Sables bitumineux - Une sale réputation

Ce n’est pas un malheur de détenir l’une des réserves d’hydrocarbures les plus importantes de la planète. Encore faut-il savoir en user intelligemment et prudemment. Surtout quand on sait que la mise en valeur de la ressource s’accompagne d’effets secondaires majeurs auxquels les habitants de cette même planète sont de plus en plus sensibles.

 

Nier l’existence du danger et se contenter de combattre les mouvements de résistance, cela s’appelle se mettre la tête dans le sable et faire preuve d’absence de jugement politique.


C’est pourtant l’attitude qu’a toujours choisi d’adopter le premier ministre Stephen Harper en matière d’exploitation d’hydrocarbures, croyant sans doute que sa vision du monde l’emporterait.


Lors de la manifestation qui a réuni une quinzaine de milliers d’opposants aux politiques environnementales du gouvernement américain, dimanche à Washington, on a pu constater que la cible emblématique des manifestants n’était pas le charbon, le pétrole du golfe du Mexique, mais le projet canadien d’oléoduc Keystone XL de la société TransCanada Corp. Pour les manifestants, dire non à TransCanada devrait être le premier geste concret d’un président Obama qui serait sérieux lorsqu’il promet de lutter contre le réchauffement climatique.


Si Keystone XL est devenu la cible privilégiée des environnementalistes américains, c’est qu’il doit transporter ce que plusieurs qualifient de « pétrole sale ». « Sale », parce que ni Ottawa ni le gouvernement albertain n’ont consenti les efforts nécessaires depuis dix ans pour qu’il en soit autrement.


Pour des raisons essentiellement économiques, on a même encouragé les sociétés pétrolières à quadrupler leur production d’ici vingt ans sans rien exiger en retour pour contrer les effets néfastes sur l’environnement. Rien non plus pour stimuler le développement d’énergies renouvelables.


Au contraire, d’arbitres des intérêts collectifs qu’ils auraient dû être, les conservateurs sont devenus les ambassadeurs du lobby pétrolier dans le monde et ont abusé de leur statut de gouvernement pour militer contre toute entente susceptible de nuire aux pétrolières.


En se retirant du traité de Kyoto et en faisant fi des dizaines de prix Fossile qui lui ont été attribués pour souligner le travail de sape auquel il s’est livré lors des forums internationaux, le Canada est passé de leader à cancre.


D’autres pays développés qui ont pourtant de très importantes activités pétrolières, on pense à la Norvège, ne font pas l’objet d’autant de critiques puisqu’ils ont fait leurs devoirs et davantage. Même les États-Unis, dont le gouvernement Harper aime répéter qu’il suit la ligne de conduite, pourraient bientôt paraître plus progressistes si le président Obama donne suite à son dernier discours sur l’état de l’Union.


Si le premier ministre avait compris l’importance de faire partie des nations les plus engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique précisément parce qu’il est aussi un pays producteur ; s’il s’était montré déterminé en adoptant une taxe sur le carbone et diverses mesures contraignantes ; s’il avait du même coup restreint l’appétit des compagnies pétrolières en ramenant leurs ambitions de croissance à un niveau socialement acceptable, le Canada ne serait sans doute pas menacé de se retrouver bientôt victime du boomerang avec lequel M. Harper s’est cru capable de neutraliser ses adversaires.

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6 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 19 février 2013 06 h 15

    Il faut changer

    A la place du développement durable, nous continuons de subventionner lourdement cette exploitation insoutenable en réduisant les impôts des compagnies pétrolières, en passant la facture aux contribuables pour la recherche sur la capture et le stockage du co2, et en percevant des redevances minimes.
    Pourquoi ne pas plutôt consacrer ces sommes à la recherche plus intensive de sources d'approvisionnement plus vertes?

    • François Beaulé - Abonné 19 février 2013 11 h 08

      Vous avez raison. Le Canada a eu tort de ne pas respecter l'accord de Kyoto. Sans subvention et aide fiscale, l'exploitation des sables bitumineux se serait faite lentement en fonction du prix du pétrole. Harper n'a respecté ni l'environnement ni la liberté du marché. À court terme, il a satisfait les gens de l'Ouest. Dans une perpective globale et à long terme, le gouvernement conservateur est toxique pour l'ensemble des Canadiens et dommageable pour l'environnement planétaire. Comme l'écrit justement notre éditorialiste préféré, le Canada est passé de leader à cancre.

  • Bernard Terreault - Abonné 19 février 2013 08 h 19

    Urgent

    Pour protėger notre environnement et ėviter un rėchauffement potentiellement catastrophique de manière RÉALISTE et EFFICACE il faut s'efforcer de rėduire progressivement notre consommation de carbone en dėcourageant l'étalement urbain galopant. Arrêter la construction d'autoroutes, financer le transport public ėlectrique ou au moins hybride. À ce sujet, il est bon de rappeler le fait scientifique suivant, à savoir que du point de vue des gaz à effet de serre, le pire combustible est le charbon, suivi du pėtrole bitumineux, puis du pėtrole conventionnel, puis du gaz naturel : cela peut aider à orienter les choix.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 19 février 2013 12 h 27

    Keystone-XL est pratiquement un fait accompli.

    C'est un peu trompeur de laisser planer la possibilité que le gouvernement américain puisse annuler ce projet. L'industrie pétrolière aux É-U a une telle emprise sur le gouvernement, que cela est impensable.

    D'ailleurs la section sud de cet oléoduc a déjà été appouvée, et le travail est en cours. Il y a eu un délai avec la partie nord parce que le tracé proposé traversait un secteur très écologiquement sensible au Nebraska. Depuis, l'industrie a modifié le tracé, et a reçu la bénédiction des autorités du nebraska.

    Obama n'attend plus maintenant que le moment propice pour annoncer la bonne nouvelle à ses pétro-amis.

  • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 19 février 2013 14 h 31

    et ce sapré financement...

    Quand on connait tous les crédits d'impôts et à la création d'emploi octroyés aux entreprises, on ne peut que grincer des dents aux annonces du gouvernement conservateur de couper dans les services sociaux, l'assurance emploi, les subventions aux organismes de charité, etc... parce qu'on n'a pas d'argent... bien sûr...

    Jérémie Poupart Montpetit

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 février 2013 06 h 59

      Surtout quand nous revient à l'esprit que ces entreprises engrangent leurs profits au lieu de créer de ces emplois mythiques !