Blocage politique en Tunisie - De l’islamisation

Le blocage politique qui plombe la Tunisie depuis plusieurs semaines s’est passablement épaissi dans la journée de mardi. Faute d’avoir pu convaincre les mandarins de son propre parti, l’Ennahda, de former un cabinet de technocrates, le premier ministre Hamadi Jebali a remis sa démission. Pour faire court, soulignons que les islamistes viennent de remporter une manche importante.

Dans la foulée de l’assassinat de l’opposant de gauche Chokri Belaïd et surtout de l’émoi que ce tragique événement avait suscité au sein d’un large pan de la population tunisienne, Jebali avait opté pour l’affrontement avec la direction d’Ennahda. Plus exactement, arguant que la majorité des ministres étaient incompétents, surtout en matière économique, Jebali suggérait la formation d’un gouvernement de technocrates rompus à la gestion des administrations publiques.


En avançant une idée qui aurait induit obligatoirement la négociation de compromis avec des formations politiques non religieuses, Jebali et ceux qui le soutenaient ont heurté la direction comme la base d’Ennahda. Ils se sont aliéné un parti aujourd’hui mené et malmené par un groupe d’islamistes désormais imposant en nombre. Un groupe qui peine à cacher que son dessein est le suivant : mettre l’appareil d’État, les institutions comme les administrations, sous sa coupe pour mieux imposer après coup un État religieux.


D’ores et déjà, lorsqu’ils évoquent les laïcs et notamment leurs élus, les islamistes emploient le vocabulaire de la violence, celui qui commande la violence. Pour ces fous de Dieu, tout laïc est un « impie », un « mécréant », voire un « traître ». Il faut rappeler et retenir qu’après l’assassinat en octobre dernier de Lofti Nagdh, un autre opposant laïque, les islamistes avaient réclamé la libération des meurtriers. C’est dire combien les fictions religieuses aveuglent.


Simultanément à ce qui se passe en Tunisie, nous parvient de la Turquie des échos inquiétants. De cette Turquie dirigée par une formation, le Parti de la justice et du développement, qui a servi de modèle à Ennahda ainsi qu’aux Frères musulmans égyptiens. Toujours est-il qu’on ne compte plus le nombre de journalistes qui croupissent en prison sans avoir été jugés. Des journalistes qui ont eu le culot de contester certaines politiques, de mettre en question la gestion du dossier kurde ou, encore, qui ont mis au jour des affaires de corruption. Toujours est-il (bis) que le premier ministre Tayyip Erdogan, chez qui la fibre démocratique a l’épaisseur du papier à cigarette, use et abuse des lois antiterroristes imposées lors de la dictature militaire, lois qu’il a pris bien soin de conserver.


Signe que l’islamisation de la Turquie est bel et bien au programme politique d’Erdogan et de sa clique, la censure ainsi que l’interdiction de romans pour des motifs logeant à l’enseigne du moralisme d’un autre temps, le plus vieux qui soit, vont bon train. Tout récemment, et à titre d’exemple, le ministère de l’Éducation a ouvert une enquête sur le roman Samarcande d’Amin Maalouf. On songe aussi à interdire Les raisins de la colère parce qu’il y est question d’un bordel, etc. Il est vrai que nous sommes dans un pays dirigé par un homme ayant formulé ceci : « Certains livres sont plus dangereux que des bombes. »


Fichtre ! La prochaine étape ? Imiter les Brejnev des anciens temps en envoyant les romanciers et journalistes récalcitrants dans des hôpitaux psychiatriques. Qu’Erdogan et son parti inspirent de l’admiration en Tunisie, en Égypte et partout ailleurs au Moyen-Orient, cela confirme bel et bien que l’expression « islam modéré » est une contradiction dans les termes.

19 commentaires
  • Umm Ayoub - Inscrite 20 février 2013 07 h 16

    Jebali faisait fausse route


    Va-t-on reprocher à Mme Marois de choisir ses ministres dans les rangs de son propre parti politique, alors qu'elle est minoritaire? Est-ce que Stephen Harper a choisi un gouvernement de 'technocrate'? Avez-vous déjà-vu pareille chose?

