Sommet sur l'enseignement supérieur - Éviter le précipice

Dans à peine plus d’une semaine s’ouvrira le Sommet sur l’enseignement supérieur. Pourtant, l’ordre du jour est encore imprécis et, surtout, les propositions du gouvernement Marois pour assurer le financement des universités demeurent aussi floues qu’incertaines. Le doute persiste sur sa capacité à en faire un succès.


La tenue de cette grand-messe sociopolitique était un engagement électoral de la chef péquiste. Il lui permettait de se sortir de l’impasse où l’avait placé son appui au mouvement d’opposition à la hausse des droits de scolarité imposée par le gouvernement Charest.


L’idée, fort simple, consistait à dire : du passé faisons table rase et créons un consensus large autour du financement des universités, dont les droits de scolarité sont un élément. De la coupe aux lèvres, la distance s’est avérée énorme, apparaissant parfois presque infranchissable.


Le degré de difficulté associé à ce type de rencontre est toujours élevé alors qu’il faut faire converger des groupes et des personnalités aux intérêts opposés. Dans le cas présent, la barre est encore plus haute, car ce sommet a valeur de test pour ce gouvernement, qui depuis qu’il est en place n’a cessé d’accumuler erreurs et reculs. Il joue ici sa crédibilité. Il nous avait promis pendant la crise du printemps érable une gestion consensuelle et des perspectives de développement pour les universités. S’il n’y arrive pas, on doutera alors de sa capacité à obtenir l’adhésion à ses politiques dans d’autres secteurs, celui par exemple des ressources naturelles où l’attendent de pied ferme les entreprises et les groupes environnementaux.


Outre le fait que la première ministre Marois a confié la préparation de ce sommet à un ministre inexpérimenté, le cadre budgétaire rigide que le gouvernement s’est imposé constitue un handicap majeur. L’ancien premier ministre Jacques Parizeau disait cette semaine au Devoir : « Le déficit zéro bousille tout. » L’atteinte de cet objectif comme principe absolu constitue un frein à une libre discussion et conduit à des aberrations.


Les universités, qui plaident le sous-financement depuis des années, ont ainsi vu le ministre Pierre Duchesne prétendre qu’une telle chose n’existait pas, puis leur imposer des compressions budgétaires de 250 millions sur deux ans. Forcé d’admettre qu’elles ne pourraient les absorber, le gouvernement devait il y a quelques jours leur permettre de faire des déficits. Que comprendre, sinon que le gouvernement refile aux universités son déficit, de telle sorte qu’en 2014 il affichera un déficit zéro, qui dans les faits sera virtuel.


Il ne devrait y avoir rien de sacré quant à cette date butoir de 2014 pour l’atteinte du déficit zéro, qui n’a d’autre raison d’être qu’une éventuelle élection. Serait-ce si grave si elle était reportée de quelques mois ? L’important ne devrait-il pas être de se donner la capacité de réfléchir ?


L’intervention cette semaine de Jacques Parizeau aura eu à cet égard un effet salutaire. Voyant que le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, reprenait à son compte l’idée de l’ancien premier ministre de faire contribuer le secteur privé au financement des universités, le gouvernement Marois s’est tout à coup montré ouvert à une perspective qu’il avait rejetée voilà à peine quelques semaines. Cette réaction, toute tardive soit-elle, montre qu’il a compris que son sommet se dirigeait tout droit vers un précipice, ce que personne ne devrait souhaiter. Dommage qu’il n’ait pas manifesté cette ouverture plus tôt, car maintenant il s’agit moins de réussir ce sommet que d’éviter l’échec.

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22 commentaires
  • Louka Paradis - Inscrit 16 février 2013 08 h 07

    Les prophètes de malheur

    Et oui... ça fait maintenant au moins 2 mois que les médias n'en finissent plus de dénigrer le Sommet et d'alimenter suspicion et grogne. Ce n'est certes pas la meilleure façon de contribuer à la réussite de cette rencontre et au progrès de l'enseignement supérieur au Québec. Aucun appui n'est venu envers le gouvernement Marois et son ministre a été houspillé sans arrêt par tout un chacun. Tout cela contribue à augmenter jour après jour le désenchantement dans notre société. L'éducation supérieure constitue un enjeu majeur pour l'avenir du Québec. Un peu de calme et d'esprit positif seraient les bienvenus !
    Louka Paradis, Gatineau

    • Jean Lapointe - Abonné 16 février 2013 12 h 51

      Je ne peux qu'aller dans votre sens madame Paradis.

      Il n' y a pas que les médias malheureusement qui n'en finissent plus de tout faire pour empêcher que le sommet soit une réussite.

      On dirait que, pour bien des gens, il faut à tout prix que ça aille mal.

      Pour eux on dirait que ça ne vaut pas la peine de tenter quoi que ce soit parce que tout est voué à l'échec de toute façon.

      Ce pessimisme est troublant et inquiétant.

  • Michel Lebel - Abonné 16 février 2013 09 h 08

    On récolte ce que l'on sème!

    Le gouvernement actuel a cédé aux carrés rouges. Il récolte donc ce qu'il a semé, soit la zizanie, la confusion et le surplace. Mais comme il a la trouille des manifs...

