Retraite - Un allié inattendu

Contre toute attente, voilà que le président de l’une des six grandes banques au pays, la CIBC, donne son appui à l’idée d’utiliser le régime public des rentes comme moyen d’assurer un revenu de retraite décent aux prochaines générations de Canadiens.

Lors d’un colloque qui s’est tenu la semaine dernière, M. Gerald McCaughey a soutenu qu’ouvrir le Régime de pensions du Canada (RPC) et son pendant québécois, le Régime de rentes du Québec (RRQ), à des contributions volontaires en sus des cotisations obligatoires actuelles serait le meilleur moyen d’inciter la classe moyenne épargner pour la retraite. Car, contrairement au REER, dont le rendement dépend de la capacité de chacun à bien gérer ses placements, la rente versée par le RPC et le RRQ serait assurée.


Jusqu’à ce jour, seuls des gens qu’on associe à la gauche, tels les syndicats, préconisaient d’utiliser le régime public comme véhicule privilégié pour compenser l’absence de régime de retraite dans la plupart des entreprises.


Il y a deux ans, Ottawa et certaines provinces, dont le Québec, ont créé une toute nouvelle structure appelée Régime volontaire d’épargne-retraite (RVER) qui n’est toujours pas fonctionnelle à cause de sa complexité et des interrogations qu’elle suscite quant à son efficacité. Avant de trancher, le gouvernement Marois attend le rapport d’un comité d’experts prévu pour le printemps.


À Ottawa, on semble aussi prêt à reprendre les discussions avec les provinces pour améliorer le Régime de pensions du Canada, une solution à la fois plus simple que la multiplication des régimes privés et rassurante pour les retraités de l’avenir.


À ce jour, les adversaires de la formule publique se retrouvent surtout du côté des associations d’entreprises, qui craignent de voir les cotisations augmenter pour couvrir les coûts d’une solution obligatoire, et du milieu financier, qui ne veut pas perdre la gestion des milliards de contributions annuelles aux REER et aux régimes privés.


En donnant ce qui a tout l’air d’un appui à une formule de contribution volontaire au RPC-RRQ, le président de la CIBC enlève une épine du pied des politiciens qui comprennent l’intérêt de bonifier le régime public, mais qui ont peur de la réaction des milieux d’affaires.


Cela dit, la proposition de la CIBC est fort incomplète dans la perspective d’une réforme sérieuse. Pour que cette annexe au RRQ joue bien son rôle, il faudrait que les contributions supplémentaires soient obligatoires pour les employeurs et les salariés, que cet ajout au régime soit entièrement capitalisé et le montant de la rente additionnelle calculé en proportion des contributions totales de chacun, sans autre mission que de rendre aux travailleurs l’argent qui leur est dû. En somme, un vrai régime complémentaire de retraite.

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