    C'est le parti islamiste qui a remporté les élection. C'est lui qui doit gouverner et non des non élus supposément neutres. Car, qui sont-ils ces technocrate? Ce sont des économistes. Ce sont des gens qui se présentent comme étant neutre alors qu'ils ne le sont pas du tout. Ils ont une vision des choses bien à eux. Une vision des choses qui n'est pas nécessairement au goût de la population. Allez donc voir en Espagne ou en Grèce si les gens sont contents de la manière dont les 'technocrates' influencent les politiques publiques.

    La même chose en Égypte. El-Baradei fait fausse route avec son exigence de former un gouvernement de 'salut national'. Ce sont les Frères musulmans qui ont été élus, ce sont eux qui doivent gouverner. Ce sont des règles politiques simples, que l'on voit dans toutes les démocratie occidentales. Si l'on accepte ce système, on doit en accepter les règles, et ne pas essayer de les contourner quand ça ne fait pas notre affaire.

    • Michel Bastien - Abonné 20 février 2013 09 h 21

      Je suis en principe d'accord avec ce que vous dites. Cependant, encore faut-il que tous les joueurs respectent les règles du jeu démocratique. Or, il ne semble pas que ce soit le cas chez ces gouvernements où on triche allègrement: on tue des opposants, on les emprisonne, on les muselle d'une façon ou d'une autre. D'une part, je crois qu'il faut laisser à ces nouveaux joueurs le temps d'apprendre et d'appliquer les règles, d'autre part, il ne faut pas être naïf et attendre trop longtemps. On ne ferait que constater l'échec de la révolution, où l'on serait passer d'une dictature à une autre (comme c'est si souvent le cas, malheureusement.)

    • Marie Royer - Inscrite 20 février 2013 18 h 21

      Bravo Mme Chabot.

      Je trouve votre support aux démocrates Frères Musulmans ayant gagné les élections, comme vous dites en Tunisie et en Egypte, digne d'être remarqué et applaudi. Et il est tout à fait normal que l'opposition soit éliminée, que ce soit par l'assassinat ou par d'autres moyens.

    • claire Piché - Inscrit 20 février 2013 22 h 13

      La démocratie ne se résume pas à un « droit de vote ».

      Je vous invite à écouter la conférence de Alain Wagner de Vérité, Valeurs et Démocratie donnée le 6 Janvier 2011 à Paris, durée 40 min.

      Système démocratie occidental régis par les lois civiles versus le système de fonctionnement islamique régis par la charia. L"Islam n'a rien de démocratique.

      http://www.youtube.com/watch?v=9Lw426sUxRY

  • Minona Léveillé - Inscrite 20 février 2013 07 h 17

    Quand penser est un crime.

    « Certains livres sont plus dangereux que des bombes. »

    Tout à fait d'accord mais je ne pense pas au même livre que lui! Suffit de l'ouvrir pour voir d'où vient l'acharnement des intégristes islamiques à détruire tout ce qui leur semble trop laïc, de même que tout ce qui se rapporte aux « impies » et aux « mécréants », auquel sont malheureusement assimilés les musulmans modérés qui pourraient constituer un rempart contre la violence et le fanatisme.

    La censure est l'arme de prédilection de ceux qui veulent contrôler les esprits, en important une seule vérité et un seul système de référence. Ceux qui veulent priver leur peuple de toute source d'influence non-contrôlée pour mieux les asservir.

    Comme toujours, ce sont les artistes, les auteurs, les journalistes et les intellectuels qui en font les frais, coupables de pensée indépendante.

    • Marie Royer - Inscrite 20 février 2013 18 h 46

      "La censure est l'arme de prédilection de ceux qui veulent contrôler les esprits." Tout à fait d'accord et cela vaut partout et tout le temps, surtout en pays totalitaire évidemment mais aussi dans nos démocraties occidentales.