    • Louka Paradis - Inscrit 16 février 2013 13 h 08

      Cette lecture des événements est malheureusement cantonnée dans le simplisme. Je ne crois pas que le gouvernement Marois ait peur des manifestations, ni surtout de l'ASSÉ (comme le suggère la moche caricature de l'édition d'aujourd'hui). M. Duchesne a clairement dit qu'il n'est pas dans une dynamique d'affrontement. Encore une fois, QS et ses adeptes jouent tristement le jeu de la droite dans l'espoir de se faire du capital électoral auprès des étudiants. Désolant !
      Louka Paradis, Gatineau

    • Gilles RAYMOND - Inscrit 17 février 2013 09 h 55

      @Louka Paradis

      C'est l'exemple typique de ce qui se passe depuis l'annonce de la tenue de ce sommet. Les partisans d'un certain parti politique feront tout question de revanche pour faire déraper ce sommet, qui aurait dû être tenu bien avant d'exiger les hausses de frais de scolarité qu'à exigé leur parti politique. Jamais les partisans de ce parti avoueront que leur parti s'est gouré dans toute cette histoire. Qu'il aurait dû tenir un sommet pour reviser le rôle, l'administration et l'organisation de nos universités "avant" même d'exiger unilatéralement les hausses de frais qu'il a exigé.

      Il ne faut pas être naïf, la grosse machine fédéraliste qui contrôle les médias fait tout pour que le PQ perde la face dans cette histoire comme elle fait tout pour gonfler le moindre pseudo reculage du PQ pour le déstabiliser et lui faire perdre des appuis dans la population. Plus on se rapprochera du couronnement du nouveau chef du PLQ, plus la grosse machine fédéraliste s'en prendra au PQ pour donner toutes les chances au PLQ de reprendre le pouvoir.

  • Jean Lapointe - Abonné 16 février 2013 09 h 15

    Que de bons conseils de la part de monsieur Descôteaux


    Comme toujours monsieur Descôteaux ne sait donner que de bons conseils.

    Il trouve que les propositions du gouvernement Marois sont aussi floues qu'incertaines et il l'invite donc à les préciser, ce que le gouvernement ne manquera pas de faire.

    Il trouve que la distance à franchir pour en arriver à un consensus sur le financement des universités est énorme et il trouve aussi que les difficultés pour y arriver sont très élevées. Il doute encore une fois des capacités du gouvernement de pouvoir y parvenir. Il le prévient donc que s'il n'y arrive pas, on doutera aussi de sa capacité à y arriver dans d'autres secteurs d'activités.

    Nul doute que le gouvernement, qui en est déjà sans doute très conscient, va tout faire dans l'espoir d' y parvenir.

    Il considère que l'objectif du déficit zéro constitue un frein à une libre discussion. Il invite donc le gouvernement à se demander si la date butoire de 2014 ne pourrait pas être remise en question. Pourquoi ne pas la reporter quelques mois plus tard, se demande-t-il.


    Nul doute encore une fois que le gouvernement va y réfléchir et considérer avec beaucoup d'attention toutes les propositions qui pourront lui être faites dans ce sens.

    Bref, que de bons conseils de la part de monsieur Descôteaux.

    Ils ne peuvent qu'être appréciés.

    • Louka Paradis - Inscrit 16 février 2013 13 h 12

      J'aimerais bien que vous ayez raison. Mais sitôt que le gouvernement Marois proposera des ajustements et des aménagements, tout le monde s'empressera de tirer sur Mme Marois à boulets rouges en déclarant qu'elle recule encore. Triste, triste dynamique instaurée par la suspicion constante, le journalisme d'opinion et le cynisme médiatique ambiant. Personne n'y gagne, malheureusement.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Gilles RAYMOND - Inscrit 17 février 2013 09 h 36

      Si le PQ avait annoncé de lui même qu'il voudrait que le privé fasse plus d'efforts au financement de nos universités, le PLQ et la CAQ auraient déchirés leurs chemises sur la place publique disant qu'on ne devait pas faire payer davantage les entreprises privés qu'elles ne le font présentement, qu'elles partiraient ailleurs si on leur demandait de faire ces efforts. Mais voilà la sortie de Legault qui vient d'affirmer que le privé devrait faire plus d'efforts au financement de nos universités change la donne. Il donne la marge de manoeuvre qu'avait besoin le PQ pour aller chercher du financement auprès du secteur privé qui est un grand utilisateur des diplômés de nos universités.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 16 février 2013 10 h 33

    Immense ennui

    Chaque fois que j'entends un commentateur faire l'exégèse de ce sommet ridicule, je baille d'ennui.

    • Louka Paradis - Inscrit 16 février 2013 14 h 41

      Chaque fois que j'entends un commentateur dénigrer ce sommet avant même qu'il n'ait lieu, j'ai l'impression de patauger dans la gadoue.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 17 février 2013 15 h 47

      Que voulez-vous M Saint-Cyr?Le statut quo?Le retour des liberaux au pouvoir?Jean Charest peut-etre?N a que votre commentaire qui soit ridicule.Bravo M.Saint-Cyr, JP.Grise

  • Marc Blanchard - Inscrit 16 février 2013 10 h 37

    On reproche au gouvernement d'avoir tout décidé. Il n'y aurait pas de vraie discussion.

    On reproche au gouvernement de ne pas savoir où il s'en va. Il y aurait trop de discussions.

    Faudrait savoir.

    • Gilles RAYMOND - Inscrit 17 février 2013 09 h 21

      Tout a fait, ce n'est que cela depuis l'annonce de la tenue du sommet des études supérieures qui ne porteront pas que sur le financement des université mais abordera aussi d'autres aspects bien plus importants encore, comme l'importance de l'instruction versus celle de la recherche. Celle aussi du déplacement des budgets de plus en plus dirigée vers la recherche au détriment de l'enseignement. Il ne fait aucun doute que certains se sont donnés comme objectif de faire déraper ce sommet. Certains ne veulent pas qu'on regarde de trop près ce qui se passe dans nos universités, d'autres ne font que de la partisanerie politique revancharde, voulant à tout prix faire déraper le sommet du PQ pour lui faire payer son appuie aux étudiants lors de la crise du Printemps Érable.