Sommet sur l’enseignement supérieur - Ping-pong ministériel

Une farce, une comédie ! C’est ce que la principale de l’Université McGill, Heather Munroe-Blum, pense du Sommet sur l’enseignement supérieur. Dans l’entrevue accordée au Devoir mardi, elle disait avoir le sentiment que les universités ont été tenues à un rôle de témoin impuissant dans les rencontres pré-Sommet. Cela n’est pas tout à fait juste. Elles ont eu la parole. Le problème est qu’elles ne sont pas écoutées.

En employant le mot comédie, madame Munroe-Blum exprimait une frustration largement partagée par les recteurs. L’enjeu principal de ce sommet est moins l’avenir des universités que le règlement de la crise étudiante sur les droits de scolarité. Le gouvernement Marois cherche avant tout à faire la paix avec les étudiants pour qu’ils ne descendent pas dans la rue à nouveau et pour ne pas s’aliéner leur vote lors des prochaines élections qui, on le sait, seront hâtives.


Aux associations étudiantes, on a promis un débat constructif, ouvert à toutes les possibilités : gratuité, gel des droits de scolarité et indexation. Toutefois, l’intention véritable ne devrait échapper à personne. La solution de l’indexation est la seule acceptable aux yeux d’un gouvernement dont l’obsession est l’atteinte du déficit zéro en 2014.


La tactique employée par le ministre Duchesne n’est pas sans s’apparenter à celle de la cage à homard dans laquelle il voudrait pousser les associations étudiantes, les universités y servant pour leur part d’appât. Pour discréditer la nécessité de fortes augmentations de droits de scolarité réclamées par les recteurs, il a ainsi contesté avec elles la thèse du sous-financement des établissements d’enseignement supérieur, pour ensuite les laisser attaquer la mauvaise gestion des universités. En leur imposant enfin des compressions inattendues de 124 millions, il confortait l’idée qu’elles sont capables de vivre avec ce qu’elles ont.


Se voir ainsi attribuer le rôle du vilain dans cette pièce de théâtre est incompréhensible pour des établissements dont la réalité financière est tout autre. Les universités méritent mieux que de servir de balle de ping-pong.


Les universités n’ont pas le choix de ravaler leur frustration et de participer à ce prochain sommet. Le ministre Duchesne est leur patron. Les associations étudiantes disposent pour leur part d’une entière liberté de parole. Elles y seront parce qu’elles croient pouvoir arracher le gel des droits. Pourtant, tous les sous-entendus employés par le ministre Duchesne, une forme de discours qu’il semble affectionner, conduisent à l’indexation. Cela devrait laisser des doutes. Dès le départ de cette opération, il est apparu que le gouvernement Marois ne jouerait pas franc-jeu. Cela se confirme. L’unanimité qu’il espère pourrait bien se retourner contre lui.

18 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 7 février 2013 06 h 25

    On a créé de faux espoirs

    D'aucuns croyaient que ce "sommet" permettrait de revoir le champ universitaire dans sa totalité: sa vocation, sa gestion, son financement.
    Pourtant, il semble bien qu'il n'en sera rien. Le débat portera surtout sur la seule question des droits de scolarité. De plus, cette question ne sera abordée que de façon partiale.
    À la lumière des rencontres préparatoires et des interventions du gouvernement, ce sommet semble, non pas vouloir sonder les reins et les coeurs de la population, mais bien plutôt "vendre" à la population une politique déjà arrêtée du gouvernement.
    Plus ça change, plus c'est pareil. La même pièce par des acteurs différents.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 7 février 2013 06 h 53

    Indexation 101

    Ça va finir ainsi et tout le monde va être content (sauf l'ASSÉ, bien sûr) : indexation au coût de la vie moins un. C'est pas l'indexation pleine et entière, c'est pas un gel, c'est rien finalement.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 7 février 2013 17 h 10

      Sauf l'ASSÉ, et la FEUQ, la FECQ, les recteurs, le conseil du patronat, la chambre de commerce, les associations étudiantes indépendantes, ect

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 7 février 2013 07 h 42

    Ping pong ?

    C'est pas du ping pong, c'est du souc à la corde ! Pathétique !
    Et la palme ira à : Celui qui nous ment le mieux !
    Mais c'est d'une tristesse !

  • Éric Alvarez - Inscrit 7 février 2013 08 h 40

    Mettre les choses en contexte

    Il ne faudrait pas perdre de vue que le "bordel" a, à la base, été crée par la volonté Libérale de se faire du capital politique sur le dos des étudiants.

    La "fameuse" crise étudiante a eu lieu il y a moins d'un an et beaucoup en vivent encore les conséquences par des horaires scolaires compressés. Dans les circonstances, si le résultat du Sommet permet de jeter les bases pour des débats futurs plus sereins, ce sera déjà un gain.

    Ce que je ne comprends pas, c'est de prendre la défense des recteurs. J'ai cru pendant un instant qu'un plaisantin avait piraté une nouvelle fois Le Devoir. Les recteurs sont des non-élus qui se trouvent à gérer des centaines de millions d'argent public sans compte à rendre à la société. Alors vous m'excuserez si je ne pleure pas sur leur sort. Et je comprends mal que la "sortie" de la rectrice de McGill n'est pas été vue comme une insulte à cette société qui la nourrit si bien.

    Sous-financement? Premièrement, il faudrait avoir une vision de l'université avant de pouvoir dire que notre réseau universitaire est sous-financé. Tout ce qu'ont proposé les recteurs c'est de se comparer au reste du Canada. Comme si toutes les provinces étaient interchangeables dans leur structure et valeurs. Vraiment champion comme comparaison. Et M. Descôteaux qui vient appuyer cette vision! Non... vraiment je préfère penser qu'un plaisantin a piraté Le Devoir.

    Finalement, pour être allé bien longtemps à l'université (Laval), j'ai pu constater une chose: s'il n'y avait plus d'étudiants, l'administration ne s'en apercevrait pas parce que c'est une créature qui est devenue tellement grosse qu'elle se nourrit elle même. Alors, sous-financement? Je me permets encore de mettre un bémol et surtout, de déplorer que l'on vive dans une société qui tienne tellement à "faire payer" les jeunes comme s'ils devaient expier une faute.

  • Marcel Dugas - Inscrit 7 février 2013 08 h 54

    Cul de sac

    Au plutôt des élections . Tout les médias confondu sont en guerre contre la gouvernance péquiste . Toutes les décisions que peut prendre le gouvernement sont portées au pilori par a peu près tout les commentateurs digne de mention. Une élection est nécessaire a ce moment ci de la vie politique du Québec.Le parti Libérale-Caq(ce dernier est le club ferme du premier) ,étant donne la crise majeure que le Quebec vit,serait en bonne position pour reprendre le pouvoir: car tout le monde y trouvera son compte $$$. Le gouvernement minoritaire présent,pour le bien du peuple, ne peut plus gouverner.

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 7 février 2013 10 h 27

      ...Alors expliquez-moi ce qu'attendent les partis d'opposition pour défaire le gouvernement ? Ils le peuvent depuis le dépôt des projets de loi, en octobre.