Sommet des universités - On va se parler!

On y arrive enfin, à ce Sommet sur l’enseignement supérieur dont Pauline Marois avait lancé l’idée dès avril dernier, en plein coeur du printemps érable, bien avant que les casseroles ne se mettent de la partie. Et en dépit des apparences, le gouvernement s’y engage sous les meilleurs auspices.

Pierre Duchesne, ministre de l’Enseignement supérieur, le répète comme un mantra qui finit par agacer, mais sur le fond il a raison: l’un des traits de caractère des Québécois, c’est de préférer le dialogue autour d’une table aux affrontements dans la rue. En dépit du scepticisme et des critiques des derniers mois, la tenue du Sommet est en soi une victoire


Le ministre néophyte ne fut pas sans maladresses, et il en a encore (le chipotage autour de la prise de parole des recteurs au Sommet en est un exemple), mais il commence à trouver ses marques. Ainsi, certaines idées émises lors des rencontres préparatoires ont fait leur chemin et sont reprises avec habileté en vue du Sommet. Illustrons.


Le ministre veut une meilleure reddition de comptes de la part des universités, comme le souhaitent les étudiants, mais sous l’égide d’un Conseil national des universités, qui ne serait toutefois pas l’organisme coercitif que craignaient les recteurs. Les conseils d’administration, eux, devront être en mesure de poser des questions, comme s’y attend la population.


De la même manière, même si le ministre annonce clairement des scénarios d’indexation des droits de scolarité qui seront précisés lundi, le Cahier du participant au Sommet entoure cette proposition gouvernementale d’une mise en contexte où les scénarios d’abolition ou de gel des droits ont droit de cité, alors que la hausse importante est nommément écartée. Comprendre: dans les idéaux comme dans la pratique, les universités québécoises resteront distinctes du reste de l’Amérique du Nord. C’est là un acquis, «un bien commun», comme le dit le Cahier. Et c’est tant mieux.


Le ministre Duchesne dit aussi que des décisions lui appartiennent (non, les droits de scolarité ne feront pas l’objet d’un «chantier»), mais que des sujets complexes (les formules de financement des universités ou leur gouvernance) relèveront de chantiers. Face à la crainte de la fuite en avant, il répond fermement qu’il ne s’agira pas de parler pour parler: «On va mettre des échéanciers.» Le Sommet aura donc des suites qui se veulent concrètes, ce qui est des plus heureux.


Pierre Duchesne profite par ailleurs d’un contexte qui, en partie de son fait, en partie en raison des circonstances, a brisé les fronts communs, ce qui le sert grandement. Avec son idée de renforcer le financement des universités sur la base de leur fréquentation par des étudiants de première génération, il a amené une fracture chez les recteurs. «Les enjeux commencent à nous distinguer», disait vendredi dans Le Devoir la présidente du réseau des universités du Québec, Sylvie Beauchamp. Normal, car l’union était factice: l’heure est à la nuance.


Les étudiants, eux, ont aussi envie de s’asseoir. La révolution est enivrante mais le retour sur terre fut exigeant pour eux. Une effervescence comme celle du printemps dernier ne se vit pas à répétition, et l’envie de manifester s’est essoufflée, ce que l’ASSE n’a pas su voir. Il y a tout de même eu victoire pour les étudiants: l’idéal de la gratuité à l’université est maintenant sorti de la marginalité. On sait maintenant que le Québec des années 60 l’avait pour objectif et qu’elle est viable ailleurs. Donc acte.


Les débordements étudiants maintenant exclus, le ministre a le champ libre pour la négociation classique et pragmatique. De tous ses interlocuteurs, on n’en voit aucun qui claquera la porte du Sommet. C’est là que la vraie discussion commence.

41 commentaires
  • ROCH AMYOTTE - Inscrit 23 février 2013 01 h 31

    Tout cela pour cela

    Le Sommet est né sous le véritable thème, revendication ou bataille, c'est selon votre choix, de Non à la hausse, pour une éducation libre, gratuite et accessible. On s'en rappellera. Le plus loin qu'on ira sur ce thème, c'est un rappel historique de l'objectif du Rapport Parent qui parlait de cela. Mais ce rappel n'avait pas été fait depuis de décennies, du moins pas avec autant de convictions. Et cela en est la plus grande victoire. En route vers la gratuité, dit l'Assé. Elle a raison. Mais la route sera longue, très longue. Assez longue même pour que les leaders actuels aient beaucoup de cheveux blancs lorsque cela arrivera. La démocratie est un long, très long processus.