      Ainsi, je pense que cette pratique se retrouve malheureusement chez nous au Québec et au Canada, solidement ancrée au sein de la gauche bien pensante, dominante chez nos intellectuels, nos artistes, faisant tous les efforts pour contrôler et empêcher la voix de l'opposition à cette gauche syndicale solidaire universitaire intellectuelle, celle qui considère être la seule parole valable et est de tous les combats, comme ceux de la grande démocratie de la « rue » qui nous est imposée. Et tout ça avec la complicité de nos médias.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 février 2013 07 h 18

    Courageux édito

    Bravo !

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 20 février 2013 07 h 41

    Normal

    Toutes les religions qui atteignent au pouvoir politiwue passent de persécutées à persécutrices.

    Les catholiques en Angleterre, la Saint-Barthélémy en France, l'Inquisition en Europe, etc. Tout cela était à une autre époque. Aujourd'hui c'est l'Islam.

    Mais qui nous dit que les sociétés vivent toutes selon la même temporalité?

    Desrosiers
    Val david

    • Minona Léveillé - Inscrite 20 février 2013 08 h 58

      Le calendrier musulman commence à l'Hégire (le départ de Muhammad de la Mecque qui l'a amené à Médine) et il est rendu à l'année 1434...

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 février 2013 12 h 44

      Madame Léveillé,
      Les bouddhistes sont rendus à l'année 2555, et les Juifs, à 5773. Ces chiffres ne veulent rien dire.

    • Minona Léveillé - Inscrite 20 février 2013 17 h 34

      @Sylvain Auclair

      Juste un petit trait d'humour kouffar! Je sais que je ne gagnerai pas un Olivier avec ça! :)

  • Jacques Lison - Abonné 20 février 2013 08 h 51

    Islam ou islamisme?

    Il faut distinguer l'islam, qui est une grande et noble religion, et l'islamisme. Celui-ci est une dérive dont la montée n'a rien de spirituel. Il se manifeste comme une forme de fascisme au sens large. Il souille l'islam. Il faut avoir le courage de dire et combattre cela...

    • Minona Léveillé - Inscrite 20 février 2013 11 h 45

      Faut-il distinguer les pommes du pommier? L'islamisme n'est rien d'autres que le mouvement visant à imposer l'islam intégral comme système politique.

      Il n'y a pas que du positif dans l'islam. Avez-vous lu les versets coraniques et les hadiths au sujet des non-musulmans, de l'aposatasie, du jihad? Saviez-vous qu'en cas de contradiction entre deux versets, le plus réfents abroge le plus ancien et que tout les versets tolérants envers des non-musulmans, des versets Mecquois datant des débuts de l'islam, ont été abrogés par des versets médinois révélés des années plus tard?

      Croyez-moi, l'islamisme ne vient pas du néant et n'est pas apparu récemment. Les musulmans modérés le sont parce qu'ils n'appliquent généralement des textes fondateurs que ce qui est positif ou du moins ce qui s'accorde avec les lois et un respect minimal des droits humains. Ça ne veut pas dire pour autant que les intégristes (du mot "intégral"), les fondamentalistes (du mot "fondement") et les radicaux (du mot "radius", c'est à dire "racine), ne pratiquent pas le "vrai" islam.

    • Pascal Martin - Inscrit 20 février 2013 12 h 32

      D'accord à 100% avec Minona Léveillé. Ce commentaire résume très bien les contradictions et problèmes d'applications de cette religion.

    • Jacques Morin - Inscrit 20 février 2013 17 h 01



      L'Islam n'est pas une grande religion de paix et d'amour. Il est dangereux de colporter de semblables erreurs.

      Lisez le Coran plutôt que de répéter les mensonges d'une certaine propagande.

      Nul racisme dans mes propos; les faits , simplement.

      Bravo à M.Truffaut qui ne nous avait pas habitués à une pareille clairvoyance