec les conséquences : mauvais sommeil, migraines, fatigue chronique, dépression, narcolepsie, pertes de concentration, pauvre productivité au travail, risques accrus de faire un AVC, de l'arythmie ou une crise cardiaque, espérance de vie significativement réduite. Comment ça coûte à une société, ça ?
    Et que dire des délais pour le traitement des cancer ?
    Et que dire des bienfaits que ce fric investi en prévention ou bien en mesures de mainitient au domicile pourrait faire ?

    • Jacques Morissette - Abonné 1 mars 2013 13 h 22

      Comme quoi il en faudrait peut-être une Commission Charbonneau aussi en santé, et fort probablement dans bien d'autres domaines.

      Le marché est comme un veau d'or, et tout est bon pour en favoriser la croissance, au point de rendre légal ce qu ne le serait pas, si on y découvrait anguille sous roche.

  • Jacques Morissette - Abonné 1 mars 2013 10 h 24

    L'inconscient peut parfois avoir son mot à dire, concernant l'infertilité.

    L'être humain dépend pour beaucoup de son inconscient. On peut faire consciemment des choix, tout en ne l'acceptant pas inconsciemment. Rien de pire dans ce cas, c'est alors que celui-ci fait son nid et qu'il peut chercher aussi à nous manipuler, à notre insu.

    Par exemple, un couple peut penser que chacun fait son choix de l'autre en toute lucidité, mais c'est sans compter qu'il arrive quelquefois que l'inconscient n'a pas nécessairement donné son accord, d'où parfois certains dommages collatéraux, notamment l'infertilité.

    Bien sûr, il peut y avoir des raisons physiques d'infertilité. La médecine alors peut aider ceux qui vivent ce problème, dans une certaine mesure. L'espoir et le temps, ainsi que les motivations des couples, peuvent aider la médecine à l'accomplissement de la nature.

    Mais pour ceux dont l'inconscient fait des siennes, le temps les faisant mieux se connaître comme couple, l'inconscient peut consentir à leur ouvrir les valves de la fertilité, les doutes ayant cédé le pas à l'amour humain.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 mars 2013 07 h 03

      La nature ne fait pas tout, sans ça y aurait pas de parents ignobles, j'ai pas à donner d'exemples, on les connait tous et il y en a toute une floppé qu'on ne connait pas ! J'en reste là !

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 1 mars 2013 12 h 38

    Au vu de ce qui s'est fait

    L'ouverture à tous de ce programme est davantage une autre mesure pour miner les finances du système de santé qu'une démarche médicale.

  • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 1 mars 2013 13 h 11

    L'incohérence du système de santé

    Édito très pertinent qui démontre la dérive de notre système de santé. J'étais d'accord à l'époque avec le ministre Philippe Couillard que cela ne constituait pas une priorité. Cependant, son successeur s'est laissé influencer par le lobby des parents dirigé par Julie Snyder et on a assuré dans le régime public les services de procréation assistée jusqu'à alors dispensés dans le privé. Ce fut une grave erreur qui a contribué à augmenter davantage le budget de la santé qui est inflationniste. C'est l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire dans le système de santé, succomber aux lobbyes de toutes sortes. Le ministre actuel est plus solide et plus près des priorités des gens, j'espère qu'il reverra ce programme pour le réduire et non pas l'offrir dans d'autres hôpitaux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 mars 2013 20 h 56

      Au risque de me répéter, la prise en charge du coût des traitements de fertilité par la RAMQ a pour but de faire ÉPARGNER de l'argent au gouvernement. Avant de s'indigner, il faudrait voir si le nombre de prématurés a baissé suite à la mise sur pied de ce programme. C'est seulement si ce n'est pas le cas qu'on devrait s'inquiéter.