Renonciation de Benoît XVI - Geste de modernité

Le pape Benoît XVI a causé la surprise en accomplissant ce geste inattendu de sa renonciation à la papauté et à son titre de souverain pontife. De son règne de presque huit ans, ce sera sans doute son geste le plus significatif, que l’on aimerait pouvoir interpréter comme une invitation à son successeur à entamer la modernisation de l’Église.

Benoît XVI était destiné à être un pape de transition. Les cardinaux, en élevant à la papauté ce très proche collaborateur de Jean-Paul II, voulaient en quelque sorte éviter une rupture trop brutale avec le règne d’un pape qui avait autant marqué son époque, tant au sein de l’Église elle-même que sur le plan de la politique internationale. En portant leur choix sur le cardinal Joseph Ratzinger, alors âgé de 78 ans, ils savaient que ce nouveau pape serait une sorte d’intermède. Une institution deux fois millénaire pouvait se le permettre.


La personnalité de Joseph Ratzinger était à l’opposé de celle de Jean-Paul II. Plutôt timide, il n’avait pas le sens de la communication qui a fait le succès médiatique de ce dernier. Intellectuel de haut niveau, il a rapidement été intégré après ses études théologiques à la hiérarchie de l’Église au sein de laquelle il a évolué toute sa vie. Il lui aura manqué l’expérience de l’Église des fidèles qui aurait pu tempérer son intransigeance sur le plan doctrinal. Il fut l’homme de l’institution plutôt que de la communauté chrétienne.


La rigueur intellectuelle que tous lui reconnaissent aurait pu amener Benoît XVI à conclure à la nécessité d’amorcer les réformes que souhaitent les catholiques progressistes. Il a plutôt poursuivi d’emblée la restauration des valeurs traditionnelles de l’Église qu’a illustrée la réintégration des intégristes de Mgr Lefebvre. On ne pouvait dès lors s’attendre à ce que ce pape sache bâtir des ponts entre réformistes et fondamentalistes. Ses positions sur la morale sexuelle, qu’il a exprimées par sa condamnation du port du condom ou encore sur le mariage entre conjoints de même sexe, ont montré son incapacité à affronter les enjeux sociaux contemporains. Confronté aux scandales pédophiles que l’Église avait su contenir sous le règne de Jean-Paul II, il sut par contre faire preuve sur cette question d’autorité et d’une certaine dose de compassion, sans toutefois aller jusqu’à présenter les excuses de l’Église.


Sa rigueur intellectuelle est ce qui a amené Benoît XVI à renoncer à sa fonction. Il avait pris cette décision il y a déjà presque un an, conscient des limites que sa santé lui imposait. Il aurait pu, comme Jean-Paul II, porter sa croix jusqu’au bout et souffrir publiquement en témoignage de sa foi. Il aurait pu se donner un cardinal coadjuteur pour le seconder, mais, pleinement lucide, il a choisi d’ouvrir sa succession pour ne pas paralyser le fonctionnement de l’institution. C’est un geste de sagesse. Dans un entretien au quotidien Libération, le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel souligne le caractère paradoxal de sa renonciation par lequel il fait enfin preuve de modernité.


L’élection d’un nouveau pape permettra-t-elle de faire entrer l’Église dans la modernité ? La réponse à cette question reviendra aux quelque 120 cardinaux qui participeront au conclave. Presque tous, sinon tous, ont été nommés par Jean-Paul II et Benoît XVI. On peut les penser majoritairement conservateurs. Mais le pape étant mort, ils sont maintenant libres de leur choix et pourraient vouloir ouvrir les fenêtres du Vatican pour qu’y entre un vent venu des contrées où se trouve l’avenir de l’Église, en Amérique, en Afrique. Après un pape institutionnel, gardien des valeurs de la hiérarchie, ils devraient d’instinct se tourner vers un candidat de l’Église évangélique, celle qui vit dans le monde plutôt qu’au Vatican.

7 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 12 février 2013 07 h 13

    Papam humanum est

    Par ce geste, le pape admet qu'il n'est qu'un être humain, comme les autres êtres humains. Cela est un aveu de portée immense. C'est, en filigrane, la renonciation à la notion d'infaillibilité de la papauté qui vient de se produire.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 12 février 2013 08 h 03

    Au service de qui?

    Tous les évêques interviewés dans la foulée de cette démission ont rendu hommage à Benoît XVI dans les mêmes mots: Il avait toujours été «au service de l'Église».

    Il ne leur est pas venu à l'idée que le pape puisse être «au service des humains».

    Avez-vous dit évolution?

    Desrosiers
    Val David

  • Michel Lebel - Abonné 12 février 2013 08 h 45

    L'Église est l'Église!

    À ce que je sache, Benoît XVI n'est pas mort!! Rien de bien original dans votre texte, M. Descôteaux. La question peut se poser ainsi: l'Église doit-elle s'adapter au monde ou le monde doit-il s'adapter à l'Église? La réponse vient du Christ: l'Église est dans le monde, mais pas de ce monde! Cet énoncé ne peut que demeurer la ligne de conduite générale de l'Église. Dans les faits, la réponse ne pourra pas toujours être facil ou simple. Mais l'Église ne peut, sans se contredire, suivre le slogan: tout le monde , faites-le donc! Impossible!


    Michel Lebel

  • Elfriede Lang - Abonnée 12 février 2013 09 h 36

    Benoit XV1

    Petite note:-
    Le pape n'est pas mort, monsieur l'editerioliste, il prend conge de ses fonctions. j.t.

    • Jacques Gagnon - Inscrit 12 février 2013 11 h 12

      C'est bien vrai, il le dit clairement. Ce pape mort-vivant fera entrer l'église catholique dans la modernité en la réfugiant dans les pays où elle se fait attendre cette modernité, une fuite en avant suggérée donc.

  • Catherine Paquet - Abonnée 12 février 2013 16 h 15

    Et l'Église des martyrs?

    Les martyrs qui sont le socle de l'Église et l'inspiration de tant de vocations et de tant de renoncement ne serviront-ils plus de modèles? Les premiers chrétiens et les persécutés de tous les âges et de toutes les races, ils ne l'étaient pas eux, fatigués...?