La réforme des banques - De la mollesse

Après avoir mis en marché des produits financiers si toxiques qu’ils ont mis à mal les économies des États, après avoir blanchi l’argent de certains cartels de la drogue, après avoir servi de paravents aux activités monétaires de l’Iran et de la Corée du Nord, après avoir jonglé à leur guise avec le Libor, le taux interbancaire de référence, après avoir bénéficié des largesses indirectes des citoyens américains et européens, les élus auraient pu, comme on était en droit de s’y attendre, composer des réformes logeant à l’enseigne de la saine prudence. Plutôt que d’agir en ce sens, les gouvernements américain, britannique et français ont opté pour une résolution mi-figue, mi-raisin. Une solution molle.

À Londres, soit la ville où des petits malins avaient conceptualisé dans les années 80 le décloisonnement des institutions financières, ou plus exactement la destruction des frontières entre les quatre piliers de la finance, George Osborne, le grand argentier, a ramené l’exercice à une menace. La voici : si les acteurs de la City ne s’agitent pas et ne se réforment pas, alors le gouvernement ordonnera la séparation, au sein des banques, entre la filiale de dépôts et la filiale d’investissements. Quand ? En 2019. Dans six ans ! Ça ressemble, un peu, beaucoup, à de la fumisterie en conserve.


À Paris, les députés ont amorcé l’étude d’une réforme qui, entre autres mérites, va obliger les banques à communiquer les activités qu’elles poursuivent dans les paradis fiscaux. Mais cela dit, là également, il n’est pas question d’envisager la séparation évoquée. Le ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici propose « d’isoler les activités risquées plutôt que de dresser une muraille de Chine entre banque de dépôts et banque de marchés », rapporte Le Monde. Ailleurs, on constate que les élus font le service minimum.


À l’évidence, il n’est donc pas question d’adopter et d’actualiser le modèle qui, pendant un demi-siècle, avait permis d’éviter une crise analogue à celle de 2008. De quel modèle s’agit-il ? Le Glass-Steagall Act qui, couplé à d’autres réformes, s’était traduit par l’édification, dans les années 30, de frontières entre banques, les assurances, les valeurs mobilières et les fiducies. Le Glass-Steagall, on ne le répétera jamais assez, avait été conçu après que ces auteurs eurent acquis l’intime conviction que la crise de 1929 avait été provoquée, en grande partie, par le mélange des fonctions. Par un mélange des genres qui avait présidé au gommage de la réglementation entre les métiers ou, selon les lieux, par le principe de l’autodiscipline qui fait, faut-il le souligner, que les gens de tel secteur jugent les gens du même secteur. On semble s’être en bonne partie résigné à ce désordre.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 18 février 2013 07 h 45

    Et les paradis fiscaux ?

    Les paradis fiscaux permettent à des corporations d'éviter l'impôt dans les pays qui les ont pourtant enrichies, en plus de permettre à des politiciens vėreux, des fraudeurs et les mafieux de blanchir de l'argent sale. Et pourtant les grands pays occidentaux ou asiatiques ne font rien pour les mettre au pas. Pire, un grand nombre d'entre eux sont des territoires britanniques!

  • Normand Lebel - Abonné 18 février 2013 10 h 08

    Les élus !!!

    Ce sont bien " les élus " le sujet de la première phrase du premier paragraphe !!!

  • France Marcotte - Abonnée 18 février 2013 15 h 35

    Grandes manoeuvres

    Les grandes manoeuvres, ces décisions prises ou pas prises par un petit nombre en lieu clos, pour les rendre intelligibles et perceptibles, il faut les rappeler souvent («on ne le répétera jamais assez») à celui, le petit en bas de la tour, qui en est pourtant le plus affecté.

    On est si sage, on suit scrupuleusement les règles qu'on nous impose, les directives qu'on nous invente. On remplit tous nos papiers.

    Par quel mystère continue-t-on à suivre des règles qui nous nuisent. Est-il devenu impensable de désobéir à des décisions arbitraires et injustes en cessant simplement d'y répondre. L'ordre vient de trop haut, le maître habite dans les nuages?

    C'est cette paralysie qui est le plus effrayante.

  • Denis Paquette - Abonné 19 février 2013 10 h 31

    Meme les crimes doivent commis avec mesures

    Je ne crois pas que ce soit de la mollesse, je crois c'est un probleme de compréhension, voyez vous pendant longtemps les profits étaient considerer comme de l'abus de pouvoir, dans la tradition du troc c'était l'échange Accumuler une fortune pour un jour pouvoir s'en servir comme levier est in'orthodoxe quand ce n'est pas tout simplement de l'abus de pouvoirs, Ne dit on pas qu'il est aussi mal de voler un oeuf que voler une poule.Voila ce qu'avait a règler les ideologue et surtout voire que ca ne dérape pas, pour ne pas avoir a soulever ces question de fond, Ils ont laisser passer du temps et vont déplacer peu a peu ceux qui ont manqués de jugement.,Voler un oeuf ca passe vider un poulailler c'est autre chose, Donc en bons profiteurs ils viennent de découvrir que meme les crimes doivent etre commis avec mesures