  • Michel Lebel - Abonné 23 février 2013 06 h 48

    Une vision bien rose!

    Chacun sa vision des choses! Je considère toujours que le populiste ministre Duchesne n'est pas à la hauteur. Je ne m'attends pas à grand-chose de ce Sommet. Celui-ci n'est pas la bonne formule pour faire du travail sérieux, surtout sur un sujet comme l'Enseignement supérieur.


    Michel Lebel

    • André Lefebvre - Inscrit 23 février 2013 10 h 34

      Le qualificatif "supérieur" est plus élitiste quMexact et la formule "...n'est pas à la hauteur" appuie cet élitisme.

      La question est de vérifier l'administration de l'Enseignement et le "populisme de "2+2=4" est peut-être plus efficace que le "patinage de fantaisie".

      André Lefebvre

    • Solange Bolduc - Abonnée 23 février 2013 12 h 44

      Au contraire, il faut attendre beaucoup de ce Sommet, au moins l'ouverture à un dialogue franc et l'exposé des problème en Éducation et financement des universités, avec tous les invités qui auront leur dossier bien préparé en mains et qu'ils exposeront avec rigueur ! Ils ne s'amènent certainement pas là pour perdre leur temps !

      Soyons sérieux au lieu d'être défaîtiste !

    • Francis Lévesque - Inscrit 23 février 2013 20 h 44

      Un sommet aurait pu être intéressant, s'il y aurait eu un véritable débat. Le PQ avait toujours voulu une augmentation, et il l'aura. Le sommet ne sera pas "apolitique". Se sommet me rappèle les trois conférences sur les gaz de schiste du PLQ, au font ce n'est qu'une manière de faire accepter l'idée du parti au pouvoir.

      Si ce sommet s’était terminé sur un référendum j'aurais été optimiste, mais croire que ça va donner quelque chose de positif (autre qu'au secteur privé) c'est véritablement se voiler la raison.

      Ce que ce gouvernement nous dit depuis le début est que les seuls changements possibles pour le Québec c'est la privatisation des services publics, le progrès est une utopie, une illusion.

      Il faut être pragmatique, le changement ne se fera pas aujourd'hui, mais il faut rester optimiste, alors continuons à marteler ces partis de droite et défendons le progrès humaniste. Il ne faut pas laisser tomber les prochaines générations.

  • Yvon Bureau - Abonné 23 février 2013 08 h 08

    Ainsi des suites

    Ce Sommet, n'étant plus LE Sommet, aura des suites. Tant mieux. En sommet, tout peut émerger, souvent du meilleur même inattendu. L'émergence n'appartient à personne. Notre seul pouvoir, c’est d’être là, riches en présence.

    J'apprécie énormément le ton et le fonds de votre article, madame Boileau.

    Exprimez à votre (notre!) rédaction toute l'admiration et toute la gratitude pour l'excellent Le Devoir de ce samedi, en ce qui regarde ce Sommet. Merci.

    N'oubliez pas de souligner la présence des Université du 3e âge (UTA), dans l'enseignement supérieur du Québec. Déjà 20 000 retraités, avec expertises et expériences, y sont déjà présents; un plus grand nombre s'en vient. Ces 50 ans et plus, avec un si riche passé, font partie du futur de l'enseignement supérieur du Québec.

  • France Marcotte - Abonnée 23 février 2013 08 h 50

    Recours ultime à la rue

    «...l’un des traits de caractère des Québécois, c’est de préférer le dialogue autour d’une table aux affrontements dans la rue.»

    Quelle étrange constatation.

    Y a-t-il au monde des gens qui préfèrent les affrontements dans la rue au dialogue autour d'une table si les deux ont la même portée, si le dialogue est possible?

    Les affrontements dans la rue expriment un ras-le-bol bien légitime quand les autres avenues sont bouchées.

    • Donald Bordeleau - Abonné 23 février 2013 22 h 14

      Ou encore des menaces.
      Monsieur le recteur Denis Brière, je suis attristé de votre façon d’agir envers la clientèle du Pep qui a pris des engagements et payé pour les activités offertes par l’établissement.

      Les utilisateurs payent pour leur abonnement, en plus ils payent des taxes pour utiliser les équipements de la collectivité.

