Violence contre les femmes - Sortir du cas par cas

Au rayon des symboles, celui-là est puissant : Reeva Steenkamp, abattue par des coups de feu qui auraient été tirés par son conjoint, le sprinter sud-africain Oscar Pistorius, faisait campagne contre la violence faite aux femmes, fléau de l’Afrique du Sud. Elle avait notamment appuyé sur le fil Twitter les manifestations prévues vendredi contre le viol et le meurtre sauvage d’une adolescente de 17 ans qui avaient choqué le pays.


C’est elle maintenant qui est morte. Au matin de la Saint- Valentin. Le jour même de l’entrée en scène du mouvement One Billion Rising : un milliard qui se lèvent sur la planète contre la violence faite aux femmes. Reeva Steenkamp, elle, est tombée.


Vendredi, son amoureux pleurait à chaudes larmes. Il s’agirait d’un accident… Ah, l’accident ! Il en arrive, bien sûr. Mais qu’il est fréquent dans les couples ! Et quel hasard que les femmes en soient quasi systématiquement les victimes. « Elle est morte, mais c’est pas ma faute… » On s’engueulait, on était saouls, je l’ai confondue avec un voleur, j’ai pas voulu… Toujours des cas particuliers.


Il faut pourtant prendre la mesure des dynamiques à l’oeuvre. L’affaire Pistorius, par exemple, est un condensé de la tragédie sud-africaine. Le célèbre athlète arborait sans peine ses armes, dit-on, mais celles-ci sont aussi portées aux nues dans une société où la violence est si présente que l’autoprotection est la norme. Oscar Pistorius avait beau prétendre avoir Gandhi pour modèle, son Gandhi était armé, et il ne voyait pas la contradiction. Faut bien se protéger…


Mais quand l’homme se protège, c’est la femme qui est menacée. Une arme à la maison n’est pas un bibelot, mais un objet qui peut servir un jour de colère, ou de confusion. L’Afrique du Sud même le démontre : le gouvernement a resserré les critères de possession d’une arme à feu en 2004. Cette mesure a réduit de moitié le nombre de femmes qui sont mortes sous les balles. La preuve qu’on peut agir collectivement.


Un autre exemple ? Celui vécu ici même cette semaine. Il était scandaleux qu’un Patrick Brazeau ose se présenter au Sénat après avoir été accusé d’agression sexuelle. Mais il faut rappeler que le premier ministre Stephen Harper l’avait nommé sénateur - à 34 ans ! - en dépit d’allégations de harcèlement sexuel à son encontre. Ce genre de plaintes aurait pourtant dû bloquer sa nomination comme sage de la nation. Et que fait le gouvernement contre la violence endémique qui sévit dans les communautés autochtones, d’où M. Brazeau est issu ? Ainsi, les femmes autochtones sont cinq fois plus susceptibles que les autres Canadiennes de mourir de mort violente. Qu’attend-on pour créer la commission d’enquête que plusieurs autochtones réclament à ce sujet ? Qu’attend-on, partout, pour sortir du cas par cas.

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