      On peu comprendre votre colère et empressement pour faire des compressions pour ne pas affecter la mission de l’université. Mais selon votre mission première qui place les étudiants au centre de ses préoccupations et leur offre des programmes d'études et un milieu de vie stimulants.
      Mais il semble que la vie associative de votre université ne vous préoccupe pas en faisant de telle coupe.
      Il serait peut-être opportun de congédié votre chauffeur, de renoncer aux primes pour les cadres, de diminuer la température des locaux lorsque inoccupés, de réduire votre budget de marketing en utilisant le web, de ralentir quelqu’un des 8 projets de construction. Mais il y a probablement bien d’autres avenues pour réduire les dépenses.

    • Solange Bolduc - Abonnée 24 février 2013 10 h 47

      Mais, madame Marcotte, le dialogue est ouvert, il me semble ?

      Honnêtement, est-ce qu'on peut vraiment penser ce que vous écrivez "Les affrontements dans la rue expriment un ras-le-bol bien légitime quand les autres avenues sont bouchées."

      Je ne vois aucune avenue bouchée ! Si c'est le fait de refuser pour l'instant la gratuité scolaire, bien là, il faudrait laisser le temps au temps!

      Comment présumer de ce qui va se passer quand le Sommet n'est même pas commencé! Franchement !!!

      Je ne marche pas dans ces eaux-là ! Tant qu'on ne m'a pas prouvé le contraire, je ne désespère jamais, ce qui ne m'empêche pas de discuter ou de critiquer la trajectoire, mais de là à être défaîtiste, NON! Je crois que les gens se laissent trop influencer par cette attitude ?

    • France Marcotte - Abonnée 24 février 2013 12 h 21

      Relisez donc ce que j'ai réellement écrit!

    • Solange Bolduc - Abonnée 24 février 2013 15 h 18

      Je ne dois pas savoir lire, car vous écrivez :

      "Les affrontements dans la rue expriment un ras-le-bol bien légitime quand les autres avenues sont bouchées." N'-t-on pas une grève étudiante pour le 26 février ?

      Et moi je vous répondais : "Je ne vois aucune avenue bouchée !"

      Nous sommes à l'heure où il semble y avoir une ouverture au dialogue. Peut-on alors imaginer un seul instant que les "avenues sont complètement bouchées" ?

      N'annonce-t-on pas qu'on réfléchit à des solutions pour alléger le fardeau des étudiants moins bien nantis?

      Bien sûr que les étudiants et les recteurs n'obtiendront pas nécessairement tout ce qu'ils demandent, mais de part et d'autre il y aura des compromis à faire, et même le gouvernement devrait en faire! Mais, est-ce que cela suppose que le gouvernement leur ferme les portes complètement?

      Permettez-moi, madame, d'envisager les choses différemment !

      Et si les étudiants optent pour le gel et qu'ils ne l'obtiennent pas, cette option, dans l'immédiat, leur sera fermée, et ce sera au ministre de s'expliquer là-dessus, et aux étudiants de décider des positions à prendre dans un avenir rapproché ou non! Mais pour l'instant, il semble que des options seront mises sur la tables, et que des choix se feront en lieu et place !

      Pas d'avenues fermées (à part la gratuité) avant la fin du Sommet. Et ceux qui n'accepteront pas le refus de la gratuité scolaire, libre à eux de le considérer comme un option fermée à court, à moyen ou à long terme!

      Et même si l'on décidait d'ouvrir grandes les portes de la gratuité universitaire, il faudrait tout au moins envisager un resserrement à l'entrée (ou des balises comme le suggérait Parizeau), ce qui n'arrivera pas du jour au lendemain. Et cela devrait pouvoir se discuter au Sommet.

      Bon Sommet !

  • André Lefebvre - Inscrit 23 février 2013 09 h 18

    Ouf!

    " l’idéal de la gratuité à l’université est maintenant sorti de la marginalité. On sait maintenant que le Québec des années 60 l’avait pour objectif et qu’elle est viable ailleurs. Donc acte."

    C'est tout dire. Reste à savoir si ce sont des comptables qui "gouvernent" nore société.

    André Lefebvre

    • Solange Bolduc - Abonnée 24 février 2013 10 h 53

      En politique, il faut savoir compter, mais aussi prendre des décisions qui vont dans le sens du bien commun.

      Je ne crois pas que le ministre Duchesne soit le genre comptable que vous associez au gouverenement en place! Il a certainement plus d'envergure qu'un François Legault dont la vision du Québec est celle d'un véritable comptable qui dit n'importe quoi pourvu qu'on parle d'enrichir les riches! Ce n'est pas la vision, quoi qu'on en dise, du gouvernement Marois! Pas à ma connaissance en tous les